Esclaves Libres : Le Syndrome de l’Institutionnalisation

Dans son autobiographie Un long chemin vers la liberté en 1995, Nelson Mandela écrivait : "La prison avait créé chez certains une dépendance qui les rendait incapables d'affronter le monde extérieur. Certains hommes ne supportaient pas l'idée d'être rendus à la liberté car la prison était devenue leur maison ; ils étaient conditionnés à leur cage.”

Il abordait les effets de l'institutionnalisation sur certains prisonniers de longue durée qui, même une fois libérés, trouvaient difficile de s'adapter à la liberté. C'est un phénomène qu'on appelle parfois le syndrome carcéral ou syndrome de l’institutionnalisation.

C’est la raison pour laquelle, beaucoup d’esclaves américains, une fois libérés, ont continué de travailler pour leurs anciens maîtres. Ils s’étaient habitués à leur condition, bien que les conditions aient changé. Et ce phénomène, les personnes intelligentes le savent. Il suffit d’exercer une pression constante sur un point pendant un certain temps pour que, des années après avoir relâché cette pression, les effets continuent de se faire ressentir, souvent des centaines d’années après.

Et là, tu te demandes certainement où je veux en venir. Je veux en venir à nos comportements de tous les jours : nos comportements d’esclaves libres. Je pourrais te donner des centaines d’exemples, mais laisse-moi te parler du plus récent.

Hier, dimanche 12 janvier 2025, à Yaoundé, au stade annexe Omnisports à 14h, se jouait une rencontre de football prestigieuse. Le Canon Sportif de Yaoundé recevait Coton Sport de Garoua dans le cadre de la 7e journée du championnat d’Elite 1. Mais dans mon entourage, personne n’en a parlé. Sur les réseaux sociaux, dans la communauté camerounaise dont je fais partie, tout le monde ne parlait que d’autre chose : la finale de la Supercoupe d’Espagne, opposant le Real de Madrid et le FC Barcelone, le même jour, à un peu plus de 18h.

Durant toute la journée, j’ai vu des personnes qui n’ont jamais mis les pieds en Espagne et qui mourront certainement sans jamais y mettre les pieds professer leur amour pour l’un ou l’autre club. La seule journée d’hier a généré plus de publications sur cette finale que toute l’année 2024 sur les élections présidentielles qui auront lieu dans quelques mois.

J’ai vu des gens se faire appeler madrilène ou barcelonais, alors qu’ils ne connaissent même pas le nom de l’équipe de football de leur village. J’ai vu des panafricains se déchirer entre eux en commentaires pour deux clubs qui ont un total mépris pour les africains. Deux villes qui ne savent même pas qu’ils existent et qui n’en ont rien à faire d’eux.

L’année passée, je me suis indigné du comportement de ces clubs de football européens qui ignorent complètement leurs supporters africains. En l’occurrence, Manchester City, qui avait fait une tournée mondiale pour présenter son trophée en prenant soin de n’inclure aucune date africaine. J’ai même lancé une pétition sur le sujet pour éveiller les consciences. Mais jusqu’à présent, elle n’a reçu que trois signatures, dont la mienne. Oui, nous sommes prêts à mourir pour ces clubs qui nous crachent dessus. Et on s’attend à ce qu’on nous respecte.

Même en Espagne, en dehors de Madrid et Barcelone, ce match n’a pas suscité autant d’émoi que dans nos villes africaines. Nous voulons être plus royalistes que le roi. Au point où nous avons composé des musiques en l’honneur de ces deux clubs et nous en vantons comme des petits bouffons.

Quand on veut demander aux jeunes de se battre dans ce pays, la première phrase qui sort de leur bouche, c’est : “l’État n’encourage pas les jeunes dans ce pays”. C’est cet État-là qui vous a demandé d’aller lécher les bottes de ces clubs ? C’est lui qui vous empêche de soutenir vos clubs respectifs dans vos villes natales? C’est lui qui vous demande de mémoriser des mots en espagnol alors que vous ne connaissez même pas un mot de Duala ?

Aujourd’hui, pour montrer notre allégeance à un maître qui ne nous considère même pas, nous dépensons des milliards en faux maillots et goodies provenant de Chine, alors que nous aurions pu investir cet argent dans nos équipes locales, sur nos frères et sœurs qui jouent ici pour notre plaisir. Après, c’est encore nous qui allons ouvrir nos larges bouches pour dire que le football ne paie pas au pays. Que j’y prenne encore quelqu’un !

Le comble, c’est que même les footballeurs locaux que tu veux défendre sont encore pires. Comme disait Etienne de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire en 1576: "Ils disent qu'ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont vécu ainsi ; ils pensent qu'ils sont tenus d'endurer le mal et se font des exemples ; ils fondent eux-mêmes, sous la longueur du temps, la possession de ceux qui les tyrannisent.”


Douala (Home of Nassara Kamakaï) 🇨🇲  

Ne deviens pas la cible idéale

Cette semaine, un pote m’a appelé pour me parler d’un de mes vieux textes. Le texte où je dénonçais une injustice qui m’était arrivée. Et dans la discussion, il m’a demandé si je n'avais pas encore été approché par les gars des couloirs au pays. Apparemment, le pays est géré par les couloirs, et les gars recrutent à tours de bras, et ils sont friands de personnes comme moi avec un gros potentiel.

Si jusqu’à présent tu n’as pas compris de quels couloirs il s’agit, reste avec moi, peut-être que tout sera clair d’ici la fin du texte.

Alors, je lui ai dit que non. Que jusque-là, je n’avais été approché par personne et n’avais encore reçu aucune proposition indécente. Dans ma tête, c’est sûrement parce qu’en dehors de mon entourage proche, personne ne me connaît. Mais il était vraiment surpris, car selon lui, une personne comme moi est la cible idéale. Un cerveau, comme il dit !

Et là, j’ai commencé à réfléchir. Naïvement, mon cerveau n’était jamais allé là-bas. Et rapidement, j’ai formulé une hypothèse. Une hypothèse qui, avec du recul, me semble de plus en plus plausible. Je lui ai dit que le fait que j’écrive tous les jours et que mes textes soient souvent très personnels pouvait décourager les gens. Personne ne veut se retrouver sur mon blog quelques jours après m’avoir fait une proposition indécente. Du coup, chacun prend ses distances.

Nous n’en saurons jamais rien. Mais je pense, comme je l’ai expliqué à mon pote, qu’il est plus facile de draguer une femme discrète que de draguer celle qui affiche sur son statut tous ses dragueurs du jour. Personne ne veut être affiché comme ça. Et si souvent certaines personnes ont le courage de faire des avances aux femmes de leurs amis, c’est parce qu’elles ont au préalable senti qu’entre les deux, la communication n’était pas très fluide. Même comme il y a quand même quelques sorciers dehors qui s’en foutent de ça.

