Quand je dis souvent que si nous ne faisons rien, nous, en tant qu’Africains, allons disparaître, certaines personnes trouvent que j’exagère et qu’il est quasiment impossible que cela arrive. Aujourd’hui, sans tirer sur personne, j’aimerais approfondir un peu la question.
Jusqu’ici, les scientifiques s’accordent à dire que la fonction ultime du cerveau est celle de la survie de l’espèce. Avant toute chose, ton cerveau, et celui de tous les autres types d’organismes, a pour but principal de te maintenir en vie et de faire en sorte que des comme toi, il y en ait toujours. Raison pour laquelle il va te pousser à te nourrir et à te reproduire, entre autres.
Cependant, les scientifiques estiment que 99 % des espèces ayant existé sur Terre sont aujourd’hui éteintes. Sur les 2 à 4 milliards d’espèces qui ont jamais vécu sur Terre depuis l’apparition de la vie sur notre planète il y a 3,5 milliards d’années, il en resterait moins de 9 millions. C’est te dire que ce n’est pas un jeu auquel on gagne facilement. C’est néanmoins un jeu infini sur lequel il faut s’appliquer.
L’un des problèmes physiques liés à toutes ces disparitions est l’espace disponible. La Terre est une entité finie. Cela veut dire qu’elle ne peut abriter et nourrir qu’un certain nombre d’individus. Du coup, la plupart des espèces qui y vivent sont en compétition pour les ressources. Avec l’évolution, les espèces ont commencé à s’organiser dans une chaîne alimentaire où certaines sont des ressources pour d’autres. Mais un équilibre strict doit être respecté pour éviter des disparitions prématurées d’espèces. Chacun, dans son coin, développe (à l’aide de son cerveau) des stratégies de plus en plus efficaces pour maintenir un certain équilibre en sa faveur afin de vivre le plus longtemps possible en tant qu’espèce.
Une de ces stratégies a été l’invention de l’agriculture par Homo sapiens. Avec l’agriculture et l’élevage, nous avons pu résoudre de façon quasi définitive la question des ressources pour se nourrir. Tout ce qu’il nous restait à faire, c’était d’essayer de ne pas mourir prématurément et de se reproduire à souhait. Cette simple stratégie nous a libéré de la bande passante, et notre cerveau a commencé à dépenser beaucoup moins d’énergie sur comment manger et beaucoup plus sur tout le reste. Et en un rien de temps, nous sommes devenus l’une des espèces les plus intelligentes sur Terre, bien qu’étant l’une des plus récentes. Les cerveaux des crocodiles et des requins, par exemple, qui étaient là bien avant les dinosaures, il y a plus de 200 millions d’années, continuent d’allouer une très grande partie de leur bande passante à la nourriture et à la reproduction.
Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir développé des stratégies révolutionnaires. D’ailleurs, je pense que nous avons inventé l’agriculture uniquement parce que les plantes, plusieurs millions d’années avant, avaient déjà inventé une stratégie encore plus efficace. Une stratégie qui fait que, malgré qu’elles soient immobiles contrairement aux animaux, les plantes soient les êtres vivants qui ont le règne le plus important sur Terre. Elles sont partout !
Cette stratégie a été de donner quelque chose aux animaux afin qu’ils emmènent (enfin, leurs graines) conquérir de nouveaux territoires. C’est la raison pour laquelle les graines des plantes sont contenues dans des fruits qui sont pour la plupart sucrés et aux belles couleurs. Ne pouvant pas bouger, les plantes ont compris qu’il n’y avait que les animaux mobiles qui pouvaient porter leurs espèces ailleurs afin d’éviter une disparition si leur milieu naturel de départ venait à être menacé.
Si ça se trouve, ce ne sont pas les hommes qui ont dompté les plantes via l’agriculture, mais les plantes qui nous ont séduits afin que nous les aidions à conquérir le monde. Comme le dit Yuval Noah Harari dans Sapiens, il n’y a qu’à voir comment une mauvaise herbe (au départ) comme le blé, uniquement présente au Moyen-Orient, a réussi à devenir aujourd’hui la reine du monde. L’espèce la plus cultivée et présente sur tous les continents. Avant que les hommes ne la cultivent, le blé était plus menacé de disparition que nous, mais aujourd’hui c’est le contraire. Et c’est exactement ça, le jeu infini de la vie. Un jeu que nous, les Africains, n’avons pas encore compris.
Nous sommes des hommes comme tous les autres, certes. Mais nous ne sommes pas les seules espèces d’hominidés à avoir jamais vécu sur Terre. Un peu comme chez les autres espèces d’animaux, nous étions plus nombreux. Et il y a encore 100 000 ans, sur la Terre, coexistaient au moins trois espèces d’hominidés. Où sont passées les autres ? Disparues ! Il ne reste plus que nous, Homo sapiens. Les scientifiques sont un peu indécis sur les causes de disparition des autres espèces, mais on n’exclut pas que, dans une lutte pour les ressources, Homo sapiens ait fait le ménage tout doucement pour rester tout seul. Bien que la nature ait aussi certainement joué un grand rôle.
Tu me diras que nous sommes tous Homo sapiens aujourd’hui. Oui, c’est le cas. Mais l’histoire ne s’écrit qu’avec le recul. Je parie qu’il y a 200 000 ans, tous les hominidés étaient persuadés de faire partie de la même famille. Si ça se trouve, dans 200 000 ans, les livres d’histoire feront la distinction entre Homo sapiens africain, caucasien, asiatique, amérindien, aborigène et je ne sais quoi d’autre. Et c’est tellement plausible que ces distinctions existent déjà aujourd’hui.
