Pourquoi l’impatience freine le développement de l’Afrique ?

J’ai souvent l’habitude de dire que “la patience est la vertu des sages.” Ce n’est certainement pas Saint Augustin, qui affirmait que “la patience est le compagnon de la sagesse,” ni Sharon Salzberg, qui déclarait que “la patience est une forme de sagesse,” qui me contrediront. Cette dernière ajoute d’ailleurs : “Elle démontre que nous comprenons et acceptons le fait que les choses doivent se dérouler à leur propre rythme.”

Cependant, la patience est l’une des vertus qui nous fait cruellement défaut en tant qu’Africains. Circuler dans une ville comme Douala suffit pour en avoir une illustration flagrante. Dès qu’un obstacle survient sur la voie, on assiste à une anarchie : motos, tricycles, voitures et même camions roulent immédiatement en sens inverse, chacun cherchant une échappatoire immédiate au lieu d’attendre patiemment.

Ce manque de patience affecte bien plus que nos routes ; il s’infiltre dans toutes les sphères de notre société.

L’impatience dans nos économies et institutions

Comme je l’expliquais dans mon texte “Pourquoi l’Afrique a besoin d’Innovation Enablers avant tout ?”, nos économies ont du mal à décoller parce que nous manquons de patience pour construire les infrastructures et écosystèmes nécessaires. Trop concentrés sur des profits rapides, nous abandonnons souvent des initiatives prometteuses au premier obstacle.

Prenons l’exemple de l’éducation : nous critiquons un système éducatif défaillant, mais puisque mettre en place un meilleur système prendrait des décennies, nous préférons envoyer nos enfants étudier à l’étranger. Pourtant, ce choix ne contribue en rien à améliorer notre éducation nationale.

De même, nos institutions et infrastructures sont souvent mal conçues et inefficaces parce qu’elles sont réalisées dans la précipitation. Nous voulons ressembler en quelques années à des nations qui ont mis des siècles à bâtir leurs fondations solides.

Un contraste frappant avec d’autres nations

Quand nous allons à l’étranger, nous nous empressons de demander des passeports occidentaux. Mais où est notre patience pour transformer nos propres pays en des puissances ? Lee Kuan Yew, après avoir étudié en Angleterre, est rentré à Singapour et s’est battu pendant 50 ans pour faire du passeport singapourien l’un des plus puissants au monde.

Chez nous, nous préférons investir dans le commerce ou l’immobilier, qui offrent des cycles de rendement rapides, au détriment de l’agriculture, de l’industrie ou de la recherche et développement. Ces secteurs, bien que plus lents à produire des résultats, forment les bases des économies solides.

La diaspora, quant à elle, hésite à revenir en Afrique parce qu’elle ne veut pas attendre 5 à 10 ans pour voir ses projets mûrir. Pendant ce temps, Libanais, Indiens et Chinois continuent de s’installer et de prospérer sur notre continent, armés de leur patience et de leur vision à long terme.

Développer la patience : une clé pour notre avenir

Nous ne réalisons pas à quel point notre impatience est un frein. Nous voulons tout, tout de suite, une attitude qui, comme le disait Ralph Waldo Emerson, “est à l’opposé du rythme de la nature : son secret est la patience.”

Si tu me lis aujourd’hui, c’est que tu fais probablement partie de ceux qui veulent voir l’Afrique debout. Mais pour cela, nous devons devenir plus sages. Et la sagesse passe par la patience. Voici quelques exercices simples pour développer cette vertu :

  • Au supermarché : choisis délibérément la file d’attente la plus longue.
  • Messages : attends au moins 5 minutes avant de répondre à un nouveau message.
  • Respiration : respire profondément pendant 10 secondes avant de réagir à une situation frustrante.
  • Méditation : pratique 5 minutes de méditation par jour.
  • Activités lentes : apprends une activité qui exige du temps, comme le jardinage ou, comme moi, la menuiserie.
  • Musique : apprends à jouer d’un nouvel instrument.
  • Écoute : écoute les autres sans les interrompre.
  • Tâches monotones : termine une tâche monotone sans faire de pause.
  • Politique : arrête de vouloir chasser les gens du pouvoir ; concentre-toi sur être la meilleure version de toi-même pour le moment où ce sera ton tour.
  • Lecture : lis l’Enchiridion d’Épictète autant de fois que possible.

Appliquer ces petits exercices quotidiennement fera de toi une personne plus patiente, plus sage et, surtout, plus apte à bâtir l’Afrique de demain. N’oublie pas : notre continent a besoin de ses enfants les plus sages, pas des plus pressés.


Douala 🇨🇲 

Pourquoi l’Afrique a besoin d’Innovation Enablers avant tout ?

Dans mon texte Pourquoi entreprendre en Afrique, c’est bâtir un puzzle entier, je te parlais du fait que chez nous en Afrique tout était encore à faire. Qu'avant de venir avec sa pièce de puzzle, nous devrions d'abord construire le puzzle tout entier et souvent même construire les pièces autour de la nôtre afin que la nôtre puisse tenir. C'est un problème que nous avons souvent du mal à identifier parce que nous sommes malheureusement dans une ère de la mondialisation où un jeune entrepreneur de Maroua est persuadé qu'il peut faire pareil ou tout autant mieux qu'un jeune entrepreneur de Chambéry. Ce que l'entrepreneur de Maroua ne sait pas, et souvent ne voit pas, c'est toute l'architecture sous-jacente sur laquelle l'entrepreneur de Chambéry s'appuie. Et quand il se retrouve confronté à ses premières difficultés, celui de Maroua accuse le système, le gouvernement, le marché.

Ce n'est pas parce qu'une voiture roule à 200 km/h tous les jours sur une autoroute allemande sans passer par la case garage qu'elle pourra faire de même sur une autoroute nigériane. C'est peut-être la même voiture, mais ce ne sont pas les mêmes routes, ni les mêmes types de consommables d'un pays à un autre. Et ce genre de paramètres, bien que souvent invisibles, compte.

Comme je le disais hier, beaucoup d'Africains se résignent parce qu'ils se rendent compte qu'il est beaucoup plus difficile de faire la même activité en Afrique qu'en Occident. Ce qu'ils ne savent souvent pas, c'est que ces business en Occident bénéficient d'avantages qui sont difficilement transposables d'un pays à un autre. Chaque pays doit construire le sien s'il veut que ce genre de business décolle.

