Hier déportés, aujourd’hui volontaires. Quelle ironie!

Aujourd'hui, j'ai fait un saut à Ouidah, plus précisément à La Porte du Non-Retour. L'un des ports importants de la traite négrière. J'ai pris un guide qui nous a un peu expliqué le différent parcours des esclaves depuis leur capture à l'intérieur du continent jusqu'à la porte et le départ pour Gorée, d'où la traversée était enclenchée pour les Amériques.

Si je n'ai pas laissé échapper une larme, c'est sûrement parce que j'étais avec les enfants. Néanmoins, l'émotion était aussi forte que quand j'ai visité le mémorial du génocide à Kigali en décembre dernier.

Et la question qui me passe par la tête chaque fois que je suis aussi près de notre histoire est de savoir ce qui a bien pu se passer entre-temps pour que nous soyons aujourd'hui les grands défenseurs des bourreaux de nos parents d'hier. Hier, nos ancêtres étaient emmenés de force en Occident. Un trajet qui coûtait la vie d'au moins la moitié de toutes les personnes qui étaient capturées. Les personnes souvent les plus en forme du continent. Et aujourd'hui, nous sommes prêts à vendre le continent, risquer nos vies pour rejoindre ce même Occident. Et souvent encore, les plus forts et les plus intelligents d'entre nous.

Mais bon, peut-être que les Noirs sont vraiment venus sur cette Terre pour être les bouffons des autres. Une position que nous avons embrassée avec brio.


Aného 🇹🇬 

Investir pour nos enfants ? Personne n’est chaud.

Un autre texte au restaurant, devant mon verre de Possotomè accompagné de citrons. Sur la belle plage de Cotonou qui est en plein remodelage par le pouvoir en place. En train de regarder les enfants jouer dans une petite aire de jeux aménagée par le restaurant. Un restaurant family-friendly comme me l'a signalé Yannick quand il me recommandait cette adresse. Et c'est le sujet du jour.

J'ai commencé à le remarquer depuis Lomé et ça s'est confirmé ici à Cotonou. Comparées à Douala, ces villes sont beaucoup plus family-friendly. Tu as beaucoup plus d'endroits que tu peux visiter avec les enfants. Beaucoup d'attractions pour les enfants. Et même beaucoup de restaurants, comme celui-ci dans lequel je fais ce texte, qui aménagent des espaces pour des familles et des enfants.

Ça fait à peine 10 jours que nous sommes arrivés ici, mais j'ai l'impression que ça fait déjà 1 mois, tellement nous avons fait de choses entre Lomé et Cotonou. Je ne sais pas si on aurait pu faire autant de choses à Douala. Ou peut-être que c'est moi qui ne connais pas bien ma ville.

Ceci fait partie des raisons pour lesquelles je ne suis jamais d'accord avec tous ces pleurnichards qui se plaignent du gouvernement pour justifier la situation de notre pays. Certes, le gouvernement a sa part de responsabilité. Mais avant de lui jeter la pierre, il faudrait au moins que nous ayons fait notre part.

Quand une personne fait souvent beaucoup de bruit sur internet en disant qu'elle a investi au pays, la plupart du temps c'est un snack qu'elle a ouvert. Ou à la limite, elle a mis des meublés par terre. Tu vois de qui je parle. Les gens qui font beaucoup de bruit et qui vivent ailleurs là. Et quand tu leur demandes pourquoi ils ne veulent pas s'installer au pays, parmi les raisons ils te disent qu'il n'y a rien au pays pour les enfants. Aucune activité. Que ce soit des activités extra-scolaires ou des activités d'amusement. En gros, ils vont venir lancer des snacks, construire des meublés et c'est le gouvernement qui va créer des lieux family-friendly pour leurs enfants. Comme si quand ils vont à Disneyland Paris c'est le gouvernement français qui l'a construit. Ou bien c'est le gouvernement qui lance toutes ces chaînes de restauration family-friendly dans ces pays d'Occident dans lesquels ils vivent.

