Pourquoi je refuse qu’on salisse l’image de mon pays

Chez nous, on dit souvent que si tu as un problème avec ta femme ou ton mari, ne va jamais parler en mal de la personne devant ta famille. La raison : si les choses s'arrangent entre vous, tu pourrais oublier tout ce que ton partenaire t'a fait, mais ce n'est pas sûr que ta famille, elle, oublie.

Comme d'habitude, ça fait partie des sagesses fortes de chez nous qu'on se répète de père en fils, de mère en fille depuis des siècles sans jamais l'écrire quelque part et dont malheureusement la nouvelle génération ne perçoit pas la profondeur. Cette nouvelle génération bercée aux sirènes des choses venues d'ailleurs, des choses qui brillent.

Cet enseignement, bien qu'illustré par les relations de couple, s'applique à beaucoup d'autres aspects de la vie. Des aspects que nous n'arrivons pas souvent à saisir. L'un de ces aspects fait partie de mon combat quotidien. Celui de protéger le nom de notre pays.

Quand je m'insurge contre toutes ces personnes, des compatriotes ou des étrangers comme Trump, qui traitent notre pays de pays de merde, certains pensent que je veux jouer au super Camerounais. Un autre m'a encore rappelé hier que moi et tous les gens comme moi, nous n'aimons pas ce pays plus que lui. Mais bon, on va garder ce sujet pour un autre jour.

Si je m'insurge contre tous ces noms d'oiseaux et toutes ces mauvaises étiquettes que nous voulons coller à notre pays, c'est parce que ces étiquettes seront extrêmement difficiles à défaire dans le temps. Aujourd'hui, le pays peut être dans un sale état, oui, mais nous ne devons pas pour autant lui donner une image qui risquera de lui coller à la peau même quand il deviendra le pays dont nous rêvons tous.

Nous savons à quel point les surnoms ont la peau dure, surtout les mauvais. Si on t'en a déjà collé un dans ta vie, tu sais de quoi je parle. Et quand il s'agit d'un pays, la viscosité est encore plus forte. Pendant des années, j'avais par exemple mis le Nigeria sur ma liste de pays à ne visiter pour rien au monde. La cause ? L'image qu'ils m'ont donnée de leur pays avec les films de sorcellerie. Et quand j'en parlais l'année passée à un groupe de personnes, deux avaient fait exactement la même chose que moi. Je suis certes allé au Nigeria il y a quatre ans pour le mariage de mon pote Stéphane, mais je ne te cacherai pas que cette image de pays fief de la sorcellerie n'est pas encore complètement sortie de ma tête, bien que je sache que le Nigeria est l'un des plus grands pays de notre beau continent.

Pour vendre leur pays, les USA ont utilisé Hollywood. Nous vendant une image idyllique de l'Amérique. Une image qui continue de faire rêver des millions de personnes à travers le monde malgré les fusillades, malgré les bavures policières sur les Noirs, malgré les coûts exorbitants de santé, malgré un président actuel ouvertement contre les étrangers. Comme quoi, une fois qu'une image est adossée à un pays, il devient très difficile de la défaire.

Donc, il n'est que normal que tu me trouves sur ton chemin chaque fois que tu voudras coller une mauvaise image à mon pays. Toi, tu iras certainement quémander une autre nationalité un de ces quatre. C'est d'ailleurs ce que la plupart des personnes qui nous chient dessus ont déjà fait. Mais moi, ce pays, il sera toujours le mien. Et celui de mes enfants, de mes petits-enfants et de tous les descendants à venir de la dynastie Kouakep.

Chacun n'a qu'à défendre son image !


Lomé 🇹🇬