J’ai souvent l’habitude de dire que “la patience est la vertu des sages.” Ce n’est certainement pas Saint Augustin, qui affirmait que “la patience est le compagnon de la sagesse,” ni Sharon Salzberg, qui déclarait que “la patience est une forme de sagesse,” qui me contrediront. Cette dernière ajoute d’ailleurs : “Elle démontre que nous comprenons et acceptons le fait que les choses doivent se dérouler à leur propre rythme.”
Cependant, la patience est l’une des vertus qui nous fait cruellement défaut en tant qu’Africains. Circuler dans une ville comme Douala suffit pour en avoir une illustration flagrante. Dès qu’un obstacle survient sur la voie, on assiste à une anarchie : motos, tricycles, voitures et même camions roulent immédiatement en sens inverse, chacun cherchant une échappatoire immédiate au lieu d’attendre patiemment.
Ce manque de patience affecte bien plus que nos routes ; il s’infiltre dans toutes les sphères de notre société.
L’impatience dans nos économies et institutions
Comme je l’expliquais dans mon texte “Pourquoi l’Afrique a besoin d’Innovation Enablers avant tout ?”, nos économies ont du mal à décoller parce que nous manquons de patience pour construire les infrastructures et écosystèmes nécessaires. Trop concentrés sur des profits rapides, nous abandonnons souvent des initiatives prometteuses au premier obstacle.
Prenons l’exemple de l’éducation : nous critiquons un système éducatif défaillant, mais puisque mettre en place un meilleur système prendrait des décennies, nous préférons envoyer nos enfants étudier à l’étranger. Pourtant, ce choix ne contribue en rien à améliorer notre éducation nationale.
De même, nos institutions et infrastructures sont souvent mal conçues et inefficaces parce qu’elles sont réalisées dans la précipitation. Nous voulons ressembler en quelques années à des nations qui ont mis des siècles à bâtir leurs fondations solides.
Un contraste frappant avec d’autres nations
Quand nous allons à l’étranger, nous nous empressons de demander des passeports occidentaux. Mais où est notre patience pour transformer nos propres pays en des puissances ? Lee Kuan Yew, après avoir étudié en Angleterre, est rentré à Singapour et s’est battu pendant 50 ans pour faire du passeport singapourien l’un des plus puissants au monde.
Chez nous, nous préférons investir dans le commerce ou l’immobilier, qui offrent des cycles de rendement rapides, au détriment de l’agriculture, de l’industrie ou de la recherche et développement. Ces secteurs, bien que plus lents à produire des résultats, forment les bases des économies solides.
La diaspora, quant à elle, hésite à revenir en Afrique parce qu’elle ne veut pas attendre 5 à 10 ans pour voir ses projets mûrir. Pendant ce temps, Libanais, Indiens et Chinois continuent de s’installer et de prospérer sur notre continent, armés de leur patience et de leur vision à long terme.
Développer la patience : une clé pour notre avenir
Nous ne réalisons pas à quel point notre impatience est un frein. Nous voulons tout, tout de suite, une attitude qui, comme le disait Ralph Waldo Emerson, “est à l’opposé du rythme de la nature : son secret est la patience.”
Si tu me lis aujourd’hui, c’est que tu fais probablement partie de ceux qui veulent voir l’Afrique debout. Mais pour cela, nous devons devenir plus sages. Et la sagesse passe par la patience. Voici quelques exercices simples pour développer cette vertu :
- Au supermarché : choisis délibérément la file d’attente la plus longue.
- Messages : attends au moins 5 minutes avant de répondre à un nouveau message.
- Respiration : respire profondément pendant 10 secondes avant de réagir à une situation frustrante.
- Méditation : pratique 5 minutes de méditation par jour.
- Activités lentes : apprends une activité qui exige du temps, comme le jardinage ou, comme moi, la menuiserie.
- Musique : apprends à jouer d’un nouvel instrument.
- Écoute : écoute les autres sans les interrompre.
- Tâches monotones : termine une tâche monotone sans faire de pause.
- Politique : arrête de vouloir chasser les gens du pouvoir ; concentre-toi sur être la meilleure version de toi-même pour le moment où ce sera ton tour.
- Lecture : lis l’Enchiridion d’Épictète autant de fois que possible.
Appliquer ces petits exercices quotidiennement fera de toi une personne plus patiente, plus sage et, surtout, plus apte à bâtir l’Afrique de demain. N’oublie pas : notre continent a besoin de ses enfants les plus sages, pas des plus pressés.
Douala 🇨🇲