Nous sommes de nouveau à cette période de la décennie. Cette période où on se déchire parce que les uns souhaitent un changement à la tête du pays, les autres veulent y voir quelqu'un de bien précis, certains ne veulent que rien ne bouge et d'autres encore ne sont ni d'accord avec les uns ni avec les autres. Cette période de la décennie où certains dont on ne soupçonnait plus l'existence sortent des buissons pour nous donner des leçons de morale, pour nous expliquer à quel point ils aiment ce pays et nous dire que nous avons tort de ne pas être de leur camp.
C'est peut-être la première fois que tu me lis ou bien tu as découvert mes textes il y a peu. Mais ce n'est pas d'hier que j'écris. Que j'écris sur mon pays, que j'écris pour partager mes expériences, que j'écris pour proposer des solutions. Cependant après 2018, j'ai fait un gros break. Un gros break parce que pour chacun de mes textes, s'il n'était pas en faveur d'un quelconque candidat ou d'un quelconque changement de façade, je recevais des insultes de part et d'autre.
Pour beaucoup de personnes de ma génération, 2018 était notre vraie première élection présidentielle. La première à laquelle nous assistions vraiment comme de vrais adultes. Et pour beaucoup de ma génération, contribuer au développement de son pays s'est résumé à pleurnicher sur les réseaux et se transformer en terroristes. Parce qu'en 2018, j'ai dit à mes potes en Occident qu'il fallait faire une différence entre le Cameroun et son gouvernement. Que le gouvernement passerait mais que le Cameroun serait toujours là après notre mort. Ils m'ont traité de collabo. De soutien du parti au pouvoir. Comme si même si c'était le cas, c'était un crime de soutenir le candidat qu'ils détestaient.
Après les élections, j'ai essayé de leur faire comprendre que si nous voulions vraiment faire évoluer les choses au pays, il était de notre devoir de se mettre à son service. Et non de continuer à pleurnicher à distance comme si nous étions encore des gamins. D'ailleurs, je leur ai fait une proposition juste après la fin des élections. Je leur ai dit que s'il y avait une chose qu'on pouvait remarquer pendant cette élection présidentielle, c'était la qualité pitoyable des tableaux dans les salles de classe de nos petits frères au pays. C'est sur ces tableaux que se faisait le décompte des voix et sur ce point nous étions tous d'accord. Ils n'étaient pas à la hauteur du pays que nous disons tant aimer. J'ai donc proposé qu'on se constitue en association, qu'on lève des fonds pour remplacer le maximum de tableaux possibles dans ces classes afin qu'à la prochaine élection on puisse voir une différence. Que le monde puisse constater un changement. Et pour ça, nous n'avons pas besoin d'attendre l'État pour le faire. Exactement comme nous n'avons pas besoin d'attendre l'État pour s'occuper des retraites de nos parents. Une proposition qui est tombée dans des oreilles de sourds, bizarrement pour des gens qui se disent patriotes.
Entre 2018 et 2025, je suis rentré m'installer au pays. J'y ai créé plusieurs entreprises, employé des dizaines de jeunes, mentoré des dizaines d'autres, lancé avec plus ou moins de succès plusieurs initiatives pour essayer à mon niveau d'apporter le changement. Et la plupart de ces personnes qui me traitaient de tous les noms sont restées en Occident, ont continué à traiter le pays de tous les noms, ont contribué à faire partir le maximum de jeunes possibles et surtout on n'a plus entendu leurs voix sur une question sociale concernant le pays. Comme le notait un post Facebook sur le candidat Joshua Osih, "ils apparaissent le jour des élections et quand ils perdent, ils repartent prendre leurs poids."
Vous aimez peut-être ce pays plus que nous, mais nous, nous y avons consacré nos vies. Nous avons décidé de travailler à sa grandeur. Et ça, nous continuerons à le faire quel que soit le candidat qui remportera cette élection. Vous allez certainement disparaître une fois de plus d'ici la fin d'année pour aller prendre votre poids. Mais nous, nous serons toujours là. Sur le terrain à essayer de faire avancer les choses du mieux que nous le pouvons. Et je ne sais pas pour les autres, mais cette fois-ci je ne prendrai aucun break. Si vous avez décidé une fois de plus de faire dans l'immondice, sachez que vous trouverez ma plume sur votre chemin. Et souvent "la plume est plus puissante que l’épée."
Lomé 🇹🇬