Aujourd’hui, je suis tombé sur une vidéo d’un entrepreneur camerounais qui parlait du fléau que représentent les funérailles pour les hommes d’affaires camerounais. Ça m’a beaucoup fait sourire, parce qu’on aurait dit qu’il m’avait entendu tenir ce débat quelque part et qu’il se contentait de le répéter pendant son interview, tant nos points de vue se ressemblaient.
Quand j’ai commencé à soulever cette question dans mon entourage il y a quelques années, certains m’ont dit que j’exagérais. Mais honnêtement, je n’arrive toujours pas à comprendre cette situation.
Nous sommes dans un pays où tout est à faire, où on ne travaille déjà pas assez, mais chaque week-end, des milliers de personnes prennent la route pour assister à un deuil. Résultat :
- Des centaines de travailleurs absents pendant deux à trois jours pour une seule personne décédée.
- Des milliers d’heures de travail perdues chaque semaine.
- Des millions de francs CFA dépensés en transports, en boissons et en distractions… au lieu d’être investis dans le développement personnel et collectif.
Si tu n’as jamais été chef d’entreprise au Cameroun, tu ne peux pas mesurer l’ampleur du problème.
Dans des secteurs comme la restauration ou le commerce, où l’activité ne s’arrête jamais, les absences pour cause de funérailles sont une véritable plaie. Un entrepreneur camerounais voit chaque mois ses employés demander des permissions pour des deuils. Un technicien qui devait livrer un projet en 5 jours mettra 10 jours, car entre-temps, il est allé au village enterrer quelqu’un. Et après, on s’étonne que les délais ne soient jamais respectés.
Nous avons besoin de travailler PLUS, pas MOINS !
Je le dis souvent à mes collaborateurs : si ça ne tenait qu’à moi, nous devrions travailler TOUS les jours pour rattraper notre retard sur les autres nations. Mais non. On ne travaille déjà pas assez. Et on gaspille encore le peu de jours que nous avons… dans des deuils à répétition. Parfois même pour des personnes que nous n’avons jamais connues.
Nous sommes prêts à risquer nos vies sur la route chaque week-end pour enterrer un inconnu, mais nous sommes incapables de nous unir pour soutenir un projet d’un frère ou d’une sœur bien vivant.e.
Est-ce vraiment la tradition ?
Quand j’en parle, on me dit : "Tu es contre la tradition.” Mais soyons sérieux… Depuis quand la tradition consiste-t-elle à enrichir les producteurs d’alcool ? Parce qu’on sait très bien où part le plus gros des dépenses funéraires. Et on sait aussi que l’argent de cet alcool ne reste même pas au pays.
Et si on repensait nos traditions ?
Pourquoi ne pas organiser des deuils en cercle restreint, dans la stricte intimité familiale ? Pourquoi, au lieu de dépenser des fortunes en voyages et en boissons, ne pas envoyer directement cet argent à la famille endeuillée pour l’aider à couvrir les frais ?
Temps + Argent = Ressources précieuses. Si nous devons nous séparer d’une des deux, mieux vaut donner de l’argent et garder le temps pour travailler et construire notre avenir.
Ma position est claire.
🚫 Je n’assiste plus aux veillées funèbres organisées sur la voie publique.
🚫 Je limite au strict minimum mes déplacements pour des funérailles.
Et j’espère que quand mon tour viendra, tu ne perdras pas des jours de travail pour me "rendre hommage”. Si tu veux vraiment me prouver que tu m’appréciais, travaille deux fois plus pour ce pays en mon honneur.
Barberaz 🇫🇷