Deuils sur la voie publique : quand le respect des morts étouffe les vivants

Nous avons, en tant qu’Africains, une étonnante propension à la plainte. Comme des enfants immatures, nous rejetons souvent la faute de tous nos malheurs sur les autres, rarement sur nous-mêmes. Enfin, presque jamais.

Hier, c’était jeudi. Et si tu as passé quelques années au Cameroun, tu sais probablement que le jeudi est synonyme de levées de corps. C’est le début de la dernière ligne droite des deuils avant les enterrements, généralement prévus pour le samedi. Mais s’il y a une habitude que nous n’avons pas attendue pour adopter, c’est celle de bloquer les routes pour y installer des bâches de deuil.

Je n’ai jamais compris cette pratique. Nous nous plaignons déjà du manque criant de routes et d’infrastructures dans nos villes. Pourtant, nous n’hésitons pas à paralyser des boulevards entiers pour pleurer une personne, souvent inconnue de la majorité, et qui, si on cherche bien, n’a probablement jamais rien fait pour améliorer ce pays. Une personne qui, si elle s’était battue de son vivant pour le développement du Cameroun, n’aurait jamais accepté qu’on cause autant de désagréments pour son départ.

Penses-y. Bloquer une route pour un deuil engendre des risques énormes : des urgences médicales qui ne peuvent être prises en charge à temps, des pertes financières pour une économie déjà fragile, et un stress inutile pour des milliers d’usagers. Comment pouvons-nous justifier que, pour un cadavre, des vies actives soient autant perturbées ?

Hier, en rentrant du bureau, j’ai vécu cette situation. Une voie principale, déjà saturée tous les soirs, était totalement bloquée pour un deuil. Le chaos dans les voies de contournement était indescriptible. Les embouteillages étaient tels que j’ai compté une dizaine de policiers, dont un commissaire, mobilisés pour tenter de gérer la situation. Tout ça pour un deuil !

Ce qui me sidère encore plus, c’est que cela ne dérange personne. Ni les usagers, contraints de subir ces désagréments chaque jeudi, ni les participants qui s’assoient dans des bâches en pleine route pour pleurer une personne qu’ils ne connaissaient souvent même pas. On dirait que nous vivons dans un gigantesque zoo.

Personnellement, je ne tolère plus ce genre de comportements. Depuis plusieurs années, j’ai pris la décision de ne plus assister à un deuil organisé sur la voie publique. Et aujourd’hui, je t’invite à réfléchir. Ces petites habitudes auxquelles tu participes inconsciemment contribuent-elles à faire de ton pays le paradis dont tu rêves ? Parce que ce pays, nous le bâtissons à travers nos actes quotidiens, même les plus banals.


Douala 🇨🇲