Un exemple, c'est la qualité d'internet. Aujourd'hui, bien que les smartphones et le code soient quasiment universels, certains pays ne peuvent juste pas créer des entreprises à succès dans des secteurs comme le streaming ou l'IoT car les infrastructures internet n'y sont juste pas assez bonnes. Ce n'est pas un hasard si certaines startups dans certains domaines spécifiques ne viennent que de certaines parties spécifiques du monde. Ces pays ont les bases nécessaires pour faire décoller ce type d'entreprises. Et toutes celles qui voudraient jouer dans cette cour devront commencer par mettre en place ces bases.

Et mettre en place cette base, c'est le travail de notre génération, contrairement à ce que beaucoup d'Africains pensent. C'est à celui qui se rend compte d'un problème de le résoudre, non à la génération précédente. Et souvent tu le résous pour la génération suivante. C'est le prix à payer si nous voulons être compétitifs un jour. Pleurnicher, se plaindre ou fuir n'améliorera pas les choses.

Ces bases s'appellent des écosystèmes. La plupart des entreprises que nous voyons faire des milliards de dollars de chiffre d'affaires, offrant des services aussi innovants les uns que les autres et que nous voulons émuler en Afrique, sont des entreprises qui font partie de ce qu'on appelle un "Business Ecosystem". Un réseau d'entreprises interdépendantes (fournisseurs, distributeurs, partenaires, développeurs tiers, etc.) qui coexistent, collaborent et interagissent autour d'une plateforme, d'une technologie ou d'un produit central. Ce système permet la création de valeur collective, tout en donnant à d'autres entreprises la possibilité de prospérer en s'appuyant sur une base existante.

Des entreprises comme Uber, Lyft ou Deliveroo n'existeraient pas aujourd'hui sans la création du GPS. Instagram, TikTok ou Spotify grâce à l'invention du smartphone et des plateformes telles que l'App Store ou Google Play. Et la plupart des startups de la tech qui aujourd'hui sont des mastodontes, telles que Netflix ou Dropbox, n'auraient certainement pas pu atteindre cette taille sans la création d'AWS. Et des exemples comme ça, il y en a par millions.

L'avantage du jeune entrepreneur de Chambéry par rapport à celui de Maroua est qu'il fait partie d'un business ecosystem assez solide. Contrairement à son homologue de Maroua qui doit construire à peu près tout ce dont il a besoin pour proposer ses services ou son produit, celui de Chambéry n'a qu'à se brancher sur une ou plusieurs plateformes existantes et il avance.

Le problème, c'est qu'en Afrique, non seulement souvent on ne se rend pas compte de la nécessité des écosystèmes mais même quand on s'en rend compte, personne ne veut prendre la lourde tâche de les construire. Parce qu'à mon avis, nous sommes beaucoup trop focalisés sur l'argent, nos nombrils et pas assez sur le bien commun.

Drew Houston, le fondateur de Dropbox, a utilisé le langage de programmation Python pour lancer sa boîte qui a fait de lui un milliardaire aujourd'hui. Il fait partie d'une longue liste de milliardaires de la tech qui ont utilisé la plateforme Python pour créer leurs entreprises. Entre-temps, Guido van Rossum, le créateur de Python, est 100 fois moins riche qu’eux. Mais ça ne lui pose aucun problème, car comme la plupart des membres du business ecosystem auquel il fait partie, il a fait sa part du travail et c'est tout l'écosystème qui en profite. Et il est bien content d'utiliser tous ces produits que ces jeunes développeurs ont mis sur pied pour leur faciliter encore plus la vie.

Chez nous, personne ne veut être celui qui va créer le GPS pour rendre Travis Kalanick milliardaire avec Uber. Personne ne veut être celui qui va faire l'investissement nécessaire d'un AWS pour permettre les futurs Netflix de demain, personne ne veut être celui qui va lancer un App Store sur lequel des développeurs vont lancer un WhatsApp qui se vendra à 19 milliards de dollars quelques années plus tard. Chacun veut être celui qui va récolter les fruits en fin de chaîne en oubliant que s'il n'y a pas un début de chaîne, il n'y aura certainement pas de fin de chaîne.

Pour revenir sur notre exemple d'hier avec Le Porc Braisé, nous stagnons énormément depuis notre lancement, pas parce que nous ne pouvons pas avoir le meilleur restaurant streetfood de Douala. Non ! Ça, nous savons et pouvons le faire. Mais notre objectif n'est pas d'avoir un restaurant mais une chaîne de restaurants, plusieurs chaînes de restaurants d'ailleurs. Et pour ça, certaines bases doivent exister. Nous avons besoin que toutes les filières agricoles dans lesquelles nous prenons nos produits soient organisées. Nous avons besoin qu'il existe une certaine confiance dans le pays, la base de toute économie. Nous avons besoin d'un service à la Deliveroo pour assurer les livraisons des différentes marques. Nous avons besoin d'un service de micro-marketing adapté à nos réalités locales (via WhatsApp par exemple). Nous avons besoin d'une plateforme pour réduire le sentiment d'impunité entre employeurs et employés afin de faciliter le recrutement des ressources humaines. Nous avons besoin d'agences de prestation de service (branding, légal, marketing…) avec des prix reflétant la réalité locale. Et beaucoup d'autres choses encore.

Au lieu de nous plaindre d'un marché qui n'arrive pas à reconnaître l'innovation que nous apportons, nous avons décidé de construire ces différentes plateformes afin de pouvoir avancer plus sereinement dans le futur et sachant aussi que ces plateformes permettront à beaucoup d'autres entreprises d'aller beaucoup plus vite et voir plus loin que nous. C'est le Cameroun qui gagne !

Je suis donc personnellement impliqué sur plusieurs projets de plateformes, des "Innovation Enabler" comme on les appelle dans le jargon. Que ce soit avec Agrifrika, la startup lancée avec Flavien et Adrien pour organiser les chaînes de valeurs agricoles en Afrique ; avec Urbdel, une filiale de Katering pour proposer un service de "delivery as a service" ; avec PondoWiz où je pousse Yves à travailler sur un millier de marques d'entrepreneurs locaux par an à des prix raisonnables ; en interne où j'imagine des nouveaux contrats de travail avec des salaires horaires se basant sur l'indice de Parité de Pouvoir d'Achat (PPA) de la Banque Mondiale ; avec Pambeh où j'ai essayé d'embarquer Georges pour que nous mettions sur pied une plateforme pour tacler le problème de ressources humaines au Cameroun (mais bon, il va laisser Mbeng à qui ?) ; avec YesWeKam où avec Flavien, on essaie de travailler sur la confiance dans notre pays (rappelle-toi, il n'y a pas d'économie sans confiance).

Et si toi aussi, tu es un entrepreneur (nous le sommes tous d'ailleurs) et que tu souhaites que l'Afrique se réveille enfin, je t'invite à mettre de côté ta belle idée pour le moment et de travailler sur une "Innovation Enabler", une "Foundation Technology", une plateforme sur laquelle les autres entrepreneurs pourront s'appuyer pour construire de meilleures choses.