Comme je dis souvent, nous sommes à l'image de nos dirigeants, égoïstes et égocentriques. Chacun ne pense qu'à son ventre et son profit. Personne pour la communauté. L'une des raisons pour lesquelles, malgré le fait que nous soyons dans un pays où la moyenne d'âge est de 18 ans, personne d'entre nous ne veut investir dans des business destinés à cette jeunesse qui représente plus de la moitié de la population. Chacun cherche son argent, dans la bière, le sasn-caleçon, les produits éclaircissants, les perruques, les jeux de hasard et tout ce qui peut donner de l'argent rapidement.


Cotonou 🇧🇯 

Libre circulation en Afrique de l’Ouest ? Pas forcément pour les véhicules

Un autre texte dans un restaurant. Je sens que tu risques de commencer à te faire une idée bizarre de moi. Si ce n'est pas déjà le cas d'ailleurs. Bref, c'est l'heure de notre rendez-vous quotidien et aujourd'hui je suis à la source de Possotomé, au Bénin. Plus précisément à Cotonou.

À la frontière entre le Togo et le Bénin, j'ai dû payer un laissez-passer à la douane béninoise. Laissez-passer qui me donne le droit de circuler pendant 30 jours sur le territoire béninois avec une voiture immatriculée au Togo. Et tu me connais, c'est le genre de chose qui m'indigne profondément.

Nous parlons d'intégration régionale, de libre circulation des personnes dans la sous-région, mais nous réussissons quand même à instaurer des mini-taxes qui vont dans le sens contraire de ce que nous recherchons. C'est vrai que la taxe ne coûte que 7000 FCFA et est valable un mois, mais même à ce niveau, une taxe pareille peut à grande échelle ralentir le déplacement des personnes d'un pays vers l'autre. Surtout qu'apparemment le Togo fait pareil en instaurant une taxe un peu plus élevée à 10 000 FCFA.

Dans des pays où le péage coûte 500 F, une taxe pareille à 7000 F, c'est juste prohibitif. Je m'imagine un peu ce que ce serait si, pendant que je vivais en France, je devais débourser une cinquantaine d'euros chaque fois que j'entrais dans un autre pays européen avec ma voiture. Je crois que j'aurais certainement fait beaucoup moins de voyages.

Mais bon, quelqu'un lira encore ce texte quelque part sur son canapé et dira que j'aime trop donner des leçons aux gens.


Cotonou 🇧🇯 

La guerre économique sur nos tables : ouvrons enfin les yeux

J'étais en train d'écrire mon texte du jour tranquillement. J'avais déjà même fini le premier paragraphe, jusqu'à ce que les enfants viennent me mettre la pression pour commander. Eh oui, tu l'auras compris, encore moi avec mon ordinateur au restaurant.

Alors, j'ai ouvert le menu et je suis allé à la page des boissons pour commander mon Possotomè, comme je l'avais fait la dernière fois. Car je suis dans ce même restaurant où j'avais découvert cette eau gazeuse il y a quelques jours. J'y suis revenu avec les enfants parce qu'il propose une aire de jeux. Quelque chose que je trouve que Lomé a vraiment en plus par rapport à une ville comme Douala. Il y a beaucoup plus de possibilités de se divertir avec les enfants sans aller dans les snacks. Mais bon, ça, c'est le sujet d'un autre jour. Revenons à notre sujet du jour.

Cette fois-ci, j'ai minutieusement étudié la carte et je me rends compte que Possotomè est exactement au même prix que les autres eaux minérales. À 1500 F comme les eaux minérales dans le restaurant de la dernière fois. Et surprise, ils proposent aussi du Perrier. À combien ? 2000 F ! Ce qui a beaucoup plus de sens. Même si ce restaurant est tenu par des Libanais (surprise !), ils ont compris qu'il est absurde de proposer une eau minérale qui vient de plus de 5000 km moins cher qu'une eau minérale qui vient d'une centaine de kilomètres à côté. Et de plus, en termes de gestion de menu, tu as tout intérêt à habituer ton consommateur à consommer un produit dont tu es à peu près sûr de pouvoir toujours te ravitailler que de consommer un produit dont le prix pourrait passer du simple au double suite à une hausse des cours du pétrole.

Mais bon, je pense que le restaurant de la dernière fois était exactement dans sa logique. Il appartient certes à un Togolais, mais il a été racheté il y a quelques années à un Français. Et le nouveau propriétaire n'a rien changé. Du nom, totalement français, à la carte qui joue clairement dans le camp de la France économiquement parlant. Il est vraiment temps que nous nous réveillions et nous rendions compte que nous sommes dans une guerre, qu'on le veuille ou pas.

