Apprendre nos langues : un acte de résistance culturelle

Hier, j’étais dans un salon de coiffure. Pas pour me raser, hein, comme tu l’imagines déjà. Non, j’y étais pour une autre raison : rencontrer une amie pour discuter d’une collaboration.

Pendant que nous discutions, elle coiffait une cliente tout en nous faisant découvrir des musiques d’artistes camerounais émergents. Franchement, je ne savais pas qu’il y avait encore autant de talents dans notre pays ! Mais bon, c’est un sujet pour un autre jour.

Alors qu’elle parlait d’un artiste qui chante en langue Duala, elle a demandé à sa cliente si elle parlait cette langue, celle de son futur mari. La cliente a répondu qu’elle était 100 % Bamiléké et qu’elle ne parlait pas le Duala.

Tu me connais, tu devines déjà ce que j’ai ressenti à ce moment-là. J’ai interpellé la cliente pour lui rappeler l’importance d’apprendre nos langues, car elles font partie de notre culture. Nous nous plaignons souvent que certaines langues sont difficiles à apprendre, mais beaucoup de jeunes ici apprennent le chinois pour travailler comme traducteurs, sans même avoir jamais mis les pieds en Chine. Pourtant, ces mêmes jeunes trouvent que le Duala est trop compliqué à maîtriser.

La cliente a rétorqué qu’il faut aussi penser aux raisons financières, car on apprend des langues qui permettent de gagner de l’argent. Et c’est là qu’est le problème : nous tombons systématiquement dans le piège de faire de l’argent notre boussole. Nous faisons tout pour de l’argent. Nous quittons nos pays pour de l’argent. Nous renions nos cultures pour de l’argent. Certains vont même jusqu’à vendre père et mère pour de l’argent. C’est peut-être l’un des plus grands fléaux hérités de la colonisation occidentale : nous avons abandonné nos systèmes de valeurs et les avons remplacés par la quête du profit.

Aujourd’hui, nous laissons nos langues mourir au profit d’autres, simplement pour des gains financiers à court terme. Sans réaliser que des artistes comme Dadju, TayC, et d’autres francophones que nous admirons tant, réussissent aussi bien parce qu’ils chantent dans une langue parlée dans des centaines de pays. C’est parce que les Français ont propagé leur langue à travers le monde que le marché culturel en France est bien plus grand que celui de pays comme l’Italie, pourtant de taille similaire. En délaissant nos langues pour d’autres, nous nous enfermons dans un rôle de consommateurs perpétuels, dépendants des propriétaires de ces langues.

Ce n’est pas un hasard si des petits pays comme l’Islande, avec moins de 500 000 habitants, continuent d’utiliser leurs langues. Ils préservent ainsi un marché culturel local, au lieu d’être totalement soumis à l’importation, comme nous le sommes ici.

Tu me diras : "Oui, mais au Cameroun, nous avons des centaines de langues différentes." Et je te répondrai que la plupart des langues que tu connais sont en réalité le regroupement de plusieurs dialectes. C’est un passage naturel lorsqu’on décide de vivre ensemble sous une même nation. Mais chez nous, au lieu de faire cet effort de rassemblement, nous préférons importer des langues étrangères avec toutes les chaînes qu’elles apportent.

Ne t’es-tu jamais demandé si notre génération devait être celle qui propulse nos nations parmi les plus grandes du monde ? Ou préfères-tu troquer ton identité pour une nationalité canadienne et tout ce qui va avec ? Si tel est le cas, que dire de nos ancêtres qui ont tout sacrifié pour que nous en soyons là aujourd’hui ?

La plupart des Camerounais que je connais parlent au moins deux langues étrangères, le français et l’anglais y compris. Mais très peu parlent plus d’une langue camerounaise. Trouves-tu cela normal ? Comment peux-tu vivre des années à Douala, comme moi, sans apprendre le Duala ? C’est tout simplement honteux. Pendant ce temps, les enfants de la diaspora parlent couramment néerlandais, allemand ou italien.