Il est temps que nous commencions à penser "Scaffolding Business Ecosystem" !


Douala 🇨🇲 

Pourquoi entreprendre en Afrique, c’est bâtir un puzzle entier

Hier, lors d’une réunion avec des investisseurs potentiels, Flavien a rappelé une phrase que j’aime souvent dire, et je me suis dit qu’il était temps de te la partager. Cette phrase est la suivante : “La plupart des Africains de la diaspora, lorsqu’ils pensent à créer un business en Afrique, imaginent qu’ils vont simplement rajouter une pièce au puzzle, comme en Occident. Alors qu’ici, il faut d’abord construire tout le puzzle.”

C’est une réalité à laquelle je vois beaucoup d’entrepreneurs de la diaspora se heurter en Afrique. Et, presque inévitablement, ils finissent par se lasser et conclure que le marché n’est pas mature, que le système est défaillant, que les employés sont incompétents et que, finalement, nous méritons notre sort. Résignés, ils retournent en Occident, convaincus d’avoir au moins essayé.

Moi-même, je suis passé par là. Quand nous avons lancé Le Porc Braisé, je pensais qu’il me suffirait de me concentrer sur le marketing et de recruter des braiseurs capables de maîtriser la qualité du produit. Ces deux éléments semblaient être les seules pièces du puzzle manquantes. Mais aujourd’hui, après quelques années d’expérience, je réalise que lancer une chaîne de street-food en Afrique n’a rien à voir avec lancer une chaîne de fast-food en Occident.

Construire un puzzle entier

Ici, au Cameroun, nous avons dû tout bâtir à partir de zéro :

  • Former les braiseurs : J’ai dû recruter un braiseur pour qu’il m’apprenne les bases du métier, tout en lui inculquant moi-même des processus permettant de cuire la viande trois fois plus rapidement.
  • Organiser la filière porcine : Pour garantir une qualité constante de viande, nous sommes obligés de structurer toute la chaîne d’approvisionnement.
  • Internaliser la livraison : Face à un manque de fiabilité des prestataires, nous avons intégré notre propre service de livraison pour respecter les délais.
  • Réécrire des contrats : Nous avons dû concevoir et adapter plusieurs modèles de contrats pour qu’ils correspondent à nos besoins spécifiques.
  • Réinventer la gestion des ressources humaines : Devant un manque criant de personnel qualifié et motivé, nous réfléchissons à créer une plateforme qui stabilisera cette situation avant que notre croissance rapide ne nous mène à l’implosion.

Tout ça… juste pour vendre du porc dans un pays.

Ce qui est acquis ailleurs, reste à construire ici

Dans des économies plus avancées, toutes ces étapes seraient déjà prises en charge :

  • Les filières agricoles et d’élevage seraient bien organisées.
  • Un chef aurait pu élaborer un menu complet à partir d’un simple cahier des charges.
  • Les conventions collectives fixeraient les normes pour les contrats de travail.
  • L’État interviendrait pour résoudre les problèmes de ressources humaines afin de protéger l’économie globale.

Mais ici, nous devons tout construire. La plupart de nos pays sont encore jeunes, et c’est à notre génération de créer ces infrastructures, ces systèmes et ces outils pour faciliter les affaires de demain.

S’inspirer des pionniers

Quand tu entends parler du Taylorisme ou du Kaizen, tu penses peut-être à des systèmes établis depuis toujours. Pourtant, ce sont des inventions humaines, mises en place par des visionnaires dans des contextes similaires au nôtre. Ces pionniers ont fait le travail nécessaire pour que les générations suivantes puissent simplement rajouter leurs pièces au puzzle.

Change de perspective

La prochaine fois que tu te plains qu’un service ou une infrastructure n’existe pas en Afrique, rappelle-toi qu’avant d’exister ailleurs, cela n’existait pas non plus. Quelqu’un, quelque part, a dû le construire. Pourquoi pas toi ici ?

Au lieu de te plaindre ou d’abandonner, retrousse tes manches et participe à la construction de ce puzzle. Si tu le fais, tes enfants n’auront pas à se plaindre des mêmes choses que toi.


Douala 🇨🇲 

Vers un nouveau système électoral : et si c’était possible ?

Comme le pensait un de mes héros, Benjamin Franklin, les débats sur la religion et la politique dans les cercles publics peuvent diviser inutilement, mais la politique est l'art du possible et devrait être la préoccupation de chaque citoyen. On va donc aller sur un terrain un peu sensible aujourd'hui et parler de politique. Ce serait hypocrite de ne pas le faire en une année d'élection au Cameroun.

Je ne vais pas te demander pour qui tu vas voter, sois tranquille. Je ne sais même d'ailleurs pas si tous les candidats se sont déjà déclarés. Je ne vais pas te demander si tu as déjà ta carte d'électeur, je sais que si tu me lis assidûment, tu es sans doute un citoyen engagé et responsable.

L'exercice que je veux que tu fasses avec moi est un exercice que je pense nous devrions tous faire si nous voulons éviter de tomber dans les pièges de politiciens qui, en fin de compte, ont créé un système toujours à leur avantage. La question que j'aimerais que tu te poses est la suivante : s'il n'y avait aucun candidat aux élections et que chaque citoyen était appelé à mettre dans l'urne une liste de 5 personnes de son choix comme possible futur dirigeant, quels sont les noms que tu mettrais sur ta liste ?

Car n'oublions pas que le système démocratique tel qu'il est fait aujourd'hui ne nous laisse qu'un semblant de choix. Nous sommes souvent amenés à choisir entre la peste et le choléra, sachant que ces derniers se sont arrangés pour empêcher la santé de se présenter aux élections, ceci par un ensemble de lois et micmacs politiciens. Ce système était peut-être utile à une époque où la technologie ne permettait pas de faire autrement. Mais aujourd'hui, penses-tu qu'il ait encore sa place, si ce n'est pour servir une caste bien installée qui a fait de la quête du pouvoir son métier ?

Un nouveau système

Imagine un système d'élection à deux tours où il n'y aurait pas de campagnes électorales. Si tu n'as pas pu prouver ta valeur depuis que tu es né, ce n'est pas en quelques semaines que tu pourras nous convaincre avec tes promesses vaines. Tout le monde devra être en campagne tout le temps. Au premier tour, tous les citoyens en âge de voter seraient appelés à choisir 5 noms dans la base de données des citoyens éligibles. Les noms seraient accompagnés de photos pour éviter toute confusion. À la fin de ce tour, une liste de toutes les personnes désignées serait publiée en ligne. Les citoyens ayant eu le plus de désignations seraient contactés par le comité électoral pour accepter de passer au second tour. Et de ceux qui auront accepté les deux ayant obtenu le plus de désignations deviendraient les candidats du second tour. Et là, les citoyens seraient amenés à choisir leur président parmi ces deux.