En attendant, dans le restaurant d’aujourd’hui comme dans celui de la dernière fois, j'y suis allé pour manger des pizzas. Comme quoi la bataille est presque perdue de notre côté. Quand nous mangeons dehors en Afrique dorénavant, pour peu que nous voulions manger dans un coin chic, nous sommes quasiment obligés de manger un plat qui vient d'ailleurs. Et dire que certaines personnes ne comprennent toujours pas mon combat avec Katering.


Lomé 🇹🇬 

Pourquoi je refuse qu’on salisse l’image de mon pays

Chez nous, on dit souvent que si tu as un problème avec ta femme ou ton mari, ne va jamais parler en mal de la personne devant ta famille. La raison : si les choses s'arrangent entre vous, tu pourrais oublier tout ce que ton partenaire t'a fait, mais ce n'est pas sûr que ta famille, elle, oublie.

Comme d'habitude, ça fait partie des sagesses fortes de chez nous qu'on se répète de père en fils, de mère en fille depuis des siècles sans jamais l'écrire quelque part et dont malheureusement la nouvelle génération ne perçoit pas la profondeur. Cette nouvelle génération bercée aux sirènes des choses venues d'ailleurs, des choses qui brillent.

Cet enseignement, bien qu'illustré par les relations de couple, s'applique à beaucoup d'autres aspects de la vie. Des aspects que nous n'arrivons pas souvent à saisir. L'un de ces aspects fait partie de mon combat quotidien. Celui de protéger le nom de notre pays.

Quand je m'insurge contre toutes ces personnes, des compatriotes ou des étrangers comme Trump, qui traitent notre pays de pays de merde, certains pensent que je veux jouer au super Camerounais. Un autre m'a encore rappelé hier que moi et tous les gens comme moi, nous n'aimons pas ce pays plus que lui. Mais bon, on va garder ce sujet pour un autre jour.

Si je m'insurge contre tous ces noms d'oiseaux et toutes ces mauvaises étiquettes que nous voulons coller à notre pays, c'est parce que ces étiquettes seront extrêmement difficiles à défaire dans le temps. Aujourd'hui, le pays peut être dans un sale état, oui, mais nous ne devons pas pour autant lui donner une image qui risquera de lui coller à la peau même quand il deviendra le pays dont nous rêvons tous.

Nous savons à quel point les surnoms ont la peau dure, surtout les mauvais. Si on t'en a déjà collé un dans ta vie, tu sais de quoi je parle. Et quand il s'agit d'un pays, la viscosité est encore plus forte. Pendant des années, j'avais par exemple mis le Nigeria sur ma liste de pays à ne visiter pour rien au monde. La cause ? L'image qu'ils m'ont donnée de leur pays avec les films de sorcellerie. Et quand j'en parlais l'année passée à un groupe de personnes, deux avaient fait exactement la même chose que moi. Je suis certes allé au Nigeria il y a quatre ans pour le mariage de mon pote Stéphane, mais je ne te cacherai pas que cette image de pays fief de la sorcellerie n'est pas encore complètement sortie de ma tête, bien que je sache que le Nigeria est l'un des plus grands pays de notre beau continent.

Pour vendre leur pays, les USA ont utilisé Hollywood. Nous vendant une image idyllique de l'Amérique. Une image qui continue de faire rêver des millions de personnes à travers le monde malgré les fusillades, malgré les bavures policières sur les Noirs, malgré les coûts exorbitants de santé, malgré un président actuel ouvertement contre les étrangers. Comme quoi, une fois qu'une image est adossée à un pays, il devient très difficile de la défaire.

Donc, il n'est que normal que tu me trouves sur ton chemin chaque fois que tu voudras coller une mauvaise image à mon pays. Toi, tu iras certainement quémander une autre nationalité un de ces quatre. C'est d'ailleurs ce que la plupart des personnes qui nous chient dessus ont déjà fait. Mais moi, ce pays, il sera toujours le mien. Et celui de mes enfants, de mes petits-enfants et de tous les descendants à venir de la dynastie Kouakep.

Chacun n'a qu'à défendre son image !