Et si nous décidions, chacun d’entre nous, d’apprendre une langue locale chaque année ? Nous nous rapprocherions davantage les uns des autres et, par la même occasion, nous mettrions à mal les plans de ceux qui cherchent à nous diviser pour mieux nous contrôler. Car, au cas où tu ne le saurais pas, nos ancêtres ne parlaient pas qu’une seule langue. Ils avaient déjà commencé à développer des systèmes de langues universelles avant que tout cela ne soit détruit par l’oppresseur.

Et aujourd’hui, voilà qu’une femme ose dire qu’elle ne voit pas l’intérêt d’apprendre la langue de son mari. Bravo, vraiment !


Douala 🇨🇲 

Décide de réussir, quoi qu’il en coûte

“Il est difficile de battre un homme quand il a décidé dans sa tête qu’il va gagner.”

En ce début d’année, j’aimerais partager avec toi cette citation de Mohamed Ali afin de te rappeler que tout ne dépend que de toi. Tu as certainement de grands projets pour cette année. Des objectifs après lesquels tu cours depuis des années. Des objectifs avec lesquels tu as eu beaucoup de mal jusqu’à présent. J’aimerais te rappeler que la plus grande décision que tu as à prendre, c’est de décider que tu vas les atteindre quoi qu’il en coûte.

La plupart du temps, on n’échoue pas parce qu’on n’a pas ce qu’il faut, mais parce qu’on a décidé d’abandonner en cours de route. Et abandonner peut venir sous plusieurs formes. La forme la plus insidieuse et la plus dangereuse étant de décider de s’écarter de cette discipline nécessaire pour réussir.

Rappelle-toi que même les circonstances ne peuvent pas battre une personne qui a décidé qu’elle allait réussir. Rappelle-toi de ça chaque matin et fais ce qu’il faut jour après jour.

Parce qu’au final, nous savons tous un peu ce qu’il faut pour réussir. Nous savons quel est le prix à payer. Et tout ce qu’il nous reste à faire, c’est accepter de payer ce prix.

Je te souhaite tout le courage dont tu auras besoin dans cette bataille. Et surtout, de ne pas céder au découragement quand viendra l’orage.


Douala 🇨🇲 

Pourquoi nous agissons toujours selon ce que nous savons

Tout à l’heure, j’ai eu une discussion intéressante avec mon prof de menuiserie. Et là, je me rappelle que j’ai oublié de mentionner hier tous les progrès que j’ai faits en menuiserie en 2024. J’avais prévu de faire un article sur mon premier jeu de meubles que j’ai construit de mes mains. Mais bon, ça aussi, c’est passé à la trappe. On y reviendra !

Alors, nous discutions, et il m’a dit une chose qu’il m’avait déjà dite une fois. Une chose qui s’assimile à ce que je pense, mais avec des mots plus simples. Il m’a dit qu’il ne se plaint jamais du gouvernement parce qu’ils ne font que ce qu’ils connaissent. Qu’ils agissent à leur niveau d’entendement. Que s’ils avaient la vérité, ils feraient beaucoup mieux. Et cette fois-ci, ça m’a interpellé, car c’est plein de sens.

Il est impossible de connaître la vérité et d’aller à son encontre. C’est la raison pour laquelle certains grands leaders dans l’histoire ont tout laissé pour suivre leur intuition, convaincus que c’était la bonne chose à faire. Je ne peux compter le nombre de fois où j’ai argumenté avec des personnes pendant des heures, essayant de les convaincre d’abandonner la voie sur laquelle ils étaient engagés. Ou les fois où c’était moi qui étais sur la mauvaise voie. Je n’avais juste pas la vérité.

Souvent, je me plains dans mes textes de toutes ces actions stupides de la diaspora. Des actions qui condamnent leurs futurs, le futur de leurs enfants et menacent la survie du peuple africain. Mais je ne pense pas qu’ils continueraient de poser ces actes s’ils connaissaient la vérité. S’ils avaient un niveau d’entendement supérieur.