Et s’il y a une chose que nous savons de l’histoire, c’est qu’elle a une fâcheuse tendance à se répéter. Toutes les espèces se battent pour leur survie parce qu’elles savent que c’est un cycle qui engloutit toutes celles qui n’y font pas attention. De la même façon que, des grands groupes d’hominidés d’il y a des millions d’années, il n’en est resté que les australopithèques, dont la fameuse Lucy, c’est de la même façon que, des grands groupes d’Homo, il n’en est resté que Homo sapiens et c’est certainement de la même façon que, d’ici quelques années, de ce grand groupe, il n’en restera qu’un. Les Amérindiens et les Aborigènes étant déjà sur le déclin.
Certaines espèces, à cause de leur environnement, développent des caractéristiques plus importantes que d’autres. Et j’ai l’impression qu’Homo sapiens caucasus (le blanc) l’a compris très rapidement. Il y a encore 1 000 ans, chaque type d’homme présent sur Terre vivait dans un environnement très précis : les Caucasiens en Europe, les Arabes au Moyen-Orient, les Asiatiques en Asie, les Amérindiens en Amérique, les Aborigènes en Océanie et les Africains en Afrique. Mais aujourd’hui, si tu observes attentivement la carte, qu’est-ce que tu remarqueras ? Le monde s’est assez bien mélangé. Mais… en Europe, les Caucasiens sont toujours majoritaires. Cependant, ils le sont aussi majoritaires en Amérique et en Océanie. Il n’y a qu’en Asie et en Afrique que les peuples d’il y a 1 000 ans sont encore majoritaires, après avoir lutté farouchement pour une décolonisation (suis mon regard).
Au vu de tout ceci, si je devais parier sur l’espèce qui survivrait dans 10 000 ans, je parierais sur le Caucasien. Et peut-être en cohabitation avec l’Asiatique. Mais comme je l’ai dit au début, la Terre est un espace fini. Elle ne grandit ni ne rétrécit. Chaque espèce qui disparaît laisse son terrain de jeu à celle qui survit. Et selon toi, qui récupérera l’Afrique quand l’Africain aura connu le même sort que l’Amérindien et l’Aborigène ? Réfléchis-y ! Et demande-toi qui sont sur les territoires des amérindiens et des aborigènes actuellement.
Est-ce que nous sommes en guerre les uns contre les autres ? Non ! Nous sommes juste dans une compétition. La même compétition que tu as gagnée quand le petit spermatozoïde que tu étais, dans les bourses de ton père, a été le premier à rentrer dans l’ovule de ta maman. C’est une compétition sans état d’âme où les vainqueurs ont droit à la vie et aux faveurs de la Terre, et les perdants disparaissent.
Est-ce que nous allons disparaître ? Tôt ou tard, oui ! Peut-être plus tôt que tard avec l’avènement de l’IA. Car, pour la première fois sur Terre, une espèce est en train de créer une autre, plus intelligente qu’elle, sans vraiment avoir un moyen de la contrôler ou pour qu’elle travaille indirectement à la survie de l’espèce créatrice. Mais bon, ça, c’est le sujet d’un autre jour.
Oui, nous allons disparaître en tant qu’Africains si nous ne nous réveillons pas. Et beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine. La tendance a d’ailleurs déjà commencé. Petit à petit, nous sommes en train de perdre tous les traits qui faisaient de nous des Africains. Car une espèce existe aussi par ses caractéristiques. Nous sommes tellement aveuglés par le bonheur personnel, une invention d’un être beaucoup plus malin que nous, que nous en avons oublié que, si nous en sommes là, c’est parce que, pendant des centaines de milliers d’années, le jeu auquel nos ancêtres jouaient était celui de la survie de notre espèce et non celui de qui aura la meilleure photo sous la neige.
Si je tire cette sonnette d’alarme, c’est parce que je suis Africain. Et bien que, personnellement, je vais certainement mourir un jour, je n’aimerais pas que mon espèce ne fasse partie de la Terre que dans des livres d’histoire dans quelques milliers d’années. Car si mes ancêtres n’avaient pas fait le nécessaire, je n’aurais jamais été là aujourd’hui et peut-être qu’on parlerait d’eux comme on le fait actuellement pour les Néandertaliens. Nous avons le devoir de survivre et de faire perdurer notre espèce.
Et comme nous l’ont enseigné les plantes, la survie passe par le territoire. Notre meilleure chance de survie est d’avoir notre territoire à nous, et non d’être parsemés par-ci par-là sur des territoires déjà conquis par les autres. Nous avons un territoire : l’Afrique. Le plus grand territoire de terre en continu. Certainement le plus riche en ressources naturelles. Arrêtons de le fuir et commençons à l’occuper de façon sérieuse. C’est notre meilleure chance de survie. Restons chez nous, cultivons nos terres, construisons nos infrastructures, marquons notre présence et faisons le maximum d’enfants possible, oui, reproduisons-nous à souhait. Et donnons-nous le maximum de chances d’être sur le top du podium s’il ne devait en rester qu’un de l’Homo sapiens.
Au cas où les sirènes de l’Occident continuent de te dérouter de ta mission, j’aimerais te partager ces paroles sages de Dan Ariely : “Abandonner nos objectifs à long terme pour une satisfaction immédiate, c’est de la procrastination.” Et tu es d’avis avec moi qu’on ne devrait pas procrastiner quand il s’agit d’une question de vie ou de mort.
Et rappelle-toi que l’objectif ultime du jeu n’est pas d’avoir la plus belle maison, mais de rester le plus longtemps sur Terre. Les cafards sont là depuis plus de 300 millions d’années, les fourmis depuis plus de 150 millions d’années. Des espèces aux belles demeures et aux tailles imposantes, elles en ont vu apparaître et disparaître par millions. Mais elles, sont toujours là.
Douala 🇨🇲