Lomé 🇹🇬 

Pourquoi nous devons être des soldats économiques

Je saisis ce texte depuis un restaurant à Lomé. J’ai été choqué par un petit détail et je me suis dit que je pouvais le partager directement avec toi. Par contre, ne me demande pas ce que je fais dans un restaurant avec mon ordinateur. Moi-même, ça me dépasse.

Bref, je prends la carte du restaurant et commence mon inspection. Oui, oui, je suis aussi un entrepreneur culinaire, au cas où tu l’aurais oublié. Comme d’habitude, je cherche de l’eau. Je me rends compte que l’eau minérale coûte 1 500F, sans surprise. Le Perrier aussi, cette eau gazeuse importée de France.

Curieux, je demande au serveur s’ils ont Possotomé, une eau gazeuse béninoise que j’ai découverte plus tôt dans la journée. Il me répond que oui, et me la montre sur la carte… à 3 000F. Et c’est là que les problèmes ont commencé.

Je lui demande comment ils peuvent vendre une eau gazeuse importée de France à 1 500F et une eau gazeuse importée du Bénin à 3 000F. Il me répond que ce ne sont pas les mêmes quantités. En effet, le Perrier fait 33 cl, alors que la Possotomé fait 1,5 L. Sauf que… j’ai vu cette même Possotomé à 1 500F la bouteille plus tôt dans un autre restaurant de la ville aux standards quasi identiques. Donc elle ne doit pas coûter si cher à l’achat.

Là, tu dois te dire que je suis en train de chipoter pour une histoire de bouteille d’eau. Mais si c’est ce que tu penses, c’est que toi aussi, tu n’as pas encore compris.

La guerre économique se joue à tous les niveaux

Nous devons tous être des soldats dans cette bataille, car si nous perdons, nous serons asservis. Obligés de manger, parler et même chier comme les autres l’auront décidé.

En proposant du Perrier à 1 500F et la Possotomé à 3 000F, nous poussons inconsciemment les consommateurs à choisir une eau recueillie à des milliers de kilomètres au lieu d’une eau locale, puisée juste à côté.

Résultat ? On continue de renforcer l’importation de certains produits, même quand des alternatives locales existent déjà.

En tant qu’entrepreneur, nous sommes en première ligne dans cette guerre économique. Nous avons la responsabilité de faire des choix stratégiques qui favorisent nos produits, nos industries et nos économies.

Ce que j’aurais fait

Moi, je n’aurais même pas proposé du Perrier sachant qu’il existe Possotomé.

Si c’était une question de marge, j’aurais gardé le prix à 3 000F, mais j’aurais positionné l’eau béninoise de manière plus avantageuse :

    • Soit en mettant Possotomé au même prix que Perrier (1 500F) pour les inciter à l’essayer.
    • Soit en la mettant à 2 000F, histoire qu’elle reste compétitive par rapport au Perrier, tout en conservant une bonne marge.

Je suppose que le restaurant applique une marge fixe sur chaque boisson et arrondit aux 500 supérieurs pour des prix ronds. Mais peu importe la logique adoptée, nous ne devons jamais perdre de vue que nous faisons partie d’un écosystème. Un écosystème que nous avons intérêt à voir prospérer.


Lomé 🇹🇬 

Ce que les étrangers voient au Cameroun que nous refusons de voir

 Il y a quelques jours, j’ai lu un post très intéressant de l’entrepreneur camerounais Roland Fomundam sur Facebook. Il rejoignait en grande partie le point de vue que je défends depuis des années sur la migration africaine et ses conséquences. Alors je lui ai écrit pour savoir si je pouvais le partager sur mon blog, ce qu’il a accepté.

Le post était originalement en anglais, mais voici la version française traduite par Claude. Crois-moi, ça vaut le détour.

J'ai observé les Nigérians se rendre au Cameroun et revenir avec des milliards grâce à leurs activités commerciales. J'ai été témoin des Tchadiens faire de même. Et pareil pour les Togolais, les Maliens, les Burkinabés, les Ghanéens, les Centrafricains et d'autres.

Les Libanais deviennent multimilliardaires grâce à l'immobilier, aux restaurants et aux magasins spécialisés comme Orca. Les Chinois récoltent des milliards de notre socle - ils sont dans les carrières et même l'agriculture - ils viennent en nombre - cela signifie que les affaires sont bonnes.

