Nous accusons nos gouvernements… mais avons-nous rempli notre part du contrat ?

Le mois dernier, j’ai eu plusieurs discussions intéressantes sur les études que nous faisons à l’étranger avec des personnes convaincues qu’elles ne pouvaient pas revenir au pays faute de débouchés. Et des discussions comme celles-là, j’en ai des dizaines chaque année.

Des médecins qui nous disent qu’ils ne peuvent pas retourner en Afrique parce que nous n’avons pas de plateaux techniques. Des ingénieurs qui expliquent qu’il n’y a pas d’entreprises locales capables de les recruter. Des informaticiens qui nous disent qu’ils gagnent cent fois plus en travaillant en Suisse, au Luxembourg, au Canada ou aux États-Unis qu’ils ne pourraient jamais gagner en Afrique.

Et moi, dans toutes ces discussions, je me demande toujours si nous sommes tombés sur la tête.

Depuis que je suis tout petit, l’électricité est un véritable défi dans notre pays. Cette semaine encore, toute la ville de Douala se plaint des coupures de courant. Mais dans toute ma génération, à peine 2 % ont choisi de se spécialiser dans des études liées à la production d’énergie.

Près de la moitié — moi y compris — s’est jetée sur l’informatique. Comme si c’était ça qui allait résoudre nos problèmes d’électricité. Et aujourd’hui, plus de trente ans plus tard, nous nous plaignons des mêmes coupures de courant que dans notre enfance.

Il est facile de rejeter la faute sur nos gouvernements. Facile d’accuser la colonisation, la néo-colonisation ou ce que nous appelons “le système”. Mais prenons-nous le temps de nous demander si, nous-mêmes, nous avons rempli notre part du contrat ?

Aujourd’hui encore, en voiture avec un ami, nous avons remarqué à quel point il y avait de plus en plus de Tesla en circulation. Une marque qui, il y a 19 ans, lorsque j’ai eu mon bac, n’avait encore mis aucune voiture sur le marché. Et qui, aujourd’hui, a complètement révolutionné l’industrie automobile. Ses fondateurs ont identifié un problème : les voitures thermiques polluent la planète. Ils ont imaginé une solution et, aujourd’hui, l’industrie automobile mondiale suit leur direction.

Elon Musk, l’homme qui a porté cette vision, a 53 ans aujourd’hui. Juste deux générations avant moi. Et là, je me demande : qu’ont fait nos grands-frères africains qui sont allés étudier en Occident en même temps que lui ? À part se plaindre du gouvernement, du système et jouer les panafricanistes depuis leurs salons de Bruxelles ou de New York ?

Bien sûr, il y a des facteurs systémiques, la colonisation, la dépendance économique... Mais quand je vois les décisions que nous prenons chaque jour, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a un sérieux problème. Nous venons de pays qui importent plus de 50 % de ce qu’ils mangent, plus de 80 % de leurs vêtements, et quasiment tous leurs matériaux de construction… Et pourtant, nous allons en Europe étudier l’informatique, la médecine et la physique nucléaire.

Nous sommes assis sur les plus grandes réserves d’énergie du monde, et au lieu d’étudier les meilleures façons de les exploiter, nous allons faire des études d’aéronautique. À quel moment tout ça a-t-il un sens ?

Cinquante ans après avoir envoyé nos premiers étudiants en Occident, nous avons toujours besoin des autres pour extraire notre propre pétrole et nos minerais. Nous avons toujours besoin des autres pour nous nourrir. Est-ce vraiment le gouvernement qui nous empêche de voir les problèmes que nous devrions résoudre pour nos peuples ?

Nous nous indignons du pillage des ressources naturelles par nos dirigeants, mais qui parle du pillage de nos ressources intellectuelles ? Quel est l’intérêt pour le Cameroun d’avoir 10 000 informaticiens éparpillés à travers le monde ? N’aurait-il pas été préférable que nous investissions cette matière grise dans la résolution de nos problèmes énergétiques ? Ou bien, comme nos dirigeants, nous ne pensons qu’à nos petites personnes et au diable le pays ?


Barberaz 🇫🇷