Il y a quelques mois, Flavien passait son temps à me dire que je ne peux pas tout dire sur moi. Beaucoup de personnes m’ont dit que je partageais beaucoup trop de détails sur ma vie. Et je peux comprendre que ça implique quelques risques. Mais comme je dis souvent, on vit à une époque où, si quelqu’un veut vraiment avoir toutes les informations sur toi, ce n’est qu’une question de temps. En fait, le meilleur moyen pour toi de cacher certaines informations est d’en divulguer le maximum. Les gens n’iront pas chercher ce qu’ils croient savoir. La meilleure cachette est en pleine vue. Le seul endroit où personne n’ira chercher.

Cependant, avoir une politique de transparence te protège de certains dangers invisibles. Un peu comme la fille habillée comme une grand-mère qui sera moins la cible de violeurs que celle qui s’habille de façon provocante.

Quand personne ne sait si tu pourras garder une proposition indécente pour toi ou la partager avec le monde, chacun prend ses distances avec toi. Et pour ce genre de propositions, le meilleur moyen de s’en sortir, c’est d’éviter qu’elles n’arrivent à toi. Car une fois qu’on te propose, soit tu acceptes et tu fais partie de quelque chose dont tu n’aurais pas aimé faire partie, soit tu refuses et maintenant que tu connais leur secret, tu deviens la cible à abattre. C’est franchement mieux que personne ne t’approche.

Ça me rappelle ce qui m’est arrivé à l’université de Douala en 2006. Fraîchement sorti du lycée avec une réputation d’ambianceur, je me suis retrouvé en première année philosophie-psychologie à l’université, dans une classe d’une cinquantaine d’étudiants dont je sortais directement du lot par ma jeunesse, ma coupe de cheveux en afro et mes blagues pendant les heures de cours. Je me suis rapidement fait accoster par un groupe d’étudiants dans la classe. Des personnes décidément très vieilles pour être encore en première année d’université. Et cette bande a rapidement lié des liens avec moi, m’invitant à les rejoindre au chaba pendant les heures de cours, me disant que je pouvais compter sur eux si je voulais rencontrer n’importe quel professeur, m’invitant à manger au beignetariat chaque soir après les cours et me promettant de pouvoir m’aider à trouver un job étudiant. Il ne m’a pas fallu plus d’un mois pour commencer à me rendre compte de ce qui se passait. J’étais clairement dans un processus de recrutement. À quoi, je ne savais pas. Et franchement, à ce niveau, je n’avais pas envie de savoir. Mes options étaient devenues extrêmement minces. Ils étaient dans ma classe. J’allais me les coltiner toute l’année. Leur dire non n’allait pas me rendre la vie facile. Et leur dire oui était hors de question. La seule issue était de quitter la scène. Et c’est ainsi que j’ai annoncé à maman que s’achevait ma carrière à l’université de Douala.

J’avais fait une seule erreur, celle d’être le profil idéal. Et une fois que la bête s’est approchée, il ne me restait plus grand-chose à faire. Et souvent, notre meilleur mécanisme de défense est de tout faire pour ne pas ressembler au profil idéal. C’est la raison pour laquelle les puristes de l’islam voilent leurs femmes. C’est la raison pour laquelle, dans certains pays, les filles ont les cheveux coupés à l’école. C’est la raison pour laquelle les écoles ne veulent pas de tenues trop sexy pour les élèves. C’est la raison pour laquelle j’évite d’avoir une relation très proche avec les femmes de mes frères et amis. Il suffit de rien pour devenir le candidat idéal de la mauvaise institution, et crois-moi, dès que tu le deviens, tout devient extrêmement compliqué pour toi.

Mon conseil pour toi, si tu ne veux pas te retrouver dans des situations compliquées, c’est de tout mettre en œuvre dès maintenant pour ne pas devenir le candidat idéal de ce que tu n’aimerais pas avoir dans ta vie. Tu crois qu’un autre pays peut essayer de venir me recruter aujourd’hui pour trahir le Cameroun ? Je ne pense pas. Ils savent que l’affichage sera de taille la minute d’après.


Douala 🇨🇲 

Les entrepreneurs princesses du Cameroun

Aujourd’hui, j’ai envie de te parler d’un phénomène qui me dépasse complètement au Cameroun. Peut-être que toi aussi tu l’as déjà remarqué. J’ai l’impression que beaucoup de personnes qui vendent un produit ou un service ici pensent qu’ils font une faveur à leurs clients.

Je ne peux même pas compter le nombre de fois où j’ai contacté un entrepreneur pour un produit ou un service vu sur internet et que j’ai dû relancer, simplement parce qu’ils attendaient sagement que je revienne vers eux. Chez Le Porc Braisé, par exemple, nous avons une politique de communication proactive. Nous faisions en sorte d’être tellement présents dans la vie de nos clients que certains nous écrivaient après un mois pour se plaindre que nous les avions « abandonnés ». Même si nos clients ne peuvent pas manger du porc tous les jours, nous faisions tout pour rester dans leurs esprits, créant même cette envie par notre communication.

Mais ici, je contacte un entrepreneur pour un service, il me répond deux jours plus tard. Patient, j’explique mon souci et demande un rendez-vous. Le gars m’impose des horaires, style Beyoncé, comme s’il faisait un chiffre d’affaires de plusieurs millions par mois. Et quand je lui propose un autre créneau, il me répond… le lendemain ! Tu creuses un peu, tu te rends compte qu’il peine à faire 200.000 FCFA mensuels.

Tu vois un produit intéressant sur une image, tu contactes le producteur pour manifester ton intérêt, et il reste tranquillement dans son salon à attendre que tu viennes lui donner ton argent. Aucune relance, rien. Moi, je t’aurais mis dans mon agenda, avec au moins dix relances planifiées, avant de lâcher l’affaire !

Nous avons beaucoup trop d’ “entrepreneurs princesses” dans ce pays. Des enfants pourris gâtés qui pensent que c’est au client de faire tous les efforts. Cette mentalité est exactement pourquoi nous n’arrivons pas à produire de belles success stories.

Prenons l’exemple de Sara Blakely, la fondatrice de Spanx. À ses débuts, elle n’avait pas d’argent pour de la publicité ni de gros partenaires pour promouvoir ses produits. Elle parcourait les magasins pour convaincre des vendeurs de mettre ses gaines dans leurs rayons. Elle assistait à des conférences, prenait des rendez-vous avec des acheteurs qu’elle harcelait littéralement jusqu’à ce qu’ils acceptent de la recevoir. Elle allait même jusqu’à démontrer son produit dans les toilettes des magasins pour prouver son efficacité. Aujourd’hui, Spanx est une marque mondiale et Sara Blakely est devenue la plus jeune milliardaire self-made d’Amérique selon Forbes. Mais elle n’aurait jamais atteint ce niveau si elle s’était assise dans son salon en attendant que les clients viennent à elle.

Si nous lisions davantage de ce type d’histoires, nous comprendrions que le succès demande de l’effort et une immense détermination. Nous ne pouvons pas nous contenter d’attendre que le client nous tombe tout cuit dans les bras. Ce n’est pas ainsi que les grands empires se construisent.