Et qui sait, peut-être que c’est moi qui suis dans le faux. Mais je voudrais qu’en ce début d’année, tu te rappelles, chaque fois que tu seras en désaccord avec quelqu’un par rapport à un acte qu’il aurait commis, qu’il n’a fait qu’agir à son niveau d’entendement. Il ne l’aurait certainement pas fait ou ne penserait certainement pas de la même façon s’il connaissait la vérité. Et au lieu de lui en vouloir, tu ferais mieux de la vulgariser, cette vérité, cette vérité en laquelle tu crois. Car il est juste difficile de faire autrement quand on connaît la vérité. Exactement comme il est difficile de retourner dans son restaurant favori quand on connaît finalement toutes les mauvaises pratiques qui sont coutume dans leurs cuisines.


Douala 🇨🇲 

50.000 pompes et bien plus : le bilan de 2024

50.000 pompes. Comme prévu, j’ai atteint mon objectif de 50.000 pompes cette année. 50.000 pompes en une année, en réalité, ce n’est pas grand-chose. Ce n’est qu’une moyenne de 136 pompes par jour. Et pour une personne qui en faisait 300 par jour ces derniers jours, c’est rien. Mais pour une personne qui avait du mal à en faire 100 par jour en début d’année, c’est quelque chose. Mais bon, la vraie difficulté n’est pas dans le nombre, mais dans la constance. Si j’ai dû en faire 300 par jour pour pouvoir atteindre mon objectif, tu comprends qu’il y a eu beaucoup de jours sans. Je n’ai peut-être pas gagné le concours de la constance, mais mon objectif, je l’ai atteint, et j’en suis plutôt fier. Va pour 75.000 l’année prochaine.

Une autre chose dont je peux être fier cette année, c’est ce voyage avec maman. Je ne savais pas très bien comment j’allais m’y prendre, mais au final, j’y suis parvenu. Et au lieu d’un pays, nous en avons fait deux. Vivement qu’on remette les couverts l’année prochaine.

Je m’étais dit qu’il fallait que je visite 5 nouveaux pays cette année. Ça avait bien commencé en début d’année avec le voyage en Côte d’Ivoire et un petit détour par le Togo et le Bénin. Ensuite, le BILYF m’a invité au Congo en avril. C’était vraiment bien lancé, mais après, ça s’est hyper compliqué. J’ai même voulu compléter avec de nouveaux pays de Schengen que je n’avais pas encore faits. Le road trip France - Belgique - Allemagne - Italie - France me donnait la possibilité de faire une escale en Autriche et au Liechtenstein, mais ça aurait été de la triche. Finalement, j’ai pu programmer un voyage en fin d’année entre le Kenya et le Rwanda, ce qui a fermé ma liste. Je n’aurais jamais pu deviner que les 5 nouveaux pays auraient été des pays africains que j’aurais visités depuis l’Afrique. Mais bon, je suppose que ça fait partie de toutes ces merveilles que je n’aurais jamais pu imaginer m’arriver en rentrant au pays.

Beaucoup d’objectifs n’ont pas été atteints cette année, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Est-ce que ça fait de 2024 un mauvais cru ? Je ne pense pas. Beaucoup d’autres choses ont été faites et des graines semées. Il faudra juste continuer sur le même chemin. Je n’avais par exemple pas commencé l’année en pensant que j’allais écrire un texte par jour. Mais me voici, six mois plus tard, en train de le faire avec autant de plaisir que le premier jour. Et je ne parle même pas de la petite révolution que j’ai enclenchée. Toutes ces petites mains en train de laisser des traces NOIRES dans un monde qui refuse de considérer notre existence en tant qu’africains ? C’est beaucoup plus que ce que j’aurais espéré cette année.

Cette année, je parie qu’il y a eu des jours où je n’ai pas pris ma douche. Mais s’il y a une chose que j’ai faite tous les jours, une chose à laquelle je n’ai jamais dérogé, c’est d’envoyer un exercice physique chaque matin à toute personne qui serait intéressée. C’était mon don à l’humanité pour 2024. Et j’ai tenu ma promesse durant les 366 jours de l’année. J’ai tenu ma promesse malgré le fait que très peu de personnes s’y intéressaient. J’ai tenu ma promesse pour la poignée de personnes pour qui cet exercice faisait partie de leur routine matinale. Et pour toutes ces personnes, et les autres qui n’ont pas eu la chance d’entendre parler du programme, je vais remettre les couverts en 2025, en améliorant un peu plus les choses. Stay tuned !

