Aujourd’hui, j’ai envie de te parler d’un phénomène qui me dépasse complètement au Cameroun. Peut-être que toi aussi tu l’as déjà remarqué. J’ai l’impression que beaucoup de personnes qui vendent un produit ou un service ici pensent qu’ils font une faveur à leurs clients.
Je ne peux même pas compter le nombre de fois où j’ai contacté un entrepreneur pour un produit ou un service vu sur internet et que j’ai dû relancer, simplement parce qu’ils attendaient sagement que je revienne vers eux. Chez Le Porc Braisé, par exemple, nous avons une politique de communication proactive. Nous faisions en sorte d’être tellement présents dans la vie de nos clients que certains nous écrivaient après un mois pour se plaindre que nous les avions « abandonnés ». Même si nos clients ne peuvent pas manger du porc tous les jours, nous faisions tout pour rester dans leurs esprits, créant même cette envie par notre communication.
Mais ici, je contacte un entrepreneur pour un service, il me répond deux jours plus tard. Patient, j’explique mon souci et demande un rendez-vous. Le gars m’impose des horaires, style Beyoncé, comme s’il faisait un chiffre d’affaires de plusieurs millions par mois. Et quand je lui propose un autre créneau, il me répond… le lendemain ! Tu creuses un peu, tu te rends compte qu’il peine à faire 200.000 FCFA mensuels.
Tu vois un produit intéressant sur une image, tu contactes le producteur pour manifester ton intérêt, et il reste tranquillement dans son salon à attendre que tu viennes lui donner ton argent. Aucune relance, rien. Moi, je t’aurais mis dans mon agenda, avec au moins dix relances planifiées, avant de lâcher l’affaire !
Nous avons beaucoup trop d’ “entrepreneurs princesses” dans ce pays. Des enfants pourris gâtés qui pensent que c’est au client de faire tous les efforts. Cette mentalité est exactement pourquoi nous n’arrivons pas à produire de belles success stories.
Prenons l’exemple de Sara Blakely, la fondatrice de Spanx. À ses débuts, elle n’avait pas d’argent pour de la publicité ni de gros partenaires pour promouvoir ses produits. Elle parcourait les magasins pour convaincre des vendeurs de mettre ses gaines dans leurs rayons. Elle assistait à des conférences, prenait des rendez-vous avec des acheteurs qu’elle harcelait littéralement jusqu’à ce qu’ils acceptent de la recevoir. Elle allait même jusqu’à démontrer son produit dans les toilettes des magasins pour prouver son efficacité. Aujourd’hui, Spanx est une marque mondiale et Sara Blakely est devenue la plus jeune milliardaire self-made d’Amérique selon Forbes. Mais elle n’aurait jamais atteint ce niveau si elle s’était assise dans son salon en attendant que les clients viennent à elle.
Si nous lisions davantage de ce type d’histoires, nous comprendrions que le succès demande de l’effort et une immense détermination. Nous ne pouvons pas nous contenter d’attendre que le client nous tombe tout cuit dans les bras. Ce n’est pas ainsi que les grands empires se construisent.
Si nous voulons un jour créer des empires capables de conquérir le monde, il est temps de revoir notre approche. Sans clients, il n’y a pas de business. Même dans ton rêve, si tu aperçois un potentiel client, ne te réveille pas sans lui avoir vendu ton produit. Mets ton produit entre les mains d’un maximum de personnes, à tout prix. C’est seulement ainsi que tu pourras recueillir suffisamment de feedback pour l’améliorer, et surtout le capital nécessaire pour faire grandir ton entreprise.
En 2023, 77 % des revenus d’Alphabet (maison mère de Google) provenaient de la publicité, soit 237 milliards de dollars. C’est ce que les entrepreneurs du monde entier ont dépensé chez Google pour attirer l’attention sur leurs produits et services. Et pendant ce temps, nous, ici, nous restons passifs, en attendant que le client nous relance. Puis, après, on part au Canada dire que “le pays est dur”.
Douala 🇨🇲