Avec ce système, nous aurions un président qui est le plus proche possible du choix du peuple. On éviterait de dépenser des sommes folles en sardines, goodies et voyages dans la diaspora pour essayer de convaincre les gens de voter pour nous. La campagne se ferait tous les jours par nos actes au quotidien pour le bien du pays. Une application pourrait d'ailleurs être mise en place afin que les citoyens, chaque mois ou trimestre, commencent à constituer leurs listes, les faire et les défaire en fonction des actes des uns et des autres, afin que leur choix ne reflète pas les actes des personnes qui voudraient hacker le système en cumulant des bonnes actions à la veille des élections.

Il y a certainement des failles dans ce système que je décris, mais je pense que nous avons aujourd'hui la technologie pour faire mieux que le système actuel qui n'a de mérite que de défendre les intérêts d'une certaine partie de la population qui a fait de la politique un métier. Si tu y vois des failles et des pistes d'amélioration, n'hésite pas à m'envoyer un courrier qu'on y réfléchisse ensemble.

Une liste difficile à établir

Pour ma part, c'est de cette façon que je vois l'élection présidentielle. Et si je devais faire ma liste de 5 personnes pour diriger le pays dès l'année prochaine, j'aurais un mal de chien à la faire. Car la plupart des personnes qui prétendent à ce poste, à mes yeux, ne se sont pas démarquées de façon exceptionnelle ces dernières années. Certaines parce qu'elles n'ont pas intervenu quand leurs disciples tiraient à bout portant sur nos héros nationaux. D'autres parce qu'elles ont tous leurs enfants à l'étranger. D'autres parce qu'elles ont plusieurs autres nationalités. Et beaucoup d'autres qui certainement font un travail extraordinaire dans l'ombre mais qui n'en parlent pas assez.

L'idéal avec ce système que je décris est qu'il ferait de tous nos leaders des personnes un peu plus vertueuses, sachant que leur destin ne dépendrait que de leurs bons gestes et de la façon dont ils sont perçus par la population. Ce ne serait plus forcément le plus riche qui gagnerait, mais celui qui se serait démarqué le plus par son altruisme et l'aurait montré.

Et toi, dans un tel système ?

Et si tu décidais dès à présent de vivre comme si ce système était mis en place dans quelques années, qu'est-ce que tu changerais dans tes actes sachant qu'ils auraient le potentiel de te rendre présidentiable ? Est-ce que tu déciderais enfin de te concentrer sur ton pays ? Est-ce que tu donnerais un peu plus de ton temps aux causes utiles ? Est-ce que tu éviterais d'avoir ton nom dans les histoires de sans-caleçon sur internet ? Est-ce que tu scolariserais tes enfants au pays ? Est-ce que tu construirais de meilleures écoles ? Est-ce que tu te battrais publiquement pour des causes utiles ? Est-ce que tu ferais cette demande de passeport dans le pays d'Occident où tu vis actuellement ? Est-ce que tu écrirais tes pensées sur internet, dans des journaux, dans des livres afin que nul n'ignore pour quoi tu t'es toujours battu ?

Comme dit souvent Warren Buffett dans son “test du journal” : "Ne fais rien que tu ne serais pas prêt à voir en première page des journaux demain matin, ou à expliquer à tes petits-enfants plus tard. Et avant de faire toute chose, demande-toi si tu serais à l'aise de voir tes actions apparaître en première page du journal local le lendemain, lues par ton conjoint, tes enfants et tes amis les plus proches.” Et moi d’ajouter, “et toutes ces personnes qui ont le pouvoir de te désigner sur une liste présidentielle.”

Je te laisse y réfléchir et si tu as déjà ta liste de 5, je t'invite à la partager avec moi, avec nous tous, sur les réseaux, afin qu'ensemble nous puissions mettre en route une petite révolution.


Douala 🇨🇲 

Ernest Ouandié : le dernier martyr de l'indépendance totale

Aujourd'hui, j'aimerais te parler brièvement de l'un de mes héros, déclaré héros national le 27 juin 1991 par l'Assemblée Nationale du Cameroun : le plus charismatique de tous les Bana, Ernest Ouandié.

C'est une figure peu connue des jeunes d'aujourd'hui et pourtant il était quasiment le dernier militant mort en martyr pour une indépendance totale du Cameroun, avant l'indépendance et même après l'indépendance de façade que nous avons eue en 1960.

Avec ses compagnons de l'UPC, ils se sont battus jusqu'au bout pour que ce pays nous revienne à nous, les Camerounais. Ils se sont battus parce qu'ils connaissaient l'importance du territoire. Ils se sont battus parce qu'ils voulaient nous léguer, à nous leurs enfants, le territoire que leurs parents leur avaient légué. Ils se sont battus parce qu'ils savaient que l'oppresseur ne se retirerait jamais aussi facilement d'un business aussi juteux qu'est l'exploitation des hommes et des terres d'autrui.

Ernest Ouandié a commencé le combat assez jeune, beaucoup plus jeune que la plupart d'entre nous. Il n'a pas attendu d'avoir un passeport français ou d'être millionnaire en dollars pour commencer son combat. Son combat, il l'a commencé en tant qu'enseignant à 20 ans dans la ville d'Edéa. Et tout au long de sa vie, il n'a pas cessé de se battre. Expulsé de son propre pays par les Britanniques, il y est revenu “clandestinement” quelques années plus tard prendre la tête de la rébellion, le fameux maquis comme on l'appelle. Une rébellion qu'il a menée de main de maître jusqu'à son arrestation en 1970 et son exécution en janvier de l'année suivante.

Devant le refus de l'État d'accorder des visas à ses avocats, il a décidé de refuser celui qui lui avait été commis d'office et de prendre sa défense lui-même dans un procès qu'il qualifiera de “forfaiture”. Il fut condamné à mort et fusillé le 15 janvier 1971 sur la place publique à Bafoussam, certainement afin d'envoyer un message profond à ce peuple Bamiléké que la France redoutait tant.

Mais jusqu'à la dernière minute, il est resté digne. Dans sa prison de Yaoundé, il a refusé à maintes reprises de signer son recours en grâce et dit au président Ahmadou Ahidjo : "Prenez vos responsabilités ; moi je prends les miennes devant l'Histoire." Transporté sur son lieu d'exécution, c'est un Ernest Ouandié souriant et serein que nous pouvons apercevoir sur les photos de ses derniers instants de vie. Il a refusé de se faire bander les yeux afin de pouvoir regarder ses bourreaux en face. Et il est parti en souriant, aussi digne qu'il l'avait été toute sa vie.

