Hier, à la réception de l’hôtel Onomo de Lomé, j’ai décidé de discuter un peu avec le réceptionniste. Je me suis rappelé que je n’avais jamais vu un Onomo en Occident, mais que j’en avais déjà croisé un à Kigali l’année dernière et un autre dans ma ville natale, Douala. La décoration afrocentrée de l’hôtel m’a directement ramené à celle de Douala, avec cette touche culturelle bien assumée.
Je lui ai donc demandé si c’était une chaîne africaine. Il m’a répondu que oui, que la marque était présente dans plusieurs grandes capitales africaines et qu’elle ne comptait aucun établissement hors du continent. Tu me connais, il ne m’en fallait pas plus pour passer en mode panafricain.
Alors, je lui ai demandé s’il savait qui en était le propriétaire. Il m’a répondu que c’était un ensemble d’hommes d’affaires africains. Et là, je me suis dit : “Enfin, on commence à faire les choses bien. Créer des choses pour nous, par nous.”
Mais cette fierté a été rapidement douchée. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que non seulement cette chaîne avait été créée en 2009 par deux Européens, mais qu’elle est aujourd’hui détenue à 80% par le groupe Batipart, une holding fondée par l’homme d’affaires français Charles Ruggieri.
Tranquillement, les gars ont compris qu’il y avait une nouvelle classe moyenne émergente en Afrique, avide de consommer des produits et services valorisant leur propre culture. Et ils se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont créé une chaîne hôtelière afrocentrée, où la clientèle est à 70% africaine et seulement 30% occidentale.
On se fait avoir sur notre propre terrain. Pendant qu’on court après des rêves d’ailleurs, persuadés que la solution se trouve toujours là-bas, même chez nous, on se fait damer le pion. Ça a commencé avec l’agriculture, puis l’industrie où la plupart des grands groupes industriels sont étrangers. Maintenant, c’est partout : les chaînes de supermarchés, les stations-services, la restauration, les hôtels…
Et après, on ose encore espérer du respect ?
Qu’est-ce qu’il y a de sorcier dans l’hôtellerie pour que ce soient les autres qui deviennent les porte-étendards de l’hospitalité à l’africaine ? Quand est-ce qu’on va enfin se mettre au travail ? Ou bien... c’est en quémandant des passeports bordeaux qu’on compte résoudre le problème ?
Lomé 🇹🇬