Hier, je discutais avec un jeune par rapport à ses ambitions à long terme. Et il m'a dit quelque chose qui m'a fait du baume au cœur. Vu qu'il est dans le secteur de la photo/vidéo, il m'a dit qu'il aimerait être plus tard à la tête d'un grand groupe média africain comme Canal+. Que ce média produirait des contenus africains, parlerait de l'Afrique sous notre angle de vue et qu'il contribuerait à libérer nos peuples de la dépravation des mœurs de la jeunesse africaine encouragée par le bouquet Canal+.
Franchement, j'étais ravi. Ravi de voir qu'il existe des jeunes qui comprennent un peu dans quoi nous sommes englués. Des jeunes qui comprennent que souvent le mal se cache dans les endroits où on le cherche le moins.
Si vous demandez aux Africains quelles sont les entreprises ou institutions qui contribuent le plus à ralentir notre développement, ils citeront tout sauf une entreprise comme Canal+, tellement elle paraît inoffensive. Et si vous la mettez dans la liste, beaucoup vous diront qu'au contraire, l'entreprise appartenant au groupe Bolloré contribue énormément à la culture africaine. Ce qui n'est pas faux.
Le problème, c'est que la plupart du temps, nous sommes tellement concentrés sur les miettes qu'on reçoit qu'on oublie le gâteau qu'on nous vole. C'est vrai, Canal+ a fait beaucoup d'efforts ces dernières années. Investissant massivement dans des séries africaines, créant des chaînes spéciales pour le continent, recrutant et formant un grand nombre de journalistes. C'est vrai, Canal+ aujourd'hui en Afrique fait partie des plus gros employeurs dans le domaine de la culture. Mais nous ne devons pas oublier que la plupart du contenu qui est diffusé est d'origine étrangère ou sous une direction artistique qui échappe à notre contrôle.
Les médias sont un outil puissant de propagande et d'asservissement des masses. Avec un téléviseur dans chacune de nos maisons, nous nous retrouvons dans une position où celui qui contrôle les programmes contrôle ce qui entre dans nos cerveaux.
Au Cameroun, la plupart du temps, quand on se plaint, on le fait en se comparant à ce que nous avons vu ailleurs à travers la télé. Sans se rendre compte que ce qui passe à travers ce téléviseur n'est souvent pas le reflet de la réalité et quand c'est le cas, ce n'est la plupart du temps qu'une partie très biaisée de cette réalité. Après, on s'étonne que tout le monde ait envie d'aller vivre ailleurs. On s'étonne qu'on veuille manger des croissants au café au petit-déjeuner au lieu des beignets-haricots-bouillie. On s'étonne que tout le monde veuille se blanchir la peau, hommes comme femmes. On s'étonne que toutes nos femmes ne portent plus que des perruques, influencées par la dictature de la beauté aux cheveux raides. On s'étonne que nous soyons autant complexés par les Blancs. Comment ne pas l'être quand ils représentent plus de 50 % des personnages que nous voyons à la télé ?
Ce qui me choque le plus dans tout ça, c'est que même dans des quartiers extrêmement mal famés d'une ville comme Douala, la chose que tu es à peu près sûr de trouver sur près d'un quart des toits, c'est une antenne Canal+. Comme si à travers son bouquet, le groupe prêchait la bonne nouvelle de libération pour les peuples africains.
Si ça ne dépendait que de moi, à défaut de minutieusement contrôler toutes les chaînes et programmes disponibles sur le bouquet, on introduirait une taxe d'assise sur leurs services. Une taxe assez élevée. Ainsi que sur tous les téléviseurs qui entrent dans le pays d'ailleurs. Nous ne pouvons juste pas nous permettre, à l'heure où nous devons être concentrés sur le développement de nos pays avec nos valeurs ancestrales, d'être distraits par tout ce qui vient d'ailleurs et qui nous ligue les uns contre les autres.
C'est ce que la République populaire de Chine a fait dès sa création en 1949. Le Parti communiste chinois a mis en place un contrôle strict des médias et de l'information. Pas seulement en interne comme tentent de nous faire croire les Occidentaux, mais surtout contre tous ces médias étrangers qui, sous leurs airs innocents, sont en effet des agents espions de propagande culturelle et de déstabilisation des États ennemis. Et aujourd'hui encore, il continue d'intensifier cette censure en bloquant des plateformes comme Facebook, Twitter ou YouTube qui souvent nous vendent une vision très occidentalisée du monde. Et même Hollywood subit le même sort, en voyant des pans entiers de ses films effacés avant d'apparaître dans les salles chinoises.
Cette décision de la Chine, qui a certes ses avantages et ses inconvénients, je la classe dans le top 10 des meilleures décisions prises dans le monde. Je ne pense pas que la Chine en serait là en si peu de temps si elle n'avait pas pris cette décision courageuse. Un pays dont la population a été droguée à l'opium pendant des années savait certainement à quoi s'en tenir avec les influences étrangères.
Il aurait été très difficile pour la Chine de diriger plus d'un milliard de personnes vers un destin typiquement chinois si ces personnes se considéraient américaines à l'intérieur d'elles. Exactement le problème que nous avons en Afrique aujourd'hui. Nous essayons de construire une identité africaine en élevant nos enfants à la culture occidentale. Quelle ironie !
Douala 🇨🇲