Ernest Ouandié, toute sa vie, s'est battu pour un pays que nous sommes en train d'abandonner tous les jours pour aller nous installer au Canada, en France, en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, faisant fi de l'histoire, nous sommes devenus des quémandeurs de passeports dans les pays des bourreaux de nos parents, et avons mis à la poubelle toute la dignité qui était celle de nos ancêtres.

À 47 ans, Ernest Ouandié a vécu une vie beaucoup plus longue que la plupart de nous qui vivrons jusqu'à 80 ans. Mais 80 ans de vie d'esclave valent-ils mieux que 47 ans de vie de combat pour sa liberté ?

En ce mois de janvier qui marque le 54e anniversaire de sa mort, j'aimerais que tu prennes un temps pour te remémorer le combat de tous ceux qui ont payé de leur vie pour que nous puissions avoir le semblant de liberté que nous avons aujourd'hui. Que tu te rappelles que le combat ne sera pas fini tant que nous ne serons pas totalement libres. Et surtout que tu saches que notre mission est de protéger et de léguer ce territoire qui est le nôtre à nos enfants. Afin que vive éternellement le Cameroun.


Douala (dans le maquis) 🇨🇲 

Kigali, la RDC et l’Occident : à qui pardonnons-nous vraiment ?

Pendant ma séance de sport ce matin, j'écoutais du Youssoupha, le rappeur préféré de ton rappeur préféré. Et une phrase a attiré mon attention sur le titre Paro où il dit "pas de concert à Kigali."

Là je me suis arrêté un instant. C'est peut-être une phrase banale pour la plupart des gens, mais pour une personne comme moi, elle est pleine de sens. Car moi aussi, je me suis posé beaucoup de questions avant d'aller au Rwanda cette année.

Si tu ne le sais pas, la guerre civile fait rage actuellement dans l'Est de la RDC. Les rebelles du M23 dans le Nord-Kivu mettent à mal l'armée congolaise et perpétuent énormément de crimes sur les populations. Je te laisse aller faire tes recherches. La RDC accuse depuis toujours le Rwanda de soutenir cette rébellion. Et c'est d'ailleurs la conclusion à laquelle le rapport final de l'ONU est arrivé en 2024, accusant le Rwanda de violer la souveraineté de la RDC et de soutenir le M23.

Donc avant d'aller au Rwanda, je me posais la question de savoir s'il était judicieux de ma part d'aller passer des vacances dans un pays qui menace la souveraineté du plus grand pays d'Afrique noire qu'est la RDC. Car avec le Soudan, la RDC est certainement le pays qui cumule le plus de souffrances des peuples d'Afrique noire. Mais je me suis finalement résolu au fait qu'il fallait faire un distinguo clair entre un peuple et ses dirigeants. Exactement comme je le fais au Cameroun.

Quand j'ai donc entendu cette punchline de Youssoupha, ça m'a interpellé et j'ai fait mes recherches. Et je me suis rendu compte qu'il avait un concert prévu à Kigali le 1er juillet 2022 qu'il a annulé justement à cause de l'attitude du Rwanda face à son pays d'origine, la RDC. Il a clairement pris position et a décidé, tout à son honneur, de ne plus faire de concerts à Kigali tant que cette situation dure.

Mais la deuxième question qui m'est venue à l'esprit a été : "Est-ce que Youssoupha fait des concerts en Belgique ?" Parce que comparé à la Belgique, le Rwanda est un enfant de chœur quand il s'agit de toutes les souffrances qui ont pu être causées au peuple congolais par un autre État. Et ensuite je me suis dit : "Est-ce qu'il a aussi arrêté de faire des concerts dans tous ces pays qui soutiennent le Rwanda ?" Parce que je ne pense pas que le Rwanda fabrique des armes. Et je ne pense pas que ce soit seulement avec ses 13 millions d'habitants sur 26 000 km² que le Rwanda peut autant menacer une RDC à plus de 95 millions d'habitants sur 2 345 000 km².

Bref, il a pris position, c'est super. Youssoupha est un artiste que j'adore. Sa plume est juste magnifique même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui. J'aurais peut-être moi aussi annulé mes concerts à Kigali sous la pression du peuple zaïrois comme il l'a fait. Mais à partir de là, je pense que j'aurais commencé à être un peu plus cohérent dans mes actes. Je ne serais pas, par exemple, allé en Belgique hier, vendredi 17 janvier 2025, pour présenter mon prochain album. Je me serais certainement interdit encore beaucoup plus de pays (suis mon regard) de concerts pour être un peu plus cohérent avec ma position, même si ça m'aurait valu une étiquette de radical et que j'aurais certainement perdu beaucoup d'argent suite à tout ça.

Comme je le disais dans mon texte, il y a deux jours, sur l'opium chinois du 19e siècle, j'ai souvent l'impression qu'en tant qu'Africains, nous pardonnons facilement les crimes qui sont perpétrés contre nous par les autres, mais nous nous tirons dessus pour des bagatelles. Nous n'avons pas le courage de chercher à nous poser la question de savoir qui est vraiment derrière tout ce qui nous arrive, à qui profite le crime en fin de chaîne. Et nous avons tellement peur de perdre les petits privilèges qui nous ont été accordés en Occident que, sans nous en rendre compte, nous trahissons notre peuple.

Je pense que nous gagnerons à être un peu plus indulgents envers nos frères et à commencer à réfléchir sérieusement sur notre passivité envers les vrais maîtres du jeu. Je vois des Noirs faire des marches en Occident pour se plaindre des dirigeants voleurs en Afrique alors que cet argent est stocké dans les banques à côté d'eux en Occident. Pourquoi ne pas commencer par tirer sur ces banques qui stockent de l'argent volé ? Pourquoi ne pas tirer sur ces communes qui vendent des hôtels particuliers à nos dirigeants tout en sachant que leurs salaires ne justifient pas de tels achats ? Pourquoi ne pas tirer sur tous ces paradis fiscaux qui permettent que tout cet argent soit caché ?

Nous sommes trop dans du deux poids deux mesures contre nous et nos frères. Démonstration d'un complexe d'infériorité tiré à l'extrême. Et tant que nous ne nous débarrasserons pas de ça, nous resterons des esclaves à vie. Enfin, jusqu'à notre disparition.

En attendant, le nouvel album de Youssoupha sort ce 24 janvier 2025. Si tu aimes me lire, tu vas certainement aimer l’écouter si ce n’est pas encore le cas.