J’espère que ton année a été aussi intéressante que la mienne. Même si tu n’as pas pu atteindre tous tes objectifs. Je suppose que tu attends énormément de la prochaine année. Mais as-tu pensé à ce que tu donnerais pendant cette année ? Si nous nous attendons tous à recevoir sans que personne ne donne jamais, tu te dis bien qu’il y aura un déséquilibre à un moment donné. As-tu pensé à ton cadeau au monde en 2025 ?

Laisse-moi te parler du mien pour 2025. Je mettrai à disposition 1h gratuite de consulting par semaine. Si tu as un projet, un problème, ou bien si tu veux juste des conseils pour organiser ton retour au pays (je m’adresse à toi, la diaspora), tu pourras réserver un créneau, et j’essaierai de t’aider au mieux de mes capacités. Si tout se passe bien, j’aurai conseillé gratuitement une cinquantaine de personnes cette année, et j’espère que mes conseils pourront aider quelques-uns d’entre eux. Et qui sait ? Peut-être que tu en feras partie.

Tu te demandes certainement : c’est quoi ce texte ? Eh bien, c’est ma façon à moi de te dire que tu ne dois un style à personne, que tu n’as pas besoin d’être Hemingway pour te lancer. Qu’en tant qu’être humain, tu es une machine unique de créativité dont le monde a besoin pour tourner. Ne nous en prive pas !

Je te souhaite le courage nécessaire pour réveiller en cette nouvelle année le génie qui sommeille en toi.


Douala (Une poignée de minutes avant 2025) 🇨🇲 

L'illusion de la dinde : une leçon pour la diaspora

Il y a quelques jours, je discutais avec Adrien, et il m’a rappelé une métaphore de Nassim Nicolas Taleb, “l’illusion de la dinde”. L'idée principale est la suivante : imagine une dinde qui est nourrie tous les jours par un fermier. Chaque jour qui passe renforce sa conviction que le fermier est bienveillant et que sa vie est stable et prévisible. Sa confiance augmente de jour en jour... jusqu'au jour de Thanksgiving ou de Noël, où tout change brutalement. Le fermier attrape la dinde, l’égorge et en fait son repas.

Depuis ce jour, chaque fois que je vois nos amis de la diaspora se pavaner sur leurs statuts, je ne peux m’empêcher de penser à cette métaphore. La dinde, elle aussi, pensait que le fermier lui voulait du bien. Exactement comme tous ces noirs qui ont trouvé un semblant de meilleure condition en Occident sont persuadés que l’Occident leur veut du bien.

Personne ne te nourrira gratuitement s’il n’a pas une idée derrière la tête. Je ne le répéterai jamais assez : “there is nothing like a free lunch.”


Douala 🇨🇲 

Tendre la main : une résolution pour 2025

Ce matin, j’ai été interpellé par le gardien de mon immeuble, Loïc. En réalité, il remplace le gardien titulaire qui est allé passer quelques semaines avec sa famille au Nord du pays.

Loïc m’a demandé si je n’avais pas des tâches à lui confier. Du ménage ou tout autre travail. N’importe quel emploi qui pourrait être rémunéré. Il m’a expliqué qu’il faisait juste un remplacement pour son voisin et qu’avant cela, il était au chômage.

Je lui ai demandé quel âge il avait et ce qu’il savait faire. Il m’a dit qu’il aurait 22 ans dans quelques jours, en janvier, et qu’il avait dû arrêter l’école en classe de 3e, car après la mort de sa mère, son père ne pouvait plus payer ses études ni celles de ses frères. Je suppose que tout n’est pas forcément vrai dans son histoire. Mais ça m’a rappelé à quel point j’avais de la chance. À quel point toi qui me lis, tu as de la chance. De la chance d’être né dans une famille à peu près fonctionnelle. De la chance d’avoir eu quelqu’un pour payer tes études le plus loin possible. De la chance de pouvoir te plaindre de ta vie qui ne ressemble pas à celle d’un Canadien.