Si nous voulons un jour créer des empires capables de conquérir le monde, il est temps de revoir notre approche. Sans clients, il n’y a pas de business. Même dans ton rêve, si tu aperçois un potentiel client, ne te réveille pas sans lui avoir vendu ton produit. Mets ton produit entre les mains d’un maximum de personnes, à tout prix. C’est seulement ainsi que tu pourras recueillir suffisamment de feedback pour l’améliorer, et surtout le capital nécessaire pour faire grandir ton entreprise.

En 2023, 77 % des revenus d’Alphabet (maison mère de Google) provenaient de la publicité, soit 237 milliards de dollars. C’est ce que les entrepreneurs du monde entier ont dépensé chez Google pour attirer l’attention sur leurs produits et services. Et pendant ce temps, nous, ici, nous restons passifs, en attendant que le client nous relance. Puis, après, on part au Canada dire que “le pays est dur”.


Douala 🇨🇲

Deuils sur la voie publique : quand le respect des morts étouffe les vivants

Nous avons, en tant qu’Africains, une étonnante propension à la plainte. Comme des enfants immatures, nous rejetons souvent la faute de tous nos malheurs sur les autres, rarement sur nous-mêmes. Enfin, presque jamais.

Hier, c’était jeudi. Et si tu as passé quelques années au Cameroun, tu sais probablement que le jeudi est synonyme de levées de corps. C’est le début de la dernière ligne droite des deuils avant les enterrements, généralement prévus pour le samedi. Mais s’il y a une habitude que nous n’avons pas attendue pour adopter, c’est celle de bloquer les routes pour y installer des bâches de deuil.

Je n’ai jamais compris cette pratique. Nous nous plaignons déjà du manque criant de routes et d’infrastructures dans nos villes. Pourtant, nous n’hésitons pas à paralyser des boulevards entiers pour pleurer une personne, souvent inconnue de la majorité, et qui, si on cherche bien, n’a probablement jamais rien fait pour améliorer ce pays. Une personne qui, si elle s’était battue de son vivant pour le développement du Cameroun, n’aurait jamais accepté qu’on cause autant de désagréments pour son départ.

Penses-y. Bloquer une route pour un deuil engendre des risques énormes : des urgences médicales qui ne peuvent être prises en charge à temps, des pertes financières pour une économie déjà fragile, et un stress inutile pour des milliers d’usagers. Comment pouvons-nous justifier que, pour un cadavre, des vies actives soient autant perturbées ?

Hier, en rentrant du bureau, j’ai vécu cette situation. Une voie principale, déjà saturée tous les soirs, était totalement bloquée pour un deuil. Le chaos dans les voies de contournement était indescriptible. Les embouteillages étaient tels que j’ai compté une dizaine de policiers, dont un commissaire, mobilisés pour tenter de gérer la situation. Tout ça pour un deuil !

Ce qui me sidère encore plus, c’est que cela ne dérange personne. Ni les usagers, contraints de subir ces désagréments chaque jeudi, ni les participants qui s’assoient dans des bâches en pleine route pour pleurer une personne qu’ils ne connaissaient souvent même pas. On dirait que nous vivons dans un gigantesque zoo.

Personnellement, je ne tolère plus ce genre de comportements. Depuis plusieurs années, j’ai pris la décision de ne plus assister à un deuil organisé sur la voie publique. Et aujourd’hui, je t’invite à réfléchir. Ces petites habitudes auxquelles tu participes inconsciemment contribuent-elles à faire de ton pays le paradis dont tu rêves ? Parce que ce pays, nous le bâtissons à travers nos actes quotidiens, même les plus banals.


Douala 🇨🇲 

Le meilleur investissement de ta vie : Toi-même

"Le meilleur marché boursier dans lequel vous pouvez investir, c'est vous-même. Découvrir cette vérité vaut mieux que découvrir une mine d’or." - Byron Katie.

Cette citation de Byron Katie rejoint la philosophie de Warren Buffet, l’un des plus grands investisseurs de tous les temps, qui affirme que le meilleur investissement qu’on puisse faire est celui qu’on fait sur soi.

C’est le début d’année, et tu as certainement pris tout un tas de résolutions cette année encore, dont celle de te faire beaucoup d’argent. Mais ce que la plupart d’entre nous oublions souvent, c’est que l’argent, c’est comme l’agriculture. Tu dois investir quelques graines dans le sol et y consacrer un peu de temps pour obtenir, quelques mois plus tard, un champ plein de fruits, desquels tu pourras retirer d’autres graines à réinvestir. Enfin, c’était ce qu’était l’agriculture avant que Satan n’entre au labo pour nous sortir des fruits sans graines.

Et si cette année, pour une fois, tu décidais d’investir sur toi ? D’investir dans ce cours qui te permettrait d’acquérir une nouvelle compétence. D’investir dans ces livres qui expliqueraient plus en détail ce concept qui te taraude l’esprit. D’investir dans ta santé afin d’avoir le moins de jours off possible cette année. D’investir dans ta famille afin qu’elle continue d’être ton plus grand soutien. D’investir dans ta communauté afin de mieux t’y épanouir. D’investir dans ton pays afin qu’il t’offre encore plus de ce qu’il t’a donné jusqu’à aujourd’hui. Et si cette année, tu pariais sur toi ?

Il y a quelques années, sur la photo de profil de mes comptes en ligne, il était marqué “Ronel Kouakep, Hustler & Investor.” Certaines personnes, en lisant "Investor", pensaient que j’étais un investisseur spécialisé sur les marchés financiers ou autres. Une personne très proche de moi est même allée jusqu’à se moquer de moi, disant que je fais croire aux gens que je suis un investisseur alors que je suis pauvre. Tout cela me faisait doucement sourire, car il est juste impossible pour une personne de comprendre des choses qui dépassent son niveau d’entendement. Un peu comme un enfant qui dirait qu’il est impossible de diviser 2 par 3.

Et pourtant, dans cette période de ma vie, j’étais en effet un investisseur. J’investissais tout ce que j’avais sur moi. J’étais mon propre marché boursier. À cette époque, j’ai acheté pour plus de 5.000€ de livres. J’ai investi des heures à apprendre l’étiquette, à savoir comment les riches le deviennent et comment ils vivent. J’ai passé des heures à m’éduquer sur la santé et le sport. J’ai investi énormément pour rencontrer un maximum de jeunes intéressants dans mon pays. J’ai voyagé vers mon pays à plusieurs reprises pour ne jamais laisser cette distance se créer entre lui et moi et pour toujours rester au fait de son évolution. J’ai investi dans la plupart des jeunes de mon entourage qui avaient le moindre projet, car je savais que c’était le meilleur moyen pour moi de comprendre leurs réalités. J’ai investi dans bien d’autres aspects de ma personne, ce qui a contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui.

Aujourd’hui, je suis dans une autre phase de ma vie. Mais je continue d’investir d’abord sur moi. Et je t’invite à faire de même cette année. C’est certainement la meilleure chose que tu puisses faire cette année et qui portera des fruits pour le reste de ta vie.