Douala 🇨🇲 

Pavés et motos : Une menace silencieuse pour la fertilité au Cameroun

Aujourd’hui, j’aimerais te parler d’un sujet dont je parle depuis quelques années dans mon entourage et qui, j’ai l’impression, n’alerte personne. Hier, un proche m’a fait part d’un de ses résultats d’examen, et je pense qu’il est plus que temps qu’on commence à tirer la sonnette d’alarme.

Il s’agit des problèmes d’infertilité qui risquent de bientôt toucher le Cameroun dans quelques années, surtout dans une ville comme Douala.

En effet, Douala est une ville où la plupart des habitants se déplacent à moto. Les gens comme moi, par exemple. Cependant, une bonne partie de la voirie est défectueuse, et dans certains quartiers reculés où la route n’est pas encore aménagée, la moto reste le seul moyen d’accès pour les habitants.

Et qui dit moto et routes défectueuses, dit mini-secousses. Ces motos, n’ayant pas de systèmes d’amortisseurs très performants, transmettent directement toutes ces secousses aux passagers. Pour les hommes, cela engendre des micro-traumatismes aux testicules, qui, à long terme, peuvent entraîner des lésions des tubes séminifères produisant les spermatozoïdes, impactant ainsi la fertilité.

De la même manière qu’il est vivement conseillé d’éviter les micro-chocs au crâne pour ne pas endommager son cerveau, il est tout aussi important d’éviter les activités causant des micro-traumatismes aux testicules si nous voulons préserver la qualité de nos spermatozoïdes.

Si tu es une femme ou un homme qui ne prend jamais la moto, ne pense surtout pas que cela ne te concerne pas. Il s’agit d’un problème de santé publique et nationale. La bonne évolution de notre communauté, la croissance de notre économie, dépendent fortement de la qualité et de la quantité de nos enfants. Tu n’auras peut-être pas de problème d’infertilité toi-même, mais si une grande partie des enfants à naître sont de mauvaise qualité, tes enfants devront choisir leurs futurs partenaires dans ce pool de "canards boiteux". Et je ne parle même pas des travailleurs de la prochaine génération.

Nous, les Noirs, avons souvent l’habitude de ne réfléchir qu’à très court terme. Du coup, nous allons certainement négliger un problème comme celui-ci, que nous ne pouvons pas encore toucher du doigt malgré toute sa gravité. Je t’invite à ne pas tomber dans ce piège. Car une fois le mal fait, il sera très difficile de faire machine arrière. Du moins, cela nous prendra beaucoup de temps.

J’aimerais te dire qu’il existe une solution miracle pour redresser la barre, mais malheureusement, cette solution dépendrait de beaucoup trop de paramètres. Et avec tous ces pavés qu’ils ont décidé de poser à Douala, j’ai peur que nous nous dirigions tout droit vers le ravin.

Si, comme moi, tu n’as pas beaucoup d’autre choix que de continuer à prendre la moto, tu peux néanmoins faire quelques ajustements :

  • Éviter de prendre la moto dans le quartier.
  • Éviter la moto sur des trajets endommagés.
  • Demander à ton chauffeur de moto de ralentir sur les pavés.
  • Lever légèrement les fesses du siège quand ta moto passe sur un obstacle, afin d’éviter que tes testicules ne montent pour retomber sur le siège.

Mais la meilleure chose que nous puissions faire est de nous renseigner un peu plus sur le sujet. D’en parler à nos médecins, dans notre famille. De faire des courriers au ministère de la Santé, au ministère des Transports, au ministère des Travaux publics, à nos maires et délégués régionaux. D’en parler sur internet, de demander à nos influenceurs préférés de tirer la sonnette d’alarme. Ces gens se déplacent souvent dans de grosses voitures climatisées et ne se rendent pas compte du mal qui nous guette. C’est à nous d’attirer leur attention. Et si tu ne sais pas quoi leur dire, partage-leur ce texte.

Il s’agit de notre problème à tous. Ce n’est pas le poutoulou qui viendra sélectionner les meilleurs spermatozoïdes pour la future génération de Camerounais. Ni le debout-debout ou le Njounjou bottle, d’ailleurs.


Douala (ville des pavés) 🇨🇲 

De l’opium chinois aux illusions africaines : Qui profite vraiment du crime ?

Au début des années 1800, la Compagnie britannique des Indes orientales vendait massivement de l'opium indien en Chine. Ce commerce créait une grave crise de dépendance au sein de la population chinoise et un fort déséquilibre commercial. En 1839, l'empereur chinois Daoguang tenta d'arrêter ce commerce illégal en faisant détruire des cargaisons d'opium à Canton. En réponse, le Royaume-Uni déclara la guerre à la Chine, utilisant sa supériorité navale et militaire. La défaite chinoise mena au Traité de Nankin (1842), qui : céda Hong Kong à la Grande-Bretagne, força l'ouverture de plusieurs ports chinois au commerce britannique et imposa d'importantes indemnités à la Chine. Une seconde guerre de l'opium (1856-1860) renforça encore ces "traités inégaux" et l'humiliation de la Chine. Ces événements sont considérés en Chine comme le début du "siècle d'humiliation" (1839-1949). Hong Kong resta sous contrôle britannique jusqu'en 1997, date de sa rétrocession à la Chine.

Le sakoku (dont je te parlerai plus en profondeur dans un autre texte) était une politique d'isolement strict du Japon qui a duré de 1639 à 1853. Durant cette période, le Japon interdisait presque tout contact avec l'étranger : les Japonais ne pouvaient pas quitter le pays, et seuls quelques commerçants chinois et hollandais étaient autorisés dans un comptoir isolé de Nagasaki. Cette période prit fin en 1853 quand le Commodore américain Matthew Perry arriva dans la baie d'Edo (aujourd'hui Tokyo) avec quatre navires de guerre ("Navires noirs"). Cette démonstration de force militaire avait pour but de forcer le Japon à s'ouvrir au commerce international. Face à cette menace militaire et à la supériorité technologique évidente des Occidentaux, le Japon fut contraint de signer la Convention de Kanagawa en 1854, mettant fin au sakoku. Ce traité ouvrit plusieurs ports au commerce américain et permit l'établissement d'un consulat américain au Japon. Cet événement déclencha une profonde transformation du Japon, qui comprit qu'il devait se moderniser rapidement pour éviter le sort de la Chine. Cela mena à la restauration Meiji en 1868 et à une modernisation accélérée du pays.