Le Cameroun est si favorable que même les réfugiés gagnent leur vie et considèrent maintenant le Cameroun comme leur foyer.

En fait, chaque non-Camerounais au Cameroun n'est pas bloqué au Cameroun - ils gagnent bien leur vie. Mais l'ironie est que le Camerounais qui ne réussit pas au Cameroun se sent piégé et pense qu'il doit aller ailleurs. C'est ainsi que l'exode a commencé.

Tout est une question d'état d'esprit. C'est ce qui alimente la migration et la fuite des cerveaux. Le verre est soit à moitié plein, soit à moitié vide. Demandez-vous ce que les autres voient que vous ne voyez pas.

Avant que "l'homme blanc" n'investisse dans un pays, il dépense des millions en études de marché. Donc l'afflux de "l'homme blanc" au Cameroun - malgré les obstacles - ils ne sont pas stupides - ils savent ce qu'ils font - et ils s'installent ici et réussissent grandement.

Le propriétaire du supermarché SPAR est d'origine indienne mais est né au Cameroun. Ses parents étaient commerçants au Cameroun dans les années 50 - il a fait du commerce ambulant au Marché Mboppi, à Douala - et aujourd'hui il est propriétaire du supermarché SPAR. Ses enfants sont tous nés au Cameroun et sont maintenant les dirigeants du supermarché SPAR. Voyez-vous ce que je vois/dis?

Alors que nous partons pour occuper de l'espace dans d'autres pays - des pays qui changeraient bientôt leurs lois pour nous renvoyer, d'autres occupent les places dans notre patrie. Et un jour, nos descendants seront gouvernés par "l'homme blanc". Cela se produit déjà dans certains pays africains. Cela revient encore.

Un ami m'a dit une fois que ses plus grands défis pour vivre au Cameroun sont les soins de santé et les problèmes de sécurité. Je lui ai répondu en disant: "nous avons des hôpitaux détenus par les mêmes personnes qui ont étudié à l'étranger et qui ont des installations avec des services comparables aux installations à l'étranger. Vous avez sûrement entendu parler de CLEAR Radiology Buea. Nous avons des écoles avec des normes similaires et même meilleures que celles de l'étranger. Vous avez sûrement entendu parler du St. Mary's International College et de l'Institut Universitaire de mon grand frère Paul Atang.

Et quand vous pensez aux problèmes d'insécurité - dites-moi si vous pensez que l'Amérique est plus sécurisée que le Cameroun... Au moins, un homme armé ne vous rencontrera pas à l'église ou au supermarché pour vous abattre - une histoire quotidienne en Amérique. Si le Cameroun était si peu sûr, alors les avions entrants ne seraient pas remplis par "l'homme blanc" à chaque fois.

Le Cameroun est voisin du plus grand marché noir sur terre, partageant la plus grande frontière et ayant les meilleures politiques commerciales, pourtant les Camerounais vont chercher des marchés étrangers ailleurs plus loin. Et maintenant avec ses défis monétaires, c'est le meilleur moment pour le Camerounais de faire des affaires au Nigeria.

Voyagez au Gabon, au Congo, en Guinée Équatoriale, au Tchad, en RCA, en Côte d'Ivoire, en Afrique du Sud - vous trouverez des Camerounais qui mènent une belle vie. Ils font ce que les Libanais font au Cameroun. Donc, s'il vous plaît, même si vous devez sortir du Cameroun - n'allez pas trop loin - le soleil brillera bientôt sur le Cameroun et vous pourriez vous retrouver, vous et votre génération, devenir locataire dans votre propre maison. Et même si vous êtes déjà loin - gardez un œil ou une jambe ou quelque chose au Cameroun. Certaines familles n'ont plus rien au Cameroun - bientôt elles n'auront plus rien nulle part. Trump n'est que le chef d'orchestre.

Saviez-vous que le Nigeria abrite le plus grand nombre de milliardaires, millionnaires et milliers d'Afrique? C'est parce que le Nigeria fait face à beaucoup de défis et ces entrepreneurs gagnent de l'argent en créant des solutions à ces problèmes. Réalisez-vous que l'homme noir le plus riche de la terre est un Nigérian et qu'il tire plus de 90% de sa richesse en Afrique seule? C'est parce qu'il profite de la résolution des problèmes de l'Afrique - reproduisant des solutions qui ont fonctionné sur d'autres continents et influençant les gouvernements pour favoriser son commerce pour le bien commun.