Car dans ce pays, il y a des centaines de milliers de Loïc. Des centaines de milliers de jeunes qui ne demandent qu’à ce qu’on leur donne une chance. Des centaines de milliers de jeunes qui, comme Loïc, rêvent de devenir des hommes d’affaires et sont prêts à commencer tout en bas de l’échelle si on leur donne leur chance.

Et si tu décidais de tenir la main d’un d’entre eux l’année prochaine ? Si tu décidais de payer les études d’un jeune ? Si tu décidais de sponsoriser la formation d’un jeune ? Si tu décidais de devenir le mentor d’un d’entre eux afin de le mener sur un meilleur chemin ? Ce serait peut-être la meilleure chose que tu auras faite en 2025. Penses-y !

Pour ma part, j’ai demandé à Loïc de me faire un CV et une lettre de motivation manuscrite pour la semaine prochaine, histoire de jauger sa motivation. On verra bien ce qu’on pourra faire ensemble dès que son remplacement sera terminé.


Douala 🇨🇲 

Ces personnes qui ont illuminé mon année 2024

Ça fait des jours que je me dis que je dois faire ce texte. Il fait partie de la série de textes que je m’étais dit que j’allais faire en fin d’année pour faire le bilan de l’année. Nous voici à 3 jours de la fin de l’année, et je n’en ai encore fait aucun. Shame on me!

Cependant, c’est aussi la période de l’année où les entrepreneurs que je suis, dans leurs newsletters, font le bilan de leur année et les plans pour l’année prochaine. J’ai reçu une de ces newsletters aujourd’hui. Elle venait de Noah Kagan. Tu te rappelles peut-être de lui. J’ai fait une note de lecture cette année sur son livre Million Dollar Weekend (les notes de lecture qu’il faudra peut-être que je reprenne l’année prochaine).

Dans son mail, Noah parlait des leçons qu’il a apprises cette année. Une des leçons était, je cite : “Who you know WELL > What you know”. En gros, ton cercle proche d’amis a plus de valeur que tout ce que tu connais. Il a pris l’exemple de cette histoire d’Elon Musk au moment d’acheter Twitter. En quelques messages, Larry Ellison acceptait de mettre 2 milliards de dollars dans le deal. Et quand je dis quelques, c’est 2 ou 3 très courts messages.
La plupart du temps, on court après les mauvaises choses dans la vie. Alors que tout ce que nous avons à faire, c’est de travailler sur la qualité de notre réseau. La qualité des personnes qui nous entourent. Et souvent, on se plaint de ce qu’on n’a pas et on oublie d’être reconnaissant pour les belles personnes qui nous entourent.

Ce texte est l’occasion pour moi de remercier les personnes que je crois “know WELL” et qui ont été d’un soutien inconditionnel toute cette année pour moi. Il s’agit de :

Maman, oui, on va commencer par elle. Dans une année agitée où rien ne s’est passé comme prévu, elle a été mon bras droit dans l’ombre. Son expertise, sa dévotion et son intégrité hors normes sont certainement la raison pour laquelle Le Porc Braisé a pu traverser cette nouvelle année. Nos moments de travail et d’échange ont été un exutoire pour moi. Sans s’en rendre compte, elle m’a rappelé qu’il n’était pas trop tard pour faire revivre nos cultures africaines et que c’était à notre génération de faire le travail d’anthropologie nécessaire pour les faire renaître de leurs cendres.

Ensuite, sans surprise, il y a Flavien. Si tu es assidu avec mes textes, tu as dû lire son nom plus d’une fois ici. Il est certainement la personne avec qui j’ai le plus échangé et passé de temps cette année. Entre nos réunions hebdomadaires, nos rencontres fortuites et les retraites à l’Ouest, on en a eu des échanges. Et ces échanges ont énormément contribué à me maintenir debout toute cette année. Je me demande souvent comment aurait été mon retour au pays sans lui dans les parages. Je ne saurais jamais être assez reconnaissant pour sa présence dans ma vie et toute son intelligence.