Douala 🇨🇲 

Se réapproprier nos noms : un combat pour notre identité

Souvent, je me demande si certains Noirs ont reçu le mémo qui dit que l’esclavage est fini. L’année passée, j’ai écrit un texte qui parlait de cette scène de Racines où le héros recevait des coups de fouet parce qu’il refusait de se faire appeler Tobie, le nom imposé par son maître blanc, et persistait à vouloir se faire appeler Kunta Kinté. Son vrai nom, donné par ses parents en Afrique.

J’ai l’impression que, jusqu’à présent, beaucoup d’Africains ne comprennent pas le message qu’Alex Haley a voulu transmettre avec ce passage de son livre.
Ton nom fait partie intégrante de ton identité, il a souvent une signification dans ta culture et te positionne au milieu des tiens. T’enlever ce nom, c’est te voler une grande partie de ton identité, ta culture, et te déraciner. Et nous savons tous ce qu’il advient d’une plante déracinée.

Ce n’est pas un hasard si tous les esclaves se voyaient attribuer de nouveaux noms. Ce n’est pas un hasard si, dans la Bible, Jésus a renommé ses disciples. Ce n’est pas un hasard si, dans la plupart des religions, après ton baptême, on te donne un nouveau nom. Comme je dis souvent, nous, Africains, faisons face à des peuples qui manient la stratégie depuis des millénaires. Nous ne pouvons pas nous en sortir si nous continuons de refuser de réfléchir et pensons que nous allons juste profiter des autres.

Aujourd’hui, après des années de colonisation occidentale sur le reste du monde, les Africains sont ceux qui persistent le plus à perpétuer cette tradition barbare de donner des noms de l’ancien oppresseur à leur descendance. Au point où, quand j’ai pris la décision que tous mes enfants auraient des prénoms africains, la plupart des gens de mon entourage me demandaient s’il existait des prénoms africains.

Nous sommes tellement aveuglés par l’argent et tout ce qui brille que nous oublions que, dans cette grande partie d’échecs qu’est la survie sur Terre, tout acte posé doit avoir une portée hautement stratégique. Il suffit qu’un producteur à Hollywood décide de faire diffuser en grande pompe une série sur les petits écrans africains pour que nous ayons toute une génération de Vanessa et de William. Et, d’un simple geste, des pans entiers de notre culture disparaissent.

Mais si seulement cette bêtise s’arrêtait aux prénoms de nos enfants… Non, nous avons décidé de pousser le vice encore plus loin. Au-dessus de nos prénoms d’esclaves, nous avons décidé de nous faire appeler le Canadien, le Français, l’Italien. Comme si être Camerounais, Malien ou Tanzanien était une honte.

Animés par un complexe d’infériorité qui n’a d’égal que notre immense bêtise, nous ne nous sommes pas arrêtés là. Nous avons commencé à renommer nos quartiers avec des noms empruntés d’ailleurs : Denver, Santa Barbara, Saint-Tropez… Et ensuite nos business : Toronto Repair Store, Restaurant La Toulousaine, L’Américaine Cosmétiques… Et, comme s’il fallait absolument faire plaisir à cet ancien oppresseur en lui montrant que nous continuons fièrement le travail de destruction identitaire qu’il avait commencé, nous nous sommes attaqués à nos propres écoles : Groupe Scolaire La Marseillaise et toutes ces écoles qui portent des noms ridicules, dont le seul enseignement que les enfants y apprendront est qu’ils doivent aller à la source de ce nom. Comment peut-on attendre d’un enfant qu’il se batte pour son pays quand il a fait toute sa scolarité au Lycée Leclerc au lieu du Lycée Manga Bell ?

Oui, moi aussi je porte, avec mon prénom, les cicatrices d’un passé colonial qui me rappellent à quel point il est important de se battre pour son identité, pour sa culture. Mais, contrairement à la plupart d’entre nous, j’ai décidé que cette chaîne s’arrêterait avec moi. De ne pas être le complice de l’oppresseur de mes ancêtres et de leur montrer, à ces ancêtres, que leur combat n’a pas été vain. Pour cela, j’ai juste besoin d’ouvrir mon cerveau et de revenir à la raison. Et je t’invite vivement à me rejoindre dans ce combat pacifique et intelligent.


Douala 🇨🇲 

L'Afrique en péril : Comprendre la compétition pour la survie de l'espèce

Quand je dis souvent que si nous ne faisons rien, nous, en tant qu’Africains, allons disparaître, certaines personnes trouvent que j’exagère et qu’il est quasiment impossible que cela arrive. Aujourd’hui, sans tirer sur personne, j’aimerais approfondir un peu la question.

Jusqu’ici, les scientifiques s’accordent à dire que la fonction ultime du cerveau est celle de la survie de l’espèce. Avant toute chose, ton cerveau, et celui de tous les autres types d’organismes, a pour but principal de te maintenir en vie et de faire en sorte que des comme toi, il y en ait toujours. Raison pour laquelle il va te pousser à te nourrir et à te reproduire, entre autres.

Cependant, les scientifiques estiment que 99 % des espèces ayant existé sur Terre sont aujourd’hui éteintes. Sur les 2 à 4 milliards d’espèces qui ont jamais vécu sur Terre depuis l’apparition de la vie sur notre planète il y a 3,5 milliards d’années, il en resterait moins de 9 millions. C’est te dire que ce n’est pas un jeu auquel on gagne facilement. C’est néanmoins un jeu infini sur lequel il faut s’appliquer.

L’un des problèmes physiques liés à toutes ces disparitions est l’espace disponible. La Terre est une entité finie. Cela veut dire qu’elle ne peut abriter et nourrir qu’un certain nombre d’individus. Du coup, la plupart des espèces qui y vivent sont en compétition pour les ressources. Avec l’évolution, les espèces ont commencé à s’organiser dans une chaîne alimentaire où certaines sont des ressources pour d’autres. Mais un équilibre strict doit être respecté pour éviter des disparitions prématurées d’espèces. Chacun, dans son coin, développe (à l’aide de son cerveau) des stratégies de plus en plus efficaces pour maintenir un certain équilibre en sa faveur afin de vivre le plus longtemps possible en tant qu’espèce.

Une de ces stratégies a été l’invention de l’agriculture par Homo sapiens. Avec l’agriculture et l’élevage, nous avons pu résoudre de façon quasi définitive la question des ressources pour se nourrir. Tout ce qu’il nous restait à faire, c’était d’essayer de ne pas mourir prématurément et de se reproduire à souhait. Cette simple stratégie nous a libéré de la bande passante, et notre cerveau a commencé à dépenser beaucoup moins d’énergie sur comment manger et beaucoup plus sur tout le reste. Et en un rien de temps, nous sommes devenus l’une des espèces les plus intelligentes sur Terre, bien qu’étant l’une des plus récentes. Les cerveaux des crocodiles et des requins, par exemple, qui étaient là bien avant les dinosaures, il y a plus de 200 millions d’années, continuent d’allouer une très grande partie de leur bande passante à la nourriture et à la reproduction.

Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir développé des stratégies révolutionnaires. D’ailleurs, je pense que nous avons inventé l’agriculture uniquement parce que les plantes, plusieurs millions d’années avant, avaient déjà inventé une stratégie encore plus efficace. Une stratégie qui fait que, malgré qu’elles soient immobiles contrairement aux animaux, les plantes soient les êtres vivants qui ont le règne le plus important sur Terre. Elles sont partout !

Cette stratégie a été de donner quelque chose aux animaux afin qu’ils emmènent (enfin, leurs graines) conquérir de nouveaux territoires. C’est la raison pour laquelle les graines des plantes sont contenues dans des fruits qui sont pour la plupart sucrés et aux belles couleurs. Ne pouvant pas bouger, les plantes ont compris qu’il n’y avait que les animaux mobiles qui pouvaient porter leurs espèces ailleurs afin d’éviter une disparition si leur milieu naturel de départ venait à être menacé.

Si ça se trouve, ce ne sont pas les hommes qui ont dompté les plantes via l’agriculture, mais les plantes qui nous ont séduits afin que nous les aidions à conquérir le monde. Comme le dit Yuval Noah Harari dans Sapiens, il n’y a qu’à voir comment une mauvaise herbe (au départ) comme le blé, uniquement présente au Moyen-Orient, a réussi à devenir aujourd’hui la reine du monde. L’espèce la plus cultivée et présente sur tous les continents. Avant que les hommes ne la cultivent, le blé était plus menacé de disparition que nous, mais aujourd’hui c’est le contraire. Et c’est exactement ça, le jeu infini de la vie. Un jeu que nous, les Africains, n’avons pas encore compris.

Nous sommes des hommes comme tous les autres, certes. Mais nous ne sommes pas les seules espèces d’hominidés à avoir jamais vécu sur Terre. Un peu comme chez les autres espèces d’animaux, nous étions plus nombreux. Et il y a encore 100 000 ans, sur la Terre, coexistaient au moins trois espèces d’hominidés. Où sont passées les autres ? Disparues ! Il ne reste plus que nous, Homo sapiens. Les scientifiques sont un peu indécis sur les causes de disparition des autres espèces, mais on n’exclut pas que, dans une lutte pour les ressources, Homo sapiens ait fait le ménage tout doucement pour rester tout seul. Bien que la nature ait aussi certainement joué un grand rôle.

Tu me diras que nous sommes tous Homo sapiens aujourd’hui. Oui, c’est le cas. Mais l’histoire ne s’écrit qu’avec le recul. Je parie qu’il y a 200 000 ans, tous les hominidés étaient persuadés de faire partie de la même famille. Si ça se trouve, dans 200 000 ans, les livres d’histoire feront la distinction entre Homo sapiens africain, caucasien, asiatique, amérindien, aborigène et je ne sais quoi d’autre. Et c’est tellement plausible que ces distinctions existent déjà aujourd’hui.

Et s’il y a une chose que nous savons de l’histoire, c’est qu’elle a une fâcheuse tendance à se répéter. Toutes les espèces se battent pour leur survie parce qu’elles savent que c’est un cycle qui engloutit toutes celles qui n’y font pas attention. De la même façon que, des grands groupes d’hominidés d’il y a des millions d’années, il n’en est resté que les australopithèques, dont la fameuse Lucy, c’est de la même façon que, des grands groupes d’Homo, il n’en est resté que Homo sapiens et c’est certainement de la même façon que, d’ici quelques années, de ce grand groupe, il n’en restera qu’un. Les Amérindiens et les Aborigènes étant déjà sur le déclin.

Certaines espèces, à cause de leur environnement, développent des caractéristiques plus importantes que d’autres. Et j’ai l’impression qu’Homo sapiens caucasus (le blanc) l’a compris très rapidement. Il y a encore 1 000 ans, chaque type d’homme présent sur Terre vivait dans un environnement très précis : les Caucasiens en Europe, les Arabes au Moyen-Orient, les Asiatiques en Asie, les Amérindiens en Amérique, les Aborigènes en Océanie et les Africains en Afrique. Mais aujourd’hui, si tu observes attentivement la carte, qu’est-ce que tu remarqueras ? Le monde s’est assez bien mélangé. Mais… en Europe, les Caucasiens sont toujours majoritaires. Cependant, ils le sont aussi majoritaires en Amérique et en Océanie. Il n’y a qu’en Asie et en Afrique que les peuples d’il y a 1 000 ans sont encore majoritaires, après avoir lutté farouchement pour une décolonisation (suis mon regard).

Au vu de tout ceci, si je devais parier sur l’espèce qui survivrait dans 10 000 ans, je parierais sur le Caucasien. Et peut-être en cohabitation avec l’Asiatique. Mais comme je l’ai dit au début, la Terre est un espace fini. Elle ne grandit ni ne rétrécit. Chaque espèce qui disparaît laisse son terrain de jeu à celle qui survit. Et selon toi, qui récupérera l’Afrique quand l’Africain aura connu le même sort que l’Amérindien et l’Aborigène ? Réfléchis-y ! Et demande-toi qui sont sur les territoires des amérindiens et des aborigènes actuellement.

Est-ce que nous sommes en guerre les uns contre les autres ? Non ! Nous sommes juste dans une compétition. La même compétition que tu as gagnée quand le petit spermatozoïde que tu étais, dans les bourses de ton père, a été le premier à rentrer dans l’ovule de ta maman. C’est une compétition sans état d’âme où les vainqueurs ont droit à la vie et aux faveurs de la Terre, et les perdants disparaissent.

Est-ce que nous allons disparaître ? Tôt ou tard, oui ! Peut-être plus tôt que tard avec l’avènement de l’IA. Car, pour la première fois sur Terre, une espèce est en train de créer une autre, plus intelligente qu’elle, sans vraiment avoir un moyen de la contrôler ou pour qu’elle travaille indirectement à la survie de l’espèce créatrice. Mais bon, ça, c’est le sujet d’un autre jour.

Oui, nous allons disparaître en tant qu’Africains si nous ne nous réveillons pas. Et beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine. La tendance a d’ailleurs déjà commencé. Petit à petit, nous sommes en train de perdre tous les traits qui faisaient de nous des Africains. Car une espèce existe aussi par ses caractéristiques. Nous sommes tellement aveuglés par le bonheur personnel, une invention d’un être beaucoup plus malin que nous, que nous en avons oublié que, si nous en sommes là, c’est parce que, pendant des centaines de milliers d’années, le jeu auquel nos ancêtres jouaient était celui de la survie de notre espèce et non celui de qui aura la meilleure photo sous la neige.