Le Cameroun n'est pas un pays parfait - comme n'importe quel autre - nous avons nos défis - nous avons aussi nos bénédictions. Les vrais entrepreneurs et investisseurs étrangers créent des solutions à ces défis.

Alors mes chers frères et sœurs, concentrez-vous sur les solutions - car il y a toujours plusieurs solutions à un problème - soyez un "solutionneur". Il y a de la place pour tout le monde dans cet espace.

Bonjour Cameroun.

Aujourd'hui, si vous avez écouté cet évangile - n'endurcissez pas votre esprit. Et que le bon Dieu vous bénisse tous.

En un seul texte, Roland Fomundam a réussi à résumer tout ce que je dis depuis des années. Mais bon, il y aura toujours quelqu’un pour dire que c’est facile à dire pour quelqu’un qui a étudié aux USA. Un autre dira que les étrangers s’en sortent ici parce qu’ils ont du capital, oubliant qu’il faut aussi du capital pour entreprendre une migration. Mais une chose est certaine : si on s’amuse, on se réveillera un jour pour réaliser qu’on n’a plus de chez nous. Et ce n’est pas la course aux passeports qui nous sauvera. Car une feuille et un stylo suffisent à changer nos destins dans ces nouveaux pays. Ça s’appelle une loi. Et sans qu’on ne s’en rende compte le processus est déjà en marche dans certains de ces pays.

Si tu as ressenti ne serait-ce qu’un soupçon de vérité dans ces mots, je t’invite à lire ou relire mon texte "Des hectares de diamants".


Lomé 🇹🇬 

Et si le véritable héritage était le temps passé avec nos enfants ?

Quand je vois tout ce que j’apprends chaque jour, je me demande souvent où j’en serais aujourd’hui si j’avais appris tout cela de mon père, dès mon enfance.

En tant que parent, il est essentiel d’en savoir un maximum et d’être pleinement présent pour ses enfants. Car le plus grand avantage concurrentiel que nous pouvons leur offrir dans cette vie, ce n’est pas l’argent, ce ne sont pas des biens matériels, mais la transmission du savoir.

Au lieu de nous épuiser à amasser une fortune que nous espérons leur léguer un jour, au lieu de quitter une position stable en Afrique pour enchaîner trois boulots en Occident — sous prétexte de leur offrir un avenir meilleur —, peut-être devrions-nous repenser nos priorités.

Le véritable héritage, c’est le temps passé à leurs côtés. C’est leur transmettre, dès le plus jeune âge, tout ce que nous savons déjà de la vie : les leçons apprises dans l’échec, la discipline, le sens des responsabilités, la culture de l’effort, la connaissance de leurs racines.

Si c’était l’argent ou l’Occident qui forgeaient des fils et des filles forts, l’Afrique aurait déjà vu émerger ses héros de demain. Au lieu de cela, génération après génération, nos enfants continuent de remplir les rangs des petits boulots, contribuant à faire tourner les rouages des sociétés occidentales.

Et pendant ce temps-là, qui construit l’avenir de notre continent ?


Lomé 🇹🇬 

Onomo : L’illusion de l’afrocentrisme à la sauce occidentale

Hier, à la réception de l’hôtel Onomo de Lomé, j’ai décidé de discuter un peu avec le réceptionniste. Je me suis rappelé que je n’avais jamais vu un Onomo en Occident, mais que j’en avais déjà croisé un à Kigali l’année dernière et un autre dans ma ville natale, Douala. La décoration afrocentrée de l’hôtel m’a directement ramené à celle de Douala, avec cette touche culturelle bien assumée.

Je lui ai donc demandé si c’était une chaîne africaine. Il m’a répondu que oui, que la marque était présente dans plusieurs grandes capitales africaines et qu’elle ne comptait aucun établissement hors du continent. Tu me connais, il ne m’en fallait pas plus pour passer en mode panafricain.