Et on va compléter le podium avec Madelle. C’est peut-être la première fois que tu lis son nom ici (shame on me) et pourtant, elle fait partie des personnes avec qui j’ai échangé au moins une fois chaque semaine cette année. Même pendant les 4 mois où j’étais déconnecté de WhatsApp. C’est la seule qui ne vit pas au pays (pour l’instant) mais dont l’apport dans ma vie cette année a juste été incroyable. Elle fait partie de ces rares personnes qui vont toujours me rappeler que j’ai quelque chose de spécial, un génie qui ne demande qu’à être découvert par plus de personnes. C’est ma personne personnelle. Un concentré de douceur et de tempérance. Mais si vous lui demandez, elle vous dira certainement que je lui apporte bien plus dans sa vie qu’elle n’en apporte dans la mienne. Elle est comme ça. L’humilité l’appelle “Tata Madelle”.

S’il fallait se limiter à un podium de 3, ces 3 personnes seraient celles qui l’occuperaient cette année. Mais s’arrêter à ces 3 serait faire une énorme injustice à 2 autres personnes qui ont tout autant participé à faire de cette année une réussite pour moi. 2 personnes très chères à mon cœur et dont tu as certainement déjà lu les noms ici. Il s’agit de :

Lionel, le fameux charismatique patron du Njiksons. Le meilleur restaurant de salade du pays. Si tu ne connais pas le Njiksons, je ne sais pas si tu me connais vraiment. Hier encore, je discutais avec Madelle et elle m’a dit : “Comment va Flavien ?” et “Njiksons, comment il va ?” C’est te dire. Lionel, c’est ma personne. Un vrai défenseur du pays. Un homme aux principes tellement forts qu’ils inspirent le respect. J’aime souvent me vanter d’être l’ambassadeur du pays. Uniquement parce que Lionel n’a jamais réclamé le titre. Je ne peux pas le lui disputer. Pas parce qu’il va se battre comme un fou avec tout le monde comme je le fais. Non ! Parce que dans ses actions, toi-même tu vas confirmer qu’on doit lui remettre le drapeau là.

Et on va finir par Adrien. Comme j’ai commencé avec la personne que je connais depuis que je suis né, il était normal que je termine avec la personne qui me connaît depuis que j’ai décidé de prendre au sérieux ce combat pour un Cameroun meilleur, un jour de 10 septembre 2023. C’était d’ailleurs dans sa chambre à Nyalla. Ce jour-là, nous avons décidé que nous devions faire quelque chose, quelque chose de mieux pour notre pays et pour tous ceux qui viendraient après nous. Pendant un moment, j’ai cru qu’il avait perdu la flamme. Mais cette année de 2024, il m’a rappelé qu’elle ne s’était même jamais affaiblie. Adrien, c’est mon bestie depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Et cette année, il m’a rappelé à sa manière qu’il pouvait être mon Larry Ellison. Prêt à m’accompagner sur tous mes projets les plus fous et ambitieux. Je ne le remercierai jamais assez pour son intelligence et son amour pour le pays.

Voilà, c’est fait ! Certaines personnes vont certainement se sentir laissées pour compte. Mais hey, vous avez certainement été beaucoup plus importantes dans la vie d’autres personnes cette année. Je pense par exemple à Ayélé, qui a été un Maestro dans la vie des garçons cette année. Tout ça pour que, dans quelques années, ils lui disent qu’ils veulent aller se battre avec leur père au Cameroun. Je pense aussi à Euphrasie, ma dame de ménage, qui m’a cuisiné du haricot au moins 50 fois cette année. Mais bon, je suppose qu’elle a été plus importante dans la vie de sa fille pendant ses crises. Je pense à toutes ces personnes qui se sont pliées en deux pour me faire plaisir cette année et dont j’ai déjà oublié les actes de gentillesse, comme le bel ingrat que je suis.

Ne sois pas un ingrat toi aussi. Identifie les personnes qui ont contribué à faire de cette année une belle année pour toi, et dis-leur merci. Fais-le sur ton blog si tu en as un (si tu n’en as pas, shame on you), écris-leur un courrier si tu veux leur arracher une larme, ou bien passe leur un coup de fil pour leur dire tout le bien qu’ils t’ont fait cette année.

