The Streetsweeper

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Claude, l’IA des riches?

Suite à la publication des pubs d'Anthropic pour le Super Bowl taclant à distance OpenAI, certains cadres de chez OpenAI ont réagi en taxant Claude d'IA pour les riches.

J'ai discuté avec un ami il y a quelques jours. Il a testé le nouveau Codex et faisait une petite comparaison entre ce qu'il a pu faire avec son abonnement à 20$ chez OpenAI et ce que ça lui a coûté pour le même travail chez Anthropic : un upgrade vers le forfait Max à 200$.

Mais la phrase qui m'a marqué dans son discours, c'était : "Maybe OpenAI is playing me."

Et c'est là toute la différence.

C'est vrai que quand on est au forfait Pro chez Anthropic, on hit rapidement les limites. J'ironisais encore à l'époque où j’étais encore au forfait Pro qu'Anthropic avait reframe ma perception du temps en périodes de 4 heures. 

Mais je pense que la question qu'il faut qu'on se pose n'est pas "est-ce qu'Anthropic est cher ?” 

La vraie question selon moi, c'est : est-ce qu'OpenAI, à coups de levées de fonds en centaines de milliards, n'est pas tout simplement en train de subventionner notre utilisation de son IA ?

Car si c'est le cas, il faudra bien qu'à un moment il y ait un retour sur investissement. Il va bien falloir que quelqu'un passe à la caisse. Qu'est-ce qui se passera à ce moment-là ?

Deux scénarios possibles. Soit nous devenons les produits. Soit, une fois notre addiction bien établie, on nous sert la vraie facture et on n'aura pas d'autre choix que de payer. Mais il risque d’être difficile de faire passer cette facture à des personnes qui pendant des années ont été habituées à payer peanuts, voire rien du tout.

C'est une histoire que nous avons déjà vécue il y a quelques années avec les réseaux sociaux. Facebook gratuit. Instagram gratuit. TikTok gratuit. Et puis un jour, tu réalises que tu es le produit. Que tes données, ton attention, ton temps de cerveau disponible sont vendus au plus offrant.

Est-ce que c'est vraiment cette voie que nous voulons encore emprunter ?

Car cette fois, les enjeux seront encore plus grands. Il ne s'agira pas seulement d'un trade sur nos données ou notre attention. Mais de quelque chose d'encore plus profond. Quelque chose que personne ne peut encore prédire avec précision. L'IA touche à notre façon de penser, de travailler, de créer, de décider. Ce n'est plus juste du temps d'écran. C'est notre cognition elle-même.

Quel est le modèle que nous voulons pour demain ?

Cette décision, nous allons devoir la prendre collectivement. Soit en acceptant d'avoir gratuitement quelque chose qui coûte des milliards à produire et en payant plus tard, d'une manière qu'on ne maîtrisera pas. Soit en payant dès aujourd'hui le prix juste pour ne pas être à la merci de qui que ce soit demain.

Parce que quand c'est gratuit, c'est toi le produit. Et quand c'est trop beau pour être vrai, c'est que quelqu'un d'autre paiera. Ou que tu paieras plus tard, et souvent d’une manière pas très comode.



Ronel Kouakep, 12.02.26