Ernest Ouandié : le dernier martyr de l'indépendance totale

Aujourd'hui, j'aimerais te parler brièvement de l'un de mes héros, déclaré héros national le 27 juin 1991 par l'Assemblée Nationale du Cameroun : le plus charismatique de tous les Bana, Ernest Ouandié.

C'est une figure peu connue des jeunes d'aujourd'hui et pourtant il était quasiment le dernier militant mort en martyr pour une indépendance totale du Cameroun, avant l'indépendance et même après l'indépendance de façade que nous avons eue en 1960.

Avec ses compagnons de l'UPC, ils se sont battus jusqu'au bout pour que ce pays nous revienne à nous, les Camerounais. Ils se sont battus parce qu'ils connaissaient l'importance du territoire. Ils se sont battus parce qu'ils voulaient nous léguer, à nous leurs enfants, le territoire que leurs parents leur avaient légué. Ils se sont battus parce qu'ils savaient que l'oppresseur ne se retirerait jamais aussi facilement d'un business aussi juteux qu'est l'exploitation des hommes et des terres d'autrui.

Ernest Ouandié a commencé le combat assez jeune, beaucoup plus jeune que la plupart d'entre nous. Il n'a pas attendu d'avoir un passeport français ou d'être millionnaire en dollars pour commencer son combat. Son combat, il l'a commencé en tant qu'enseignant à 20 ans dans la ville d'Edéa. Et tout au long de sa vie, il n'a pas cessé de se battre. Expulsé de son propre pays par les Britanniques, il y est revenu “clandestinement” quelques années plus tard prendre la tête de la rébellion, le fameux maquis comme on l'appelle. Une rébellion qu'il a menée de main de maître jusqu'à son arrestation en 1970 et son exécution en janvier de l'année suivante.

Devant le refus de l'État d'accorder des visas à ses avocats, il a décidé de refuser celui qui lui avait été commis d'office et de prendre sa défense lui-même dans un procès qu'il qualifiera de “forfaiture”. Il fut condamné à mort et fusillé le 15 janvier 1971 sur la place publique à Bafoussam, certainement afin d'envoyer un message profond à ce peuple Bamiléké que la France redoutait tant.

Mais jusqu'à la dernière minute, il est resté digne. Dans sa prison de Yaoundé, il a refusé à maintes reprises de signer son recours en grâce et dit au président Ahmadou Ahidjo : "Prenez vos responsabilités ; moi je prends les miennes devant l'Histoire." Transporté sur son lieu d'exécution, c'est un Ernest Ouandié souriant et serein que nous pouvons apercevoir sur les photos de ses derniers instants de vie. Il a refusé de se faire bander les yeux afin de pouvoir regarder ses bourreaux en face. Et il est parti en souriant, aussi digne qu'il l'avait été toute sa vie.

Ernest Ouandié, toute sa vie, s'est battu pour un pays que nous sommes en train d'abandonner tous les jours pour aller nous installer au Canada, en France, en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, faisant fi de l'histoire, nous sommes devenus des quémandeurs de passeports dans les pays des bourreaux de nos parents, et avons mis à la poubelle toute la dignité qui était celle de nos ancêtres.

À 47 ans, Ernest Ouandié a vécu une vie beaucoup plus longue que la plupart de nous qui vivrons jusqu'à 80 ans. Mais 80 ans de vie d'esclave valent-ils mieux que 47 ans de vie de combat pour sa liberté ?

En ce mois de janvier qui marque le 54e anniversaire de sa mort, j'aimerais que tu prennes un temps pour te remémorer le combat de tous ceux qui ont payé de leur vie pour que nous puissions avoir le semblant de liberté que nous avons aujourd'hui. Que tu te rappelles que le combat ne sera pas fini tant que nous ne serons pas totalement libres. Et surtout que tu saches que notre mission est de protéger et de léguer ce territoire qui est le nôtre à nos enfants. Afin que vive éternellement le Cameroun.


Douala (dans le maquis) 🇨🇲