Si je tire cette sonnette d’alarme, c’est parce que je suis Africain. Et bien que, personnellement, je vais certainement mourir un jour, je n’aimerais pas que mon espèce ne fasse partie de la Terre que dans des livres d’histoire dans quelques milliers d’années. Car si mes ancêtres n’avaient pas fait le nécessaire, je n’aurais jamais été là aujourd’hui et peut-être qu’on parlerait d’eux comme on le fait actuellement pour les Néandertaliens. Nous avons le devoir de survivre et de faire perdurer notre espèce.

Et comme nous l’ont enseigné les plantes, la survie passe par le territoire. Notre meilleure chance de survie est d’avoir notre territoire à nous, et non d’être parsemés par-ci par-là sur des territoires déjà conquis par les autres. Nous avons un territoire : l’Afrique. Le plus grand territoire de terre en continu. Certainement le plus riche en ressources naturelles. Arrêtons de le fuir et commençons à l’occuper de façon sérieuse. C’est notre meilleure chance de survie. Restons chez nous, cultivons nos terres, construisons nos infrastructures, marquons notre présence et faisons le maximum d’enfants possible, oui, reproduisons-nous à souhait. Et donnons-nous le maximum de chances d’être sur le top du podium s’il ne devait en rester qu’un de l’Homo sapiens.

Au cas où les sirènes de l’Occident continuent de te dérouter de ta mission, j’aimerais te partager ces paroles sages de Dan Ariely : “Abandonner nos objectifs à long terme pour une satisfaction immédiate, c’est de la procrastination.” Et tu es d’avis avec moi qu’on ne devrait pas procrastiner quand il s’agit d’une question de vie ou de mort.  

Et rappelle-toi que l’objectif ultime du jeu n’est pas d’avoir la plus belle maison, mais de rester le plus longtemps sur Terre. Les cafards sont là depuis plus de 300 millions d’années, les fourmis depuis plus de 150 millions d’années. Des espèces aux belles demeures et aux tailles imposantes, elles en ont vu apparaître et disparaître par millions. Mais elles, sont toujours là.


Douala 🇨🇲 

Les mains coupées : Une métaphore pour nos choix collectifs

En lisant mes textes, certaines personnes peuvent penser que je n’ai jamais été dans le faux ou n’ai jamais commis d’erreurs. Parce que je fustige certains comportements avec la plus grande force aujourd’hui, elles se disent que je ne suis jamais passé par là. Et d’autres petits sournois vont fouiller dans mon passé pour me rappeler que, moi aussi, j’ai fait certaines erreurs.

Bien sûr que des erreurs, j’en ai faites. Des bêtises, j’en ai commises par centaines. Mais ce n’est pas parce qu’un parent demande à son enfant de ne pas être têtu qu’il ne l’a jamais été lui-même. C’est souvent parce qu’il sait à quel point certains comportements sont destructeurs qu’il essaie avec force d’en détourner son enfant. La connaissance prend toute sa puissance quand elle est partagée. Ne pas dénoncer une atrocité parce qu’on l’a soi-même commise avant de se repentir, c’est laisser ce poison continuer à détruire notre société. Un peu comme le bizutage.

J’ai souvent l’habitude de dire qu’en Afrique, nous sommes les champions dans ce type de comportement. Et l’exemple que je prends souvent pour l’illustrer est une histoire d’un groupe d’amis qu’on nous racontait quand nous étions plus jeunes.

Ce sont trois amis qui vont un soir voler des graines sous la barrière d’un riche fermier. Mais ce dernier, ayant eu vent de l’entreprise des voleurs, les attend derrière la barrière avec une machette. Une fois sur place, le premier passe sa main sous la barrière pour vérifier que les graines sont bien là. Le fermier, avec sa machette, tranche d’un coup la main du voleur. Celui-ci retire sa main et se rend compte qu’elle a été tranchée. Mais au lieu de prévenir ses deux compères, il s’écrie dans le noir : “Wow, c’est notre jour de chance. Il y a plus de graines qu’on ne l’aurait imaginé !” et demande au second d’aller constater par lui-même. Celui-ci passe aussi sa main sous la barrière et, d’un coup de machette, se fait trancher la main. Une fois qu’il la sort, au lieu de dire la vérité, il s’empresse de dire au troisième qu’il doit aller voir ça, que c’est leur jour de chance. Tout en cachant dans le noir sa main tranchée. Et c’est ainsi que les trois malheureux se retrouvent avec une main tranchée et retournent pleurer leur sort en silence.

Tout petit, je ne comprenais pas vraiment comment le premier avait pu laisser qu’on tranche la main de ses deux autres amis. Certainement parce que je me focalisais sur le coup de machette, qui en lui-même est assez brutal. C’est avec le temps que j’ai compris que ce coup de machette pouvait être quelque chose d’aussi banal que de ne pas signaler à son voisin qu’il a un robinet ouvert, sachant que la dernière fois que tu as laissé un robinet ouvert chez toi, ta maison a été inondée.

Cette main tranchée, ce sont tous ces Africains qui souffrent de la perte de leur identité en Occident, qui n’arrivent plus à contrôler leurs enfants dès qu’ils entrent dans l’adolescence, qui vivent au jour le jour toujours dans la peur du lendemain, mais qui continuent de faire croire aux autres restés en Afrique que l’Occident est le paradis.

Si mes textes sont souvent très dénonciateurs, ce n’est pas parce que je suis un saint ou que je l’ai toujours été. C’est pour essayer de donner un autre aperçu, un aperçu réel des choses à toutes ces personnes qui n’ont aucune idée de ce qui se passe, et aussi rassurer toutes ces autres personnes qui ont des doutes mais qui, accablées par la norme sociale, n’arrivent pas à se décider à faire ce que leur cœur leur demande de faire.

Pendant mon séjour en France, à deux reprises au moins, j’ai rempli mon dossier de naturalisation. Poussé par une pression énorme qui me faisait croire que c’était la chose à faire, la chose la plus importante à faire. Et à chaque fois, je me suis demandé si c’était vraiment la raison pour laquelle j’avais décidé de voyager. N’avais-je pas décidé de voyager pour rencontrer les différents peuples dans leurs habitats respectifs et en apprendre assez pour pouvoir venir aider le mien à se développer ? Pourquoi devrais-je me réduire à faire une demande de nationalité étrangère ? N’était-ce pas incongru ? Et pendant toutes ces années de réflexion et de tourment, je n’avais aucune personne comme le moi  d’aujourd’hui pour me rassurer dans mon choix de rester Camerounais et de garder ma dignité.

Aujourd’hui, j’aimerais être cette personne pour tous les anciens moi tapis dans l’ombre et pressés par les mensonges de toutes ces personnes aux mains coupées, qui auraient certainement fait les choses différemment si on leur donnait une nouvelle chance. J’aimerais que toutes ces personnes sachent qu’il existe une alternative. Une alternative peut-être pas plus populaire, mais plus digne. Une alternative qui te laisse tes deux mains, afin que tu puisses faire tout ce que tu veux plus tard.

Comme je disais dans un texte précédent, si tu as l’impression que mes textes te piquent, bois de l’eau. Tu n’es pas la cible. La cible la reçoit tranquillement et est en train, sagement, de préparer le grand retour des Africains sur la scène internationale. Par contre, même avec une main coupée, tu peux décider de mettre tes anciens démons derrière toi et enfin te mettre en ordre de bataille.