Pourquoi les Britanniques, selon toi, ont-ils essayé de noyer la Chine sous l'opium ? Parce que tout bon stratège de guerre sait qu'il ne faut faire recours à une guerre sur le terrain qu'en dernier recours. Ce sont des guerres qui sont souvent très longues et coûtent beaucoup trop cher. Vu qu'il était plus difficile de christianiser en masse la Chine qui était un peuple avec des philosophies millénaires (d'ailleurs, Confucius est né plus de 5 siècles avant Jésus), il fallait utiliser une autre méthode, celle de la drogue. Il aurait été plus facile d'asservir le pays, de retourner la population contre ses leaders en la droguant. Et c'est exactement ce que l'Empire britannique a essayé de faire. Et face à un pouvoir qui a lu clair dans leur jeu, ils ont dû passer à la violence. Mais je veux que tu te poses un instant et que tu imagines l'incongruité de la chose : je vends de la drogue à tes enfants et quand tu décides de stopper mon commerce illégal, je te déclare la guerre et confisque ta cuisine pendant 100 ans.

Pourquoi, selon toi, pendant la période du sakoku, seuls quelques commerçants chinois et hollandais étaient autorisés dans ce comptoir isolé de Nagasaki, quand on sait qu'à cette période, les Espagnols et les Britanniques étaient les rois du monde ? Les Chinois, parce qu'ils étaient les voisins directs et qu'il existait des relations millénaires entre les deux peuples. Et les Hollandais parce que c'étaient les seuls qui n'utilisaient pas le commerce pour essayer d'apporter le christianisme au Japon. Ils avaient essayé avec les Espagnols et retrouvaient des croix et des symboles cachés sur la plupart des marchandises que ces derniers essayaient de leur vendre.

Et selon toi, pourquoi les Espagnols voulaient à tout prix faire rentrer leurs marchandises avec Jésus au Japon ? Pour exactement la même raison que les Britanniques ont décidé de droguer tout un peuple. La guerre ne se mène pas de front. Elle se fait avec des proxys. Tu fais rentrer une idéologie dans un pays et tu la laisses faire tout le travail pour toi. Ce sont des techniques aussi vieilles que le monde. Des techniques qui ont marché comme sur du papier à musique en Afrique et continuent toujours de marcher d'ailleurs.

Pourquoi je te parle de tout ça, tu te demandes ? Parce que chaque fois qu'un Africain veut justifier une bêtise, il se plaint du gouvernement, de la société en place, des choses qui ne marchent pas. Il ne se demande jamais qui est derrière tous ces problèmes structurels qui finissent par le pousser à faire toutes ces bêtises comme abandonner ses enfants pour aller en Occident, risquer sa vie entre la traversée du Sahara et de la Méditerranée, ou encore faire un enfant pour avoir des papiers. Si l'empereur Daoguang avait été camerounais, il aurait fait exécuter tous les Chinois accros à l'opium au lieu de s'attaquer à l'Empire britannique qui était clairement en train d'essayer de déstabiliser la Chine. Et ce faisant, il aurait fait exactement ce que les Britanniques attendaient de lui : créer une division entre le peuple et ses leaders. Si les leaders japonais étaient africains, ils auraient laissé les Espagnols vendre leurs produits estampillés du Christ en se disant que chacun a le libre arbitre, sans se rendre compte qu'il est difficile pour un peuple de se battre contre une idéologie qui n'a besoin que de convertir une personne par jour pour avancer, et dont chaque personne convertie est un Japonais ancestral en moins.

Les Noirs sont tellement ignorants qu'ils pensent que fuir l'Afrique pour aller "se battre" en Occident en inventant tout mensonge est un acte de courage. Nous sommes tellement naïfs que nous pensons que nos mensonges passent inaperçus. Nous sommes aveugles au point de penser que des personnes qui sont capables de déterminer le mouvement d'un caillou sur la lune à plus de 300 000 km ne sont pas capables de nous voir arriver dans la Méditerranée à un petit millier de kilomètres.

Personne en Afrique ne se demande à qui profite le crime. À qui profite le fait que toute la population chinoise soit sous l'emprise de l'opium, à qui profite un consulat américain au Japon,, à qui profite une Afrique qui pose le front cinq fois par jour en direction de La Mecque, à qui profite une Afrique christianisée dont les terres stratégiques appartiennent à l'Église catholique ? À qui profite un Cameroun dont tous les meilleurs éléments veulent aller au Canada, à qui profite une Afrique qui continue d'être convaincue qu'il faut aller en Occident pour développer le continent, à qui profite une Afrique dont la diaspora continue d'entretenir le complexe du blanc à coups de photos et de passeports quémandés ? Nous n'arrivons pas à nous poser cette simple question. Parce que contrairement à des peuples comme le peuple chinois et japonais qui pratiquent la réflexion critique depuis des millénaires, nous sommes un peuple simpliste dont la réflexion ne va jamais plus loin que le bout de notre nez.

Ces dirigeants et ce système que nous passons notre temps à fustiger, ce sont les membres de nos familles. Des personnes qui pour la plupart ont étudié dans les mêmes pays d'Occident que cette diaspora qui pense pouvoir mieux faire. Des personnes qui à notre âge ne se sont pas posé les bonnes questions, exactement comme nous le faisons aujourd'hui. Des personnes qui ont abandonné leurs cultures pour un café sur une terrasse parisienne comme nous le faisons aujourd'hui. Des personnes à qui nous allons ressembler dans quelques années si nous ne commençons pas à nous poser les bonnes questions dès à présent. Car notre problème ce n'est pas eux, c'est l'opium qui nous est servi à volonté par le vrai maître à bord. Et continuer de penser que nous devons partir pour nous en sortir, continuer de penser que nous devons mettre notre dignité aux toilettes, continuer de penser que la diaspora pourra un jour faire quelque chose pour l'Afrique, c'est la preuve que nous ne manquons pas notre rendez-vous quotidien chez le dealer du coin. Et que jusqu'ici son plan marche comme sur des roulettes.


Douala 🇨🇲

Pourquoi j’ai désactivé les commentaires sur mon blog

Aujourd’hui, j’ai reçu un beau message de Raoul, qui voulait rebondir sur mon texte d’hier. En parcourant mon blog, il s’est rendu compte, comme toi peut-être, que j’ai désactivé les commentaires. Il a aussi lu mon texte sur le droit de réponse, présent sur toutes les pages de mon blog, et a trouvé que c’était une belle leçon.

Je me suis dit qu’il était peut-être temps de reparler un peu de ce texte. Je t’invite d’ailleurs à aller le lire ou le relire. Parfois, certaines personnes me disent que j’ai désactivé les commentaires parce que je ne veux pas entendre l’avis des autres. Ces remarques me font toujours sourire.

