Ce matin, j’ai eu une discussion intéressante avec mes nièces. La plus jeune, 8 ans, est venue me voir et m’a demandé quel était mon pays préféré. Ah, tu me connais. Le genre de questions que j’aime. Je lui ai répondu : "Le Cameroun, bien évidemment", avec mon plus grand sourire. Et là, elle enchaîne : "Et ton équipe de foot préférée ?” Et moi: ”Le Cameroun, bien sûr."
Et moi, je lui retourne la question. À elle, petite Camerounaise née ici, en Occident. "Et toi, c’est quelle équipe ton équipe préférée ?” Et elle me répond, sans hésiter : "La France, le Portugal et l’Allemagne."
Bon. Là, je commence à me poser des questions. Je sens qu’en fait, depuis le début, elle voulait surtout parler des pays où elle est née. Je suis un peu perplexe. Elle me demande ensuite quels sont mes footballeurs préférés. Ah ! Il ne m’en fallait pas plus pour mettre tous nos héros en perspective. Je lui dis : Samuel Eto’o, Roger Milla, Djonkep Bonaventure.
Elle me regarde, un peu choquée. Ces noms ne lui disent absolument rien.
Bon, je veux bien que les deux derniers soient d’une époque très ancienne. Elle a le droit de ne pas les connaître. Mais Eto’o ? Elle ne connaît pas Samuel Eto’o ? Je répète : "Tu ne connais pas Samuel Eto’o ?” Et là, le choc. Elle me regarde et me demande : "C’est qui ?"
Je n’en reviens pas. Je vais voir sa grande sœur, 10 ans. "Toi, tu connais Samuel Eto’o, au moins ?” Et elle me sort, tout naturellement : "Non, c’est qui ?” Je suis sous le choc. Je n’avais jamais rencontré un Camerounais qui ne connaissait pas Eto’o. Au Cameroun, même les nouveaux-nés connaissent le Ngambeh. Comment c’est possible ?
Alors je leur demande : "Quels sont les footballeurs camerounais que vous connaissez ?” Réponse : “Aucun." Je relance: ”Bon, alors, citez-moi juste des footballeurs que vous connaissez.” Et elles me sortent Kylian Mbappé, Jude Bellingham et toute la clique du Real de Madrid. Là, je comprends. La chanson de Bad Nova est passée par là.
Souvent, quand je parle, on me dit que j’exagère. Quand je dis que nous sommes en train de disparaître, on me dit que ce n’est pas possible. Et pourtant. Deux jeunes enfants, vivant avec leurs parents camerounais, qui préfèrent la France, l’Allemagne et le Portugal au Cameroun. Qui ne connaissent aucun footballeur camerounais. Qui n’ont jamais regardé aucun de leurs matchs. Mais qui sont des fans absolues du Real Madrid.
Encouragées par un autre Camerounais, qui au lieu de chanter la gloire de son pays, a décidé de chanter celle d’un club à des milliers de kilomètres.
Un club appartenant à un pays qui, il y a quelques siècles, organisait le commerce de ses ancêtres vers les Amériques.
Si tu as un enfant en Occident, commence à lui poser les bonnes questions.
Parce que si ça se trouve, tu es en train d’élever l’ennemi dans ta propre maison.
Je dis ça…
Vaires-sur-Marne 🇫🇷