La semaine passée, avec d’anciens camarades de classe, nous étions à la veillée du papa de l’un d’entre nous. Comme c’est l’habitude dans notre groupe, nous avons cotisé un peu d’argent, et ceux d’entre nous qui étaient disponibles se sont déplacés pour la veillée, avant que le corps n’aille au village pour l’enterrement.
Sur place, notre ami endeuillé, après nous avoir fait faire le tour de la dépouille et salué sa maman, la veuve éprouvée, nous a installés quelque part. Il nous a fait servir à boire pendant qu’il continuait à recevoir d’autres invités. Par contre, nous n’avons pas eu droit au pain du deuil. Et je ne sais pas pourquoi, mais dans mon cœur, je me suis dit qu’il ne nous avait pas bien reçus.
Je te vois déjà venir. Tu vas dire que la nourriture a fait ci, fait ça. Mais bon, on se connaît. Moi, je dis tout haut ce que la plupart d’entre nous pensent tout bas. Car à la fin de la journée, nous sommes tous animés plus ou moins par les mêmes pensées. Certains sont juste plus hypocrites que d’autres.
Après que cette idée m’est venue à l’esprit, je me suis demandé d’où elle pouvait bien venir. Et après réflexion, je me suis dit qu’elle devait venir de mon éducation. Cette façon particulière que nous avons eue de gérer les deuils depuis des années. Cette habitude que nous avons prise de transformer les deuils en occasions de fête et, souvent, de débauche. Certainement de ces histoires attendues pendant des années, des réunions qui venaient faire du boucan dans les deuils parce qu’elles estimaient qu’on ne les avait pas bien reçues. Certainement à cause de cette habitude innocente, mais pas sans conséquence, que nous avons développée de donner de l’argent aux personnes endeuillées. Pas pour améliorer la vie après le départ de l’être cher, mais pour pouvoir recevoir toutes les personnes qui viendraient l’aider à pleurer à base de bières et de nourriture.
Et je me suis dit que c’est certainement parce qu’inconsciemment, j’essaie de m’éloigner de tout ça, que jusqu’à présent je n’ai dit qu’à très peu de personnes que j’avais perdu mon grand frère il y a trois semaines. C’est peut-être pour cette raison que ce deuil, je n’arrive pas à le faire en public. Et qu’il n’y a que dans des moments comme celui où j’écris ces lignes, seul dans ma chambre, que je verse une fois de plus des chaudes larmes pour sa perte.
Repose en paix Tonton Guy !
J’aurais aimé te dire tous les projets que j’ai pour notre famille, nos mamans et nos enfants, mais hélas tu es parti sans crier gare. Me laissant avec l’obligation de rester fort et de continuer ce combat, que tu sois enterré avec une bière et le pain du deuil ou pas.
Douala 🇨🇲