Pourquoi ton business ne décolle pas (et pourquoi ce n’est pas la faute du gouvernement, ni de personne d’autre d’ailleurs)

Cet après-midi, avec Flavien, nous avions une réunion avec une grande sœur par rapport à la restructuration de son business. Un cabinet vétérinaire à Bonapriso, au cas où tu aurais des clients à lui envoyer.

Je me suis rendu compte, une fois de plus, à quel point nous ne travaillons pas assez dans ce pays — et je crois, en Afrique en général. Nous sommes sur un continent où tout, ou presque, est à faire, et nous n’arrivons pas à sortir la tête de l’eau. Nous avons même l’avantage de pouvoir copier ce qui a déjà été fait ailleurs et éviter de reproduire les mêmes erreurs… mais nous préférons fuir et aller directement vivre chez les autres.

Quand je regarde nos différentes activités et ce qu’on y fait, je me rends compte que nous avons substitué le travail à la présence. Pour beaucoup d’entre nous, le travail se résume à aller sur son lieu de service. Nous ne nous demandons pas, en fin de journée : quel est le résultat de cette journée de travail ? Qu’avons-nous vraiment produit ? Si nous nous posions ces questions, nous n’accepterions pas de passer 12 heures sur un point de vente pour servir une vingtaine de clients. Nous n’accepterions pas de passer autant de temps à scroller sur nos téléphones pendant nos heures de service. Nous ferions quelque chose, même s’il fallait juste décortiquer du pistache pour justifier notre journée de travail.

Le pire dans tout ça, c’est que même quand nous allons étudier à l’étranger, nous tombons dans le piège de la présence une fois nos diplômes obtenus. Nous voulons rester au chaud dans un bureau, manipuler des fichiers Excel toute la journée ou aller de réunion en réunion sans pouvoir dire ce qui en a été produit. Nous nous comportons comme les héritiers de peuples qui ont travaillé dur pour être là, alors que nous, nous avons encore tout à faire.

Nous cherchons la source de nos problèmes partout sauf là où elle se trouve vraiment. Nous accusons le gouvernement, l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation, la conjoncture, et j’en passe. Alors que tout ce que nous avons à faire, c’est nous mettre au travail. Nous mettre au travail, comme la plupart des peuples l’ont fait pour en arriver là où ils en sont aujourd’hui.

Ça fait plus d’un siècle que nous avons découvert les richesses que contiennent nos sols et sous-sols. Et plus d’un siècle plus tard, nous avons toujours besoin des autres pour nous aider à les extraire et les transformer.

Tu te plains que ton business ne décolle pas, que tu ne fais pas assez de chiffre d’affaires, et pourtant si on regarde ta communication, c’est à peine si tu fais une publication par jour.

Nous avons abandonné nos villages pour les villes coloniales, puis les métropoles occidentales, parce que nous sommes incapables de travailler à développer ces villages. Même dans l’opposition, nous sommes des fainéants. Nous nous plaignons d’un régime qui nous opprime, mais nous sommes même incapables de faire un, deux, trois, plusieurs textes par jour pour en dénoncer les dérives.

Aucun pays ne s’est développé sans un travail acharné de son peuple. Si nous refusons de nous mettre au travail — le vrai — acceptons en silence d’être les esclaves des autres. Car oui, pour le peu de force de travail que nous possédons, nous ne méritons pas un salaire.

Et le vrai salaire, ce n’est pas l’argent comme nous le pensons souvent à tort. Non. Le vrai salaire, c’est le respect. Ce respect que tu as pour la Chine, même si tu ne l’aimes pas. Ce respect que tu as pour les pays développés, même s’ils ne t’aiment pas. Ce respect que tu as pour des athlètes comme Cristiano Ronaldo, LeBron James ou Samuel Eto’o. Ce respect que tu leur accordes pour l’intensité qu’ils mettent et ont toujours mise dans leur travail.

Bref, j’y retourne. Comme dit souvent Alain Ekambi, le courageux fondateur de Dikalo :
“See you at work.”


Douala 🇨🇲