Douala 🇨🇲 

Ambassades, double nationalité et Françafrique : une tragédie africaine

Aujourd’hui, je vais te partager un texte que j’ai envie d’écrire depuis des mois déjà. Le sujet était bien posé dans ma base de données en attendant le bon moment. J’espère que tu es bien assis, parce qu’à la fin, tu vas certainement te poser quelques questions. Enfin, si tu n’as pas encore éteint ton cerveau comme beaucoup de nos amis de là-bas dont on taira le lieu.

Tout commence par une vidéo TikTok dont Flavien m’avait parlé. Une vidéo Brut de l’ambassadrice du Bénin en France, Corinne Amori Brunet. Oui oui, tu l’auras remarqué, le nom sonne plus français que béninois. C’est parce qu’en fait, elle est métisse, de père français et de mère béninoise. Elle est née à Abidjan en 1984 et a été nommée ambassadrice du Bénin en France en 2023 après des études et une carrière en Occident.

Parmi les questions dans la vidéo, on lui demandait si un ambassadeur pouvait avoir la double nationalité. Elle a répondu que oui. Normal, elle est franco-béninoise. Mais ce qui est plus intéressant, c’est qu’elle a dit qu’elle n’était pas 50 % française ou 50 % béninoise, mais 100 % des deux. Bon, pour moi, ça fait 200/100, mon esprit mathématique a un peu de mal, mais bon.

Et là, je me suis posé une question. Si elle se dit 100 % française et 100 % béninoise et qu’elle est censée défendre les intérêts du Bénin en France, il n’y a pas un petit problème ? Parce que si demain le Bénin rentre en conflit avec la France, il faudra bien que son ambassadeur à Paris prenne position. Comme nous l’avons vu avec les ambassadeurs russes dans la plupart des pays de l’OTAN. Mais bon, comme je sais que si c’est moi qui parle, tu vas encore me traiter de complotiste, j’ai posé la question suivante à ChatGPT : “Quelles sont les obligations morales d’un ambassadeur, s’il te plaît ?”

Et voici sa réponse :

Les obligations morales d'un ambassadeur, en complément de ses responsabilités diplomatiques officielles, reposent sur des principes éthiques et des comportements exemplaires. Voici les principales obligations morales :

  1. Représentation honorable :
  • Incarnation des valeurs de son pays : Un ambassadeur doit refléter l'intégrité, la dignité et les idéaux de son pays dans ses interactions.
  • Respect des traditions locales : Il doit s'adapter aux coutumes et aux normes culturelles du pays hôte pour éviter les malentendus ou les offenses.
  • Loyauté 
    • Fidélité à son pays : Il doit toujours agir dans l’intérêt de sa nation, sans être influencé par des intérêts personnels ou étrangers.
    • Adhésion aux directives : Bien qu’il puisse avoir une certaine marge de manœuvre, il doit suivre les orientations politiques fixées par son gouvernement.
  • Neutralité et impartialité :
    • Éviter les biais : Un ambassadeur doit maintenir une posture neutre et respectueuse dans ses relations avec les différents acteurs politiques, sociaux et économiques du pays hôte.
    • Équité : Il doit promouvoir des relations équilibrées et justes entre son pays et le pays hôte.
    • Confidentialité :
      • Protection des informations sensibles : Il doit veiller à ne jamais divulguer d’informations stratégiques ou confidentielles.
      • Discrétion : Ses propos doivent toujours être mesurés, qu’ils soient publics ou privés.
      • Intégrité personnelle :
        • Honnêteté : Il doit agir sans corruption ni abus de pouvoir.
        • Responsabilité : Un ambassadeur doit assumer les conséquences de ses actions et de celles de son équipe.
        • Diplomatie respectueuse :
          • Promotion de la paix et du dialogue : Il doit chercher à résoudre les conflits par des moyens pacifiques.
          • Respect des droits humains : Ses actions doivent refléter un engagement envers la dignité humaine et l’équité.
          • Engagement pour le développement mutuel :
              • Promotion de la coopération : Encourager les échanges culturels, économiques et sociaux entre les deux pays.
              • Favoriser les opportunités : Il doit identifier et promouvoir des projets ou initiatives bénéfiques pour les deux nations.

              En résumé, les obligations morales d’un ambassadeur vont au-delà de ses fonctions officielles. Il doit être un modèle d’éthique, d’intégrité et de respect, tout en favorisant la compréhension mutuelle et la coopération entre les nations.

              Je ne sais pas pour toi, mais je me demande bien comment on peut toujours agir dans les intérêts de son pays quand on dit qu’on est 100 % du pays dans lequel on est censé représenter son pays. Et je ne veux même pas parler de la protection des informations sensibles. Bref, je te laisse te faire ton idée parce que l’histoire ne s’arrête pas là.

              Son Excellence Corinne Amori Brunet n’est pas la première ambassadrice à avoir la double nationalité. Non ! Elle n’est même pas la première ambassadrice béninoise à avoir la double nationalité. Ni la première ambassadrice du Bénin en France à avoir la nationalité franco-béninoise. Nos amis du Vodou ne sont pas à leur coup d’essai. De 2013 à 2017, Jules-Armand Aniambossou a été ambassadeur du Bénin en France, en Espagne et en Grande-Bretagne. Et aujourd’hui, il est ambassadeur de la France au Ghana depuis octobre 2022, et juste avant, il a été ambassadeur de la France en Ouganda de 2019 à 2022. Oui oui, tu lis très bien.

              Né à Cotonou en 1962 de parents béninois, il est allé faire ses études supérieures en France, notamment à l’École des Mines de Douai et à l’ENA. Oui oui, la fameuse École Nationale d’Administration française. Donc, je suppose que comme un bon diasporien qui se respecte, il avait obtenu son plus précieux diplôme entre-temps : la nationalité française. Vu qu’à sa sortie de l’ENA, où il a fait ses classes avec un certain Emmanuel Macron, il a été affecté à la préfecture du Nord à Lille. Ainsi commença sa carrière de fonctionnaire français.

              Comment diable, sur les 13 millions de Béninois vivants, c’est lui qui a été choisi pour représenter les intérêts du Bénin en France ? Il faut demander ça à tous nos amis de là-bas qui disent qu’un pays n’est rien sans sa diaspora. Qu’à cela ne tienne, pendant exactement 3 ans, 7 mois et 12 jours, il a été l’ambassadeur du Bénin en France. Servant soit les intérêts du Bénin en tant qu’ambassadeur, soit les intérêts de la France en tant que fonctionnaire français. Il n’y a que lui qui sait.

              Selon un kongossa, après quelques tensions entre la France et le Bénin, où le président Patice Talon commençait à sortir les yeux à son ancien maître, le président s’est rappelé que son ambassadeur était le grand ami de son nouveau adversaire et qu’il n’était peut-être pas dans son camp. Il l’a donc relevé de ses fonctions. Et qu’est-ce qui s’est passé juste après ? Accroche-toi bien.

