Il y a quelques années, des étrangers ont traversé l'océan pour venir chez nous, en Afrique.
Ils ont débarqué armés. Ils entraient dans nos villages. Attrapaient hommes, femmes et enfants. Les enchaînaient par le cou. Les entassaient dans des cales de bateau, comme du bétail.
Beaucoup sont morts avant d'arriver à leur sinistre destination. Ceux qui survivaient étaient vendus sur des places publiques. Examinés comme des animaux. Les dents, les muscles, les jambes. Leur prix était fixé selon la qualité du spécimen.
On a appelé ça la Traite Négrière.
Le monde entier l'a condamné. Des musées lui sont dédiés. Des journées commémoratives. Des larmes. Et quelques excuses officielles pour l'abomination que ce fut.
C'était le crime absolu contre l'humanité.
Les chaînes ont disparu. Les bateaux négriers aussi. Le monde a tourné la page.
Mais laisse-moi te parler d'aujourd'hui.
Aujourd'hui dans chaque quartier de nos villes, il existe des bureaux aux enseignes colorées. On y sélectionne nos jeunes les plus forts, les plus capables. Des familles vendent leurs terrains. S'endettent pour payer les frais de dossier. Leurs enfants sont entassés dans des avions. Parfois dans des canots de fortune.
Beaucoup meurent en route. Et ceux qui arrivent font les travaux que personne là-bas ne veut faire. Certains sont logés dans des sous-sols. Payés au noir. Et personne ne rentre jamais.
On appelle ça la fierté.
Il y a quelques années, des étrangers nous volaient nos enfants. Aujourd'hui on fait la queue pour les donner. On paie une fortune pour ça. Au profit de ces mêmes étrangers.
Ronel Kouakep
#TheStreetSweeper