Pourquoi entreprendre en Afrique, c’est bâtir un puzzle entier

Hier, lors d’une réunion avec des investisseurs potentiels, Flavien a rappelé une phrase que j’aime souvent dire, et je me suis dit qu’il était temps de te la partager. Cette phrase est la suivante : “La plupart des Africains de la diaspora, lorsqu’ils pensent à créer un business en Afrique, imaginent qu’ils vont simplement rajouter une pièce au puzzle, comme en Occident. Alors qu’ici, il faut d’abord construire tout le puzzle.”

C’est une réalité à laquelle je vois beaucoup d’entrepreneurs de la diaspora se heurter en Afrique. Et, presque inévitablement, ils finissent par se lasser et conclure que le marché n’est pas mature, que le système est défaillant, que les employés sont incompétents et que, finalement, nous méritons notre sort. Résignés, ils retournent en Occident, convaincus d’avoir au moins essayé.

Moi-même, je suis passé par là. Quand nous avons lancé Le Porc Braisé, je pensais qu’il me suffirait de me concentrer sur le marketing et de recruter des braiseurs capables de maîtriser la qualité du produit. Ces deux éléments semblaient être les seules pièces du puzzle manquantes. Mais aujourd’hui, après quelques années d’expérience, je réalise que lancer une chaîne de street-food en Afrique n’a rien à voir avec lancer une chaîne de fast-food en Occident.

Construire un puzzle entier

Ici, au Cameroun, nous avons dû tout bâtir à partir de zéro :

  • Former les braiseurs : J’ai dû recruter un braiseur pour qu’il m’apprenne les bases du métier, tout en lui inculquant moi-même des processus permettant de cuire la viande trois fois plus rapidement.
  • Organiser la filière porcine : Pour garantir une qualité constante de viande, nous sommes obligés de structurer toute la chaîne d’approvisionnement.
  • Internaliser la livraison : Face à un manque de fiabilité des prestataires, nous avons intégré notre propre service de livraison pour respecter les délais.
  • Réécrire des contrats : Nous avons dû concevoir et adapter plusieurs modèles de contrats pour qu’ils correspondent à nos besoins spécifiques.
  • Réinventer la gestion des ressources humaines : Devant un manque criant de personnel qualifié et motivé, nous réfléchissons à créer une plateforme qui stabilisera cette situation avant que notre croissance rapide ne nous mène à l’implosion.

Tout ça… juste pour vendre du porc dans un pays.

Ce qui est acquis ailleurs, reste à construire ici

Dans des économies plus avancées, toutes ces étapes seraient déjà prises en charge :

  • Les filières agricoles et d’élevage seraient bien organisées.
  • Un chef aurait pu élaborer un menu complet à partir d’un simple cahier des charges.
  • Les conventions collectives fixeraient les normes pour les contrats de travail.
  • L’État interviendrait pour résoudre les problèmes de ressources humaines afin de protéger l’économie globale.

Mais ici, nous devons tout construire. La plupart de nos pays sont encore jeunes, et c’est à notre génération de créer ces infrastructures, ces systèmes et ces outils pour faciliter les affaires de demain.

S’inspirer des pionniers

Quand tu entends parler du Taylorisme ou du Kaizen, tu penses peut-être à des systèmes établis depuis toujours. Pourtant, ce sont des inventions humaines, mises en place par des visionnaires dans des contextes similaires au nôtre. Ces pionniers ont fait le travail nécessaire pour que les générations suivantes puissent simplement rajouter leurs pièces au puzzle.

Change de perspective

La prochaine fois que tu te plains qu’un service ou une infrastructure n’existe pas en Afrique, rappelle-toi qu’avant d’exister ailleurs, cela n’existait pas non plus. Quelqu’un, quelque part, a dû le construire. Pourquoi pas toi ici ?

Au lieu de te plaindre ou d’abandonner, retrousse tes manches et participe à la construction de ce puzzle. Si tu le fais, tes enfants n’auront pas à se plaindre des mêmes choses que toi.


Douala 🇨🇲