              Pour bons services rendus à la France — oups, au Bénin en France — il a été nommé directeur général Afrique Outre-Mer du Groupe Duval (je te laisse toi-même aller faire tes recherches) en 2017 et a été le premier coordinateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), visage du renouveau de la relation entre l’Afrique et la France, que le président Emmanuel Macron a créé en août 2017. Outil de concertation et d’aide à la décision, le CPA, qui rapporte directement au Président de la République, contribue à transmettre une vision de la relation entre la France et le continent africain, tournée notamment vers l’avenir et vers les attentes des jeunesses et sociétés civiles, africaine et française. Ah, que c’est beau la Françafrique !

              Je suppose qu’il n’a pas encore été nommé ambassadeur de France au Bénin parce que le président Talon encore en poste refuserait son agrément à coup sûr. Mais wait and see ! L’humiliation ne serait pas totale sans ce dernier acte !

              Nous sommes vraiment les bouffons de ce monde. Je dis souvent que je suis persuadé que quand les grands de ce monde se réunissent pour parler des sujets sérieux, ils doivent certainement prendre même 10 minutes en début de réunion pour rire des Noirs. Car notre bêtise n’a pas de limites. Et il ne sert à rien de vouloir changer de camp, comme je vois certains Noirs vouloir à tout prix devenir Canadiens, Américains ou Français. Les camps sont assignés à la naissance. Aucun passeport ne te retirera l’étiquette de Noir. Tout ce que nous pouvons faire, c’est nous mettre au travail pour monter en gamme, afin que cette étiquette soit un peu plus respectée. Un peu comme certains de nos amis asiatiques ont réussi à faire.

              J’espère que tu as aimé l’histoire. Si oui, partage au max. Notre salut passera par la connaissance, et je parie que, comme toi, presque personne de ton entourage ne connaît cette histoire. Partage même si tu as déjà ton autre passeport dans la poche, mon frère. On peut faire une erreur une fois, mais on n’est pas obligé de rester éternellement dans l’erreur pour justifier sa première erreur.
              Partage !


              Douala 🇨🇲 

              Pourquoi confions-nous nos enfants à ceux qui ne veulent pas notre progrès ?

              Je me rappelle il y a quelques années quand je devais revenir au Cameroun avec mon fils Zowa. J’ai passé l’année précédente à chercher de bonnes écoles à Douala. Et naturellement, comme Zowa avait commencé son cycle en France, je me suis tourné vers Dominique Savio, l’école française de Douala. Je suis même allé jusqu’à prendre des renseignements à l’école américaine et toutes les écoles étrangères de la ville. Et à Douala, il y en a. Des écoles anglaises aux écoles turques, il y en a pour tous les goûts.

              Au final, j’ai inscrit Zowa dans une école camerounaise à Bonapriso. Une école suivant le système scolaire local. Quelles en étaient les raisons ? Premièrement, les écoles étrangères étaient au moins deux fois plus chères que celle où j’ai inscrit Zowa, qui elle-même était déjà au moins huit fois plus chère que les écoles privées de classe moyenne. Mais la deuxième raison, la plus importante, et pourquoi je fais ce texte aujourd’hui, c’était une question de sa maman. Elle m’a dit : “Pourquoi retourner au Cameroun si c’est pour inscrire les enfants dans les écoles françaises ?”

              Je peux te dire que cette question a été une belle gifle. Tu dois déjà savoir que ça fait des décennies que je suis engagé dans ce combat pour notre identité. Mais même à moi, certains détails m’échappent encore. Nous sommes dans une toile tellement complexe que pour nous libérer, il faudra faire preuve de beaucoup de réflexion et surtout avoir l’esprit ouvert. Je parle d’esprit ouvert parce que, quand je soulève un point important qui contribue à notre asservissement, beaucoup de personnes qui n’y avaient jamais pensé se précipitent pour me jeter des pierres. Au lieu d’analyser calmement ce nouveau point, ils mettent toute leur énergie à le démonter. Un point dont ils n’avaient pas conscience il y a encore quelques jours.

              Quand Ayélé m’a fait cette remarque, j’ai fait exactement ça. J’ai commencé à analyser la situation calmement. Et je me suis rendu compte d’une incongruité monumentale. C’était devant mes yeux depuis le début. De l’Italie à la France, en passant par le Canada, dans tous les pays où j’ai vécu en Occident et même les pays que j’ai pu visiter, j’ai vu des écoles juives dans les grandes villes. Elles étaient faciles à reconnaître parce que, la plupart du temps, gardées par des militaires. Terrorisme oblige. En France, j’ai vu des centaines d’écoles coraniques, et au Cameroun aussi d’ailleurs. Dans quasiment tous les pays du monde où la France a une forte présence, tu y verras des écoles françaises. Même au Kenya, pays anglophone, j’en ai vu une cette année.

              Qu’est-ce que cela veut dire ? La plupart des pays conscients savent que tout se fait à la base. Et aucun de ces pays ne laisse d’autres personnes éduquer leurs enfants. Et pourtant, c’est quelque chose que je disais tous les jours dans mon entourage. Un enfant a 24 heures par jour. Il est censé dormir entre 8 et 10 heures et passer 8 heures par jour à l’école. Il ne lui reste plus que 6 à 8 heures par jour, dont il passe maximum 4 avec toi, le parent. Comment penses-tu pouvoir lui insuffler une éducation différente de celle qu’il reçoit dans un environnement fait pour influencer le petit être fragile qu’il est et qui dispose des moyens (via l’État) pour mettre en place toutes sortes de stratégies de manipulation sur lui ? C’est juste impossible !

              Et pourtant, nous Africains envoyons nos enfants tous les jours dans les écoles des autres. Des écoles dont les programmes sont développés par des pays qui n’ont pas forcément les mêmes centres d’intérêt que nous. Même en Afrique où nous sommes chez nous, dès qu’une personne a un peu de moyens, elle envoie son enfant dans une école étrangère. Hormis la question d’idéologie, est-ce que tu penses vraiment qu’une école étrangère va former des enfants pour résoudre des problèmes d’autrui ? Non, ils vont se concentrer sur la résolution de leurs problèmes à eux. Après, on s’étonne que tous ces enfants, après obtention de leurs diplômes, ne rêvent que d’aller vivre à l’étranger, dans les pays qui ont façonné leurs éducations. Je ne sais pas pour les peuples d’Asie (il faut vraiment que j’aille y vivre au moins un an pour compléter ma formation sur les peuples du monde), mais de tous les peuples que j’ai pu rencontrer jusqu’ici, les Africains sont les seuls à confier l’éducation de leurs enfants à d’autres personnes. Dans ma tête, c’est l’équivalent de faire enfanter ta femme par le voisin, le voisin qui ne veut pas voir ton progrès.

              Le problème est tellement grave en Afrique que la grande partie de nos programmes scolaires publics sont financés et