Noirs en Occident : sommes-nous des ‘Gatsby’ du développement ?

Aujourd’hui, je vais te raconter une histoire que Charlie Munger utilisait souvent pour illustrer la différence entre la vraie connaissance et la simple mémorisation (ou connaissance superficielle).

L'histoire raconte que Max Planck, après avoir reçu le Prix Nobel de physique, faisait une tournée de conférences en Allemagne. À chaque fois, il donnait la même conférence sur la nouvelle mécanique quantique.

Avec le temps, son chauffeur, qui avait entendu la conférence des dizaines de fois, lui dit : “Professeur Planck, je connais maintenant votre conférence par cœur. Ça doit être ennuyeux pour vous de la répéter sans cesse. Je pourrais la donner à votre place pendant que vous vous asseyez au premier rang avec ma casquette de chauffeur.”

Planck, amusé par l'idée, accepta. Le chauffeur donna parfaitement la conférence, imitant même le ton du professeur. Jusqu’à ce qu’un professeur de physique lui pose une question complexe. Le chauffeur répondit avec un aplomb déconcertant : “Je suis surpris qu’une personne de votre niveau pose une question aussi simple. Pour le prouver, je vais laisser mon chauffeur y répondre.” Et il pointa du doigt Max Planck lui-même, assis au premier rang.

Charlie Munger utilisait cette histoire pour distinguer deux types de connaissances :

  1. La "connaissance du chauffeur" : savoir réciter sans comprendre en profondeur.
  2. La "connaissance de Planck" : comprendre véritablement les principes fondamentaux.

La différence entre un maître et un "Gatsby"

J’ai développé ma propre version de ces deux types de connaissances. Moi, je fais la différence entre celui qui maîtrise réellement son sujet et celui qui veut juste donner l’impression qu’il le maîtrise en jouant avec les codes. J’appelle ce dernier un “Gatsby”.

Gatsby, comme Jay Gatsby du roman Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald. Ce personnage, né dans la misère, réussit à gravir les échelons de la haute société new-yorkaise. Mais devant son rival Tom Buchanan, qui est né dans ce milieu, on voit immédiatement que Gatsby fait une faute de goût après l’autre. Il joue aux riches, mais il n’en maîtrise pas les codes. 

Et des Gatsby, j’en vois tous les jours.

👉 Ceux qui, dès qu’ils commencent à mieux gagner leur vie, essaient de s’habiller comme les riches… sans aucune notion de l’étiquette.
👉 Ceux qui veulent décorer leurs maisons en suivant des tendances mais qui cumulent les erreurs de design.
👉 Ceux qui s’habillent pour un mariage avec des costumes sur mesure… mais en coton, et qui ferment le dernier bouton de leur veste, debout comme assis !

Mais le domaine dans lequel nous sommes presque tous des Gatsby, c’est le développement.

Nous jouons au développement sans comprendre ce qui le crée

La plupart des Noirs en Occident vivent entassés dans les métropoles, persuadés que c’est là que réside le secret du développement. Nous voyons les produits agricoles arriver sur les marchés tous les jours, mais nous n’avons aucune idée des procédés utilisés pour les produire. Nous ne savons même pas que dans un pays comme la France, plus de 52 % du territoire est utilisé pour l’agriculture.

Nous apercevons d’énormes chantiers en ville, sans nous douter que les campagnes abritent les usines qui produisent les matériaux de construction. Nous voyons des pays fonctionner à l’électricité, sans jamais avoir vu une centrale nucléaire ni même compris la quantité d’énergie nécessaire pour faire tourner toutes ces infrastructures.

Si, malgré plusieurs générations d’Africains venus étudier en Occident, nous n’arrivons pas à nous en inspirer pour développer l’Afrique, c’est parce que contrairement aux Asiatiques, qui sont venus chercher la connaissance de Planck, nous nous contentons d’être des Gatsby.

On se sape comme jamais, mais on ne sait même pas faire la différence entre une veste en laine et une veste en coton. On joue au riche sans comprendre la richesse. On joue à l’Occidental sans comprendre le développement. Nous nous contentons de la connaissance du chauffeur.

Tant que notre diaspora restera dans ce paradigme, elle nous sera aussi inutile que le pied gauche à Platini, comme dit Youssoupha dans Grands boubous des ancêtres.

Il est temps de sortir de nos rôles de Gatsby et de chercher la connaissance de Planck.


Barberaz 🇫🇷