Désactiver les commentaires sur mon blog est l’une des meilleures décisions que j’ai prises quand je me suis remis à écrire. Écrire, en soi, demande déjà beaucoup d’énergie. Écrire tous les jours, encore plus. Si à cela je devais rajouter la charge mentale de ce que les gens pourraient dire en commentaire, cela deviendrait juste ingérable.

Tu pourrais me dire que je pourrais ignorer ces commentaires et avancer. Mais moi, je peux faire encore mieux : éviter qu’ils apparaissent tout court.

Si tu me connais bien, tu sais que je ne me défile jamais devant un débat. Au contraire ! Ce n’est donc pas parce que je ne veux pas entendre ton point de vue que j’ai désactivé les commentaires. Des points de vue différents, j’en lis tous les jours : dans des livres, des magazines, des journaux, et sur d’autres blogs comme le mien.

Par contre, j’ai décidé de ne plus écouter le point de vue de quelqu’un qui n’a pas pris le temps d’organiser ses idées. Si tu as vraiment quelque chose à dire sur un sujet, écris-le pour la postérité. Ne viens pas réagir en commentaire simplement parce que tu n’es pas d’accord avec moi. C’est trop facile.

Comme je l’ai écrit dans mon texte sur le droit de réponse – qui, avec du recul, est vraiment un beau texte – si tu veux vraiment répondre à l’un de mes articles, fais-moi parvenir un courrier. Ce n’est pas si compliqué. Plutôt que de rédiger un commentaire enragé, ouvre Word, Pages, ou un autre logiciel de traitement de texte. Rédige ta réponse. Imprime-la et envoie-la-moi par la poste. Mon adresse postale est Ronel Kouakep, BP 457 Douala, Cameroun. Je te garantis que je prendrai ta réponse au sérieux et que tu recevras une réponse en retour.

Tu veux savoir combien de courriers j’ai reçus jusqu’à aujourd’hui, malgré la centaine de textes controversés que j’ai publiés ? Zéro. Nada. Pas parce que tous mes lecteurs sont d’accord avec moi. Non. Mais parce qu’il suffit d’ajouter un palier de difficulté pour éliminer la plupart des Africains de tout travail de réflexion.

Utiliser ton droit de réponse te prendrait tout au plus deux heures et coûterait moins de 1 000 FCFA. Beaucoup moins que le temps que tu passes chaque jour à scroller bêtement sur les réseaux sociaux, et beaucoup moins que ce que tu dépenses pour une seule tasse de café.

Et pourtant, c’est tout ce qu’il faut pour te maintenir dans cette sempiternelle position d’observateur. Cette place d’Africain qui regarde l’histoire s’écrire sous ses yeux, sans jamais y participer.


Douala 🇨🇲 

Sacrifier ses enfants pour le paradis du blanc

L’année dernière, lors d’une discussion avec maman, elle m’a raconté une histoire qu’elle ne m’avait jamais partagée. En 2011, on lui aurait proposé un réseau de voyage "sûr" pour aller travailler dans une famille en Angleterre. Le plan était d’utiliser le passeport d’une dame de son âge qui lui ressemblait et disposait déjà d’une autorisation d’entrée sur le territoire britannique.

À l’époque, j’étais dans ma première année en Occident. Elle vivait seule avec mon petit frère, qui était au secondaire et déjà assez turbulent. Si elle avait accepté, elle aurait dû laisser son fils au pays, en espérant qu’il ne sombre pas dans la délinquance pendant qu’elle se battrait, pendant des années, pour obtenir des papiers et espérer un jour revenir au pays ou envoyer un peu d’argent pour l’entretenir.

Devant une telle proposition, la plupart des mamans auraient sauté sur l’occasion. Apparemment, il vaudrait mieux laver les culs des blancs en Occident et être appelée mbenguiste à son retour au pays, que de rester et se concentrer sur l’éducation de ses enfants. Seulement, ma mère, elle, est digne. Elle n’a pas hésité à refuser, malgré les "bons" conseils de tout son entourage.

Si elle avait accepté, peut-être que 14 ans plus tard, aujourd’hui, elle aurait déjà obtenu ses papiers. Peut-être qu’elle aurait économisé assez d’argent pour se construire une maison au village. Peut-être qu’elle se serait battue pour trouver un réseau pour faire venir son fils. Ou peut-être qu’elle serait déjà morte : morte d’une maladie contractée dans un environnement étranger, morte de chagrin en voyant son fils sombrer dans la dérive après son départ, morte de la solitude dans un monde sans repères. Nous ne le saurons jamais.

Mais une chose est sûre : elle n’aurait pas gardé sa dignité si elle avait accepté cette proposition. Et là, tu te demandes peut-être si on mange la dignité, si elle donne de l’argent. Laisse-moi te répondre : la dignité donne bien plus que de l’argent. C’est parce qu’elle a gardé sa dignité que je peux me permettre d’écrire ce texte aujourd’hui. C’est grâce à cette dignité que je peux dire ce que je pense, sans subir d’injustices en silence. C’est cette dignité qui fait de toi ou de moi un homme vraiment libre.

À la même époque, quand je suis arrivé en France, je me suis rendu compte que c’était presque un sport national pour les mamans camerounaises. Elles laissaient leurs enfants au pays pour venir "se battre" en Occident. Leur mission ? Trouver un vieux blanc qui leur ferait un enfant métisse ou qui accepterait de reconnaître leurs enfants restés au pays pour faciliter leur venue.

La situation allait tellement loin qu’à la préfecture de Chambéry, ils avaient identifié un vieux blanc instable mentalement, père d’une demi-douzaine d’enfants de Camerounaises. Ces femmes, après avoir commencé leur vie au Cameroun, étaient venues en France et avaient couché avec ce vieillard pour obtenir un bébé et, avec lui, un titre de séjour.

Si tu te demandes encore pourquoi je n’ai pas beaucoup d’espoir dans cette diaspora pour sauver l’Afrique, je pense que tu commences à comprendre. Beaucoup d’entre eux n’ont pas la légitimité pour porter ce combat. Ils se sont tellement embourbés dans des compromissions pour en arriver là qu’ils préfèrent faire profil bas jusqu’à leur mort.

Le pire, c’est que ce phénomène continue. Je vois encore des mamans au Cameroun abandonner leurs enfants en bas âge pour aller s’occuper de personnes en fin de vie en Occident, laissant leurs petits livrés à eux-mêmes dans un système qu’elles jugent elles-mêmes compliqué. Tout cela, au nom de l’argent et du titre de Canadienne, Française ou Statoise

Et dans tout ça, nous voulons que les autres peuples nous respectent ?


Douala 🇨🇲