Et j’ai failli t’oublier. Toi qui lis ce texte. Et qui, de temps en temps, reviens ici pour lire mes textes, me laisser un petit emoji et me donner la force de continuer d’écrire. Tu as été un sauveur pour moi cette année. Tu m’as aidé à tenir quand tout allait mal. Tu es certainement la personne qui contribue le plus à me garder les pieds au sol ces derniers temps. Merci du fond du cœur ! Tout ce qui manque pour te faire pousser quelques ailes comme l’ange que tu es, c’est de… partager un peu plus mes textes dans ton entourage !


Douala (Décembre 2024) 🇨🇲 

Un retour au pays qui redonne espoir

Cette semaine, j’ai reçu un mail qui m’a énormément ému. Une bonne amie à moi m’annonçait qu’elle avait finalement décidé de rentrer s’installer au pays dans 18 mois avec ses enfants. Contrairement à son souhait, il y a quelques temps encore, de revenir dans une dizaine d’années.

18 mois, c’est encore loin et beaucoup de choses peuvent se passer entre-temps. Mais l’idée à elle seule est suffisante pour me donner du baume au cœur et me faire finir l’année sur une note positive. Je ne suis peut-être pas la raison principale pour laquelle elle a pris cette décision, mais j’aime à croire que j’y ai contribué pour beaucoup.

Une personne qui rentre sur des milliers qui veulent partir, ce n’est peut-être pas grand-chose. Mais n’oublions pas qu’il a juste fallu un seul lancement réussi pour faire de SpaceX le patron incontesté du spatial quelques années plus tard.

Quel que soit le travail que tu fais, quelle que soit l’immensité du combat que tu mènes, ne perds jamais espoir. Va-y un pas après l’autre, une journée après l’autre et fais confiance à la nature et au tipping point.


Douala 🇨🇲 

L’effet domino de nos décisions invisibles

J’ai reçu des plombiers chez moi aujourd’hui. Ils ont fait une intervention sur de la robinetterie qui s’était percée dans mes salles de bain. C’est la deuxième fois en l’espace d’un an que je fais appel à des plombiers pour le même problème. Ils m’ont expliqué que l’eau du forage de l’immeuble contenait beaucoup de calcaire. Apparemment, le calcaire aurait même bouché la pompe totalement. Raison pour laquelle ils étaient de passage dans l’immeuble.

C’est vrai qu’après avoir remplacé un robinet la semaine passée, j’ai fait le constat que l’eau contenait beaucoup trop d’éléments solides qui venaient boucher les mitigeurs, créant ainsi une pression retour à ce niveau qui fragilise la tuyauterie.

Après le départ des plombiers, j’ai attentivement examiné l’intérieur de la robinetterie endommagée. On aurait dit qu’elle avait été attaquée par de l’acide. Difficile de croire que c’est du calcaire invisible à l’œil nu qui ait pu causer autant de dégâts.

Avant que les plombiers n’arrivent ce matin, je discutais au téléphone avec Flavien qui, dans un commentaire, me disait qu’il avait vu un thread de footballeurs qui fêtaient Noël en famille. Et que presque tous les footballeurs noirs avaient une femme blanche et aucun footballeur blanc n’avait une femme noire. Ça m’a fait sourire. Ça m’a rappelé le texte d’un pote hier qui défendait son choix de rester en Occident et qui m’a envoyé un petit tacle à la gorge subtil. Mais bon, fair-play. Si j’ai réussi à inspirer certains Africains (ou anciens Africains) à commencer à écrire, ce n’est pas moi qui vais venir les censurer.

On s’éloigne du sujet !

Alors, la plupart des sportifs noirs ont une femme blanche. Ce n’est pas un sujet d’aujourd’hui. Chacun se marie avec qui il veut, un peu comme chacun vit là où il veut. Mais quand un schéma persistant commence à se dessiner, il y a forcément une raison derrière. Le hasard n’a d’habitude pas de schémas aussi réguliers.

