Cette semaine, un pote m’a appelé pour me parler d’un de mes vieux textes. Le texte où je dénonçais une injustice qui m’était arrivée. Et dans la discussion, il m’a demandé si je n'avais pas encore été approché par les gars des couloirs au pays. Apparemment, le pays est géré par les couloirs, et les gars recrutent à tours de bras, et ils sont friands de personnes comme moi avec un gros potentiel.
Si jusqu’à présent tu n’as pas compris de quels couloirs il s’agit, reste avec moi, peut-être que tout sera clair d’ici la fin du texte.
Alors, je lui ai dit que non. Que jusque-là, je n’avais été approché par personne et n’avais encore reçu aucune proposition indécente. Dans ma tête, c’est sûrement parce qu’en dehors de mon entourage proche, personne ne me connaît. Mais il était vraiment surpris, car selon lui, une personne comme moi est la cible idéale. Un cerveau, comme il dit !
Et là, j’ai commencé à réfléchir. Naïvement, mon cerveau n’était jamais allé là-bas. Et rapidement, j’ai formulé une hypothèse. Une hypothèse qui, avec du recul, me semble de plus en plus plausible. Je lui ai dit que le fait que j’écrive tous les jours et que mes textes soient souvent très personnels pouvait décourager les gens. Personne ne veut se retrouver sur mon blog quelques jours après m’avoir fait une proposition indécente. Du coup, chacun prend ses distances.
Nous n’en saurons jamais rien. Mais je pense, comme je l’ai expliqué à mon pote, qu’il est plus facile de draguer une femme discrète que de draguer celle qui affiche sur son statut tous ses dragueurs du jour. Personne ne veut être affiché comme ça. Et si souvent certaines personnes ont le courage de faire des avances aux femmes de leurs amis, c’est parce qu’elles ont au préalable senti qu’entre les deux, la communication n’était pas très fluide. Même comme il y a quand même quelques sorciers dehors qui s’en foutent de ça.
Il y a quelques mois, Flavien passait son temps à me dire que je ne peux pas tout dire sur moi. Beaucoup de personnes m’ont dit que je partageais beaucoup trop de détails sur ma vie. Et je peux comprendre que ça implique quelques risques. Mais comme je dis souvent, on vit à une époque où, si quelqu’un veut vraiment avoir toutes les informations sur toi, ce n’est qu’une question de temps. En fait, le meilleur moyen pour toi de cacher certaines informations est d’en divulguer le maximum. Les gens n’iront pas chercher ce qu’ils croient savoir. La meilleure cachette est en pleine vue. Le seul endroit où personne n’ira chercher.
Cependant, avoir une politique de transparence te protège de certains dangers invisibles. Un peu comme la fille habillée comme une grand-mère qui sera moins la cible de violeurs que celle qui s’habille de façon provocante.
Quand personne ne sait si tu pourras garder une proposition indécente pour toi ou la partager avec le monde, chacun prend ses distances avec toi. Et pour ce genre de propositions, le meilleur moyen de s’en sortir, c’est d’éviter qu’elles n’arrivent à toi. Car une fois qu’on te propose, soit tu acceptes et tu fais partie de quelque chose dont tu n’aurais pas aimé faire partie, soit tu refuses et maintenant que tu connais leur secret, tu deviens la cible à abattre. C’est franchement mieux que personne ne t’approche.
Ça me rappelle ce qui m’est arrivé à l’université de Douala en 2006. Fraîchement sorti du lycée avec une réputation d’ambianceur, je me suis retrouvé en première année philosophie-psychologie à l’université, dans une classe d’une cinquantaine d’étudiants dont je sortais directement du lot par ma jeunesse, ma coupe de cheveux en afro et mes blagues pendant les heures de cours. Je me suis rapidement fait accoster par un groupe d’étudiants dans la classe. Des personnes décidément très vieilles pour être encore en première année d’université. Et cette bande a rapidement lié des liens avec moi, m’invitant à les rejoindre au chaba pendant les heures de cours, me disant que je pouvais compter sur eux si je voulais rencontrer n’importe quel professeur, m’invitant à manger au beignetariat chaque soir après les cours et me promettant de pouvoir m’aider à trouver un job étudiant. Il ne m’a pas fallu plus d’un mois pour commencer à me rendre compte de ce qui se passait. J’étais clairement dans un processus de recrutement. À quoi, je ne savais pas. Et franchement, à ce niveau, je n’avais pas envie de savoir. Mes options étaient devenues extrêmement minces. Ils étaient dans ma classe. J’allais me les coltiner toute l’année. Leur dire non n’allait pas me rendre la vie facile. Et leur dire oui était hors de question. La seule issue était de quitter la scène. Et c’est ainsi que j’ai annoncé à maman que s’achevait ma carrière à l’université de Douala.
J’avais fait une seule erreur, celle d’être le profil idéal. Et une fois que la bête s’est approchée, il ne me restait plus grand-chose à faire. Et souvent, notre meilleur mécanisme de défense est de tout faire pour ne pas ressembler au profil idéal. C’est la raison pour laquelle les puristes de l’islam voilent leurs femmes. C’est la raison pour laquelle, dans certains pays, les filles ont les cheveux coupés à l’école. C’est la raison pour laquelle les écoles ne veulent pas de tenues trop sexy pour les élèves. C’est la raison pour laquelle j’évite d’avoir une relation très proche avec les femmes de mes frères et amis. Il suffit de rien pour devenir le candidat idéal de la mauvaise institution, et crois-moi, dès que tu le deviens, tout devient extrêmement compliqué pour toi.
Mon conseil pour toi, si tu ne veux pas te retrouver dans des situations compliquées, c’est de tout mettre en œuvre dès maintenant pour ne pas devenir le candidat idéal de ce que tu n’aimerais pas avoir dans ta vie. Tu crois qu’un autre pays peut essayer de venir me recruter aujourd’hui pour trahir le Cameroun ? Je ne pense pas. Ils savent que l’affichage sera de taille la minute d’après.
Douala 🇨🇲