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Arrêtons de comparer un enfant de 5 ans avec un champion du monde

Je vois passer beaucoup d'articles ces derniers temps. "L'IA fait des erreurs." "Regarde, elle a halluciné ici." "Elle ne sait pas faire ça." "Il y a des failles de sécurité." "Ça ne remplacera jamais un vrai professionnel.”

Les critiques se concentrent sur ce que l'IA n'arrive pas encore à faire. Sur ses limites actuelles. Sur ses imperfections. Et ils ont raison. L'IA fait des erreurs. Elle a des limites. Elle n'est pas parfaite. Mais il y a quelque chose qu'on oublie. Ces modèles n'ont que 5 ans. Cinq ans.

Imagine un enfant de 5 ans qui court un marathon contre Eliud Kipchoge, l’homme qui a brisé la barrière des 2 heures, le plus grand marathonien de l’histoire. Maintenant imagine que cet enfant de 5 ans termine ce marathon en 3 heures. Pas en premier, évidemment. Mais avec un temps honorable. Un temps que 99% des adultes entraînés ne peuvent pas atteindre. Tu dirais quoi ? "Pfff, il n'a même pas battu Kipchoge" ? Ou tu te demanderais : "Qu'est-ce qui va se passer quand cet enfant aura 10 ans ? 15 ans ? 25 ans ?” C'est exactement ce qui se passe avec l'IA.

Les premières voitures ne pouvaient pas dépasser un cheval

En 1901, le Connecticut a fixé la première limite de vitesse automobile : 12 mph (19 km/h) en ville, 15 mph (24 km/h) sur route. Pourquoi si bas ? Parce que les voitures de l'époque ne faisaient pas mieux qu'un bon cheval. Et les critiques étaient féroces. 

Dans les premières années, la police fixait des limites de vitesse pour correspondre au rythme des calèches, 5 mph (8 km/h). Certaines villes exigeaient qu'un homme marche devant l'automobile avec un drapeau rouge pour prévenir les piétons. 

En Pennsylvanie, un groupe appelé "Farmers' Anti-Automobile Society" proposait des lois absurdes : les automobiles devaient envoyer une fusée chaque mile la nuit, puis attendre dix minutes que la route se dégage. 

Les gens disaient : "Ces machines puantes ne remplaceront jamais nos chevaux.” Et ils avaient raison. À l'époque.

Les premières voitures étaient vues comme des jouets, pas comme quelque chose d'utile. Elles tombaient en panne constamment. Les pneus crevaient une ou deux fois par jour sur un long trajet. 

Il n'y avait pas d'autoroutes pavées. Juste des routes de campagne pleines d'ornières, de sable et de boue. Personne ne voulait conduire à la vitesse maximale des voitures de l'époque, qui était d'environ 30 mph (48 km/h). 

Mais les ingénieurs ont continué à travailler. Année après année. Amélioration après amélioration.

Aujourd'hui des voitures autonomes circulent dans plusieurs villes du monde. 100 ans plus tard, l'automobile est un million de fois supérieure à ce qu'elle était au début. Et personne (absolument personne) ne propose de revenir aux chevaux.

L'effet composé ne pardonne pas

Le téléphone (1878) : "Les Américains ont besoin du téléphone, mais pas nous. Nous avons plein de garçons messagers." — William Henry Preece, Ingénieur en chef des Postes britanniques. 

L'ampoule électrique (1879) : "Tous ceux qui connaissent le sujet reconnaîtront les expériences de Thomas Edison comme un échec flagrant, présenté comme des succès merveilleux." — Henry Morton, Président du Stevens Institute of Technology.

Les premiers téléphones portables (1983) coûtaient 4000$ (l'équivalent de 10 000$ aujourd'hui), pesaient près d'un kilo, mettaient 10 heures à charger pour 30 minutes d'autonomie. On les appelait "téléphones-briques".  Aujourd'hui ces téléphones servent de banques, d'écoles, de cliniques. Ils augmentent notre humanité de façons qu'on ne pouvait pas anticiper dans les années 80. 

Tu vois le pattern ? Chaque technologie transformatrice a commencé par être médiocre. Critiquée. Moquée. Mais l'effet composé finit toujours par gagner.

Quand tu investis du temps, de l'énergie et du brainpower sur une technologie, année après année, amélioration après amélioration, les progrès deviennent exponentiels. Les 10, 20 premières années ne montrent pas grand-chose. Puis tout explose.

Ce que l'IA fait déjà en 5 ans

Il y a quelques mois, les critiques disaient : "Tu ne peux pas coder avec l'IA, il y a trop de failles de sécurité.” Aujourd'hui, Claude Code Security élimine une bonne partie de ces failles. 

Il y a 2 ans, les modèles hallucinaient constamment. Aujourd'hui, ils citent leurs sources, vérifient leurs informations, admettent quand ils ne savent pas.

Il y a 5 ans, ces LLM n'existaient pas. Aujourd'hui, ils écrivent du code, analysent des documents, génèrent des images, passent des examens de médecine et assistent des millions de professionnels dans leur travail quotidien. En 5 ans.

Maintenant pose-toi la vraie question : Si on continue d'investir comme on investit actuellement, en temps, en énergie, en recherche, en brainpower, qu'est-ce que ces modèles seront capables de faire dans 5 ans ? Dans 10 ans ?

Même en étant très pessimiste, il n’y a juste rien que nous faisons de façon mécanique dans le travail de col blanc qu'ils ne pourront pas faire mieux que nous. Rien!

Arrête de regarder ce qui ne marche pas encore.

Les critiques de l'IA font une erreur fondamentale selon moi. Ils comparent une technologie de 5 ans avec des pratiques humaines perfectionnées sur des siècles. Ils pointent ce que l'IA ne sait pas faire. Des choses qui ont pris des générations aux humains pour être maîtrisées. Ils regardent les erreurs d'aujourd'hui au lieu de projeter les capacités de demain. C'est comme critiquer un enfant de 5 ans parce qu'il ne bat pas Kipchoge au marathon.

La vraie question n'est pas : "Est-ce que l'IA fait des erreurs ?” La vraie question selon moi c'est : "Qu'est-ce qui se passera quand cet enfant de 5 ans aura grandi ?” Parce qu'il grandit. Chaque jour. Chaque mise à jour. Chaque amélioration.

Et l'effet composé ne pardonne pas. Comme l’aurait dit Einstein, c’est la huitième merveille du monde.


Ronel Kouakep
#TheStreetSweeper


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