Il y a certainement plusieurs facteurs qui pourraient expliquer ce phénomène. Et comme d’habitude, j’ai ma petite théorie. Quand on demande aux femmes noires d’arrêter de se décaper la peau et surtout d’arrêter avec les perruques, elles disent que c’est un faux débat. Qu’il y a des sujets plus sérieux à traiter. Elles ne se rendent pas compte que la télévision et les médias, nous vendent à grands coups de com, un idéal de beauté féminin. Et cet idéal est souvent une femme blanche, aux courbes fines et aux cheveux raides.

Que font les femmes noires ? Elles adhèrent complètement à cet idéal. Certaines en essayant de se décaper la peau et la grande majorité en arborant des perruques aux cheveux raides. Cet idéal de beauté féminin est ainsi renforcé dans les esprits non plus seulement des femmes, mais aussi des hommes. Du coup, qu’est-ce qui attire la plupart de ces hommes ? Des femmes à la peau claire et aux cheveux raides. Le problème, c’est que quand tu es pauvre, tu peux te contenter d’une pâle photocopie. Mais quand tu es un sportif qui touche des millions d’euros et qui fait les courses dans les plus grandes marques de luxe, tu ne veux plus que l’original. Et l’original, c’est quoi ? Une femme blanche caucasienne avec ses vrais cheveux raides et qui ne fait pas plus de 65 kg. Bête, mais aussi simple que ça !

Comme ce calcaire que tu n’arrives pas à voir à l’œil nu quand tu ouvres ton robinet mais qui agit comme de l’acide sur celui-ci, c’est de la même manière que nos petits actes à l’air anodin ont un pouvoir dévastateur sur nos communautés.

Et ça, c’est quelque chose qui est propre à notre communauté, nous les noirs. Nous ne savons pas mesurer les effets à long terme de nos actions. Si la cause à effet n’est pas immédiate, nous sommes complètement largués. Nous ne sommes pas différents de ce fumeur qui n’arrive pas à comprendre comment cette bouffée de fumée d’apparence inoffensive peut complètement détruire son poumon. Nous n’arrivons pas à comprendre comment une immigration massive peut détruire tout un pays. Nous n’arrivons pas à comprendre à quel point l’environnement joue un rôle important sur le développement d’un enfant, du coup nous continuons à entasser les nôtres dans les ghettos en Occident en espérant leur donner un meilleur avenir. Nous n’arrivons pas à comprendre que chaque chose a un prix et que ce n’est pas parce que tu ne connais pas le prix à payer qu’il n’existe pas.

Dans un monde où chaque peuple essaie d’être un grand maître à cette partie d’échecs qu’est la vie, nous sommes encore à nous demander pourquoi certaines cases de l’échiquier sont noires et d’autres blanches.


Douala 🇨🇲 

Phagocytés par des traditions qui ne sont pas les nôtres

J’ai passé ma journée à regarder les statuts. Surtout ceux de nos amis de la diaspora. J’ai vu des tables et des couverts façon hôtel 5 étoiles. J’ai vu des complets pyjamas blanc et rouge en veux-tu-en-voilà. J’ai vu des pulls de Noël par centaines. J’ai vu des bûches et des buffets gigantesques. J’ai vu des sapins de toutes les tailles. J’ai vu des cadeaux de tous les côtés. Je fredonne encore Merry Christmas tellement j’ai entendu du Mariah Carey.

Je me demande juste ce que l’Afrique serait si nous mettions autant d’énergie pour développer notre continent que nous en mettons à singer les cultures des autres. Je me pose juste la question. Parce que le déploiement d’énergie que j’ai vu aujourd’hui sur ces statuts dépasse largement ce que les premiers colons avaient espéré en mettant les pieds sur notre beau continent pour la première fois.

On ne disparaît pas quand on cesse d’exister. On disparaît quand on commence à remplacer ce qu’on a toujours fait par ce que l’autre a toujours fait. On se fait phagocyter. Comme un tour de magie, ça se passe en temps réel devant tes yeux. Juste que tu es distrait par autre chose.


Douala (quelques jours après le Ngondo) 🇨🇲