Alors, je lui ai demandé s’il savait qui en était le propriétaire. Il m’a répondu que c’était un ensemble d’hommes d’affaires africains. Et là, je me suis dit : “Enfin, on commence à faire les choses bien. Créer des choses pour nous, par nous.”

Mais cette fierté a été rapidement douchée. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que non seulement cette chaîne avait été créée en 2009 par deux Européens, mais qu’elle est aujourd’hui détenue à 80% par le groupe Batipart, une holding fondée par l’homme d’affaires français Charles Ruggieri.

Tranquillement, les gars ont compris qu’il y avait une nouvelle classe moyenne émergente en Afrique, avide de consommer des produits et services valorisant leur propre culture. Et ils se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont créé une chaîne hôtelière afrocentrée, où la clientèle est à 70% africaine et seulement 30% occidentale.

On se fait avoir sur notre propre terrain. Pendant qu’on court après des rêves d’ailleurs, persuadés que la solution se trouve toujours là-bas, même chez nous, on se fait damer le pion. Ça a commencé avec l’agriculture, puis l’industrie où la plupart des grands groupes industriels sont étrangers. Maintenant, c’est partout : les chaînes de supermarchés, les stations-services, la restauration, les hôtels…

Et après, on ose encore espérer du respect ?

Qu’est-ce qu’il y a de sorcier dans l’hôtellerie pour que ce soient les autres qui deviennent les porte-étendards de l’hospitalité à l’africaine ? Quand est-ce qu’on va enfin se mettre au travail ? Ou bien... c’est en quémandant des passeports bordeaux qu’on compte résoudre le problème ?


Lomé 🇹🇬 

Passeports bordeaux : le signe silencieux de notre résignation

Il y a des sujets que j’aborde souvent, et je te vois passer, toi et tes semblables, comme un taxi plein. Parfois, avec un peu de courage, tu viens me dire que je dérange avec ces sujets. Que ce sont des choses sans incidence, que je devrais arrêter de voir le mal partout. Mais tu me connais, je ne lâche jamais rien. Un peu, un peu, je vais finir par tout dire. Et aujourd’hui, c’est le cas.

Chaque fois que je voyage dans un pays africain, il y a un phénomène qui me pince le cœur. Le nombre de Noirs avec des passeports européens, américains ou canadiens. Et la plupart du temps, ils brandissent ce passeport comme s’ils avaient passé un concours d’agrégation.

Et en parlant d’agrégation… Souvent, dans nos aéroports, tu verras un employé de surface, un gars qui fait de la mise en rayon en Occident, bomber le torse devant un docteur ou un professeur agrégé. Simplement parce que notre mbenguiste a un passeport bordeaux.

Quand je soulève ce sujet, les concernés s’empressent de dire que c’est un non-débat. Que leur nouveau passeport n’a rien à voir avec leur amour pour le pays ou leur appartenance. Mais la vraie question est : si ce n’est pas si important que ça, pourquoi se presser d’aller quémander ces passeports chez les autres ?

J’ai l’impression que nous, les Africains, nous ne comprenons rien aux jeux de pouvoir. Je vois des Africains sur-diplômés convaincus que prendre un passeport d’un autre pays leur permettra d’être mieux outillés pour aider l’Afrique à se développer. Pourtant, le message qu’ils envoient est beaucoup plus bruyant que ce qu’ils imaginent : "Je ne crois pas en mon pays. Je prends un passeport occidental pour avancer."

Et un message comme celui-là est bien plus destructeur que n’importe quel coup que nos ennemis auraient pu nous porter. Nous avons toujours le choix. Le choix de nous battre pour rendre nos passeports puissants, ou de nous résigner à quémander celui de pays déjà puissants. Et ce choix en dit long sur qui nous sommes vraiment. Ne nous étonnons pas que les autres nous traitent en sous-hommes. Nous leur prouvons tous les jours que nous en sommes convaincus nous-mêmes.

Mais bon, je sais qu’un Africain est peut-être en train de lire ces lignes, quelque part, son passeport bordeaux en main. Et plutôt que de se remettre en question, il cherche déjà à se justifier. Au lieu de simplement se demander : "Quelles autres incongruités font partie de mon quotidien ? Moi qui me dis enfant d’Afrique, panafricain, prêt à me battre pour l’émergence de mon continent."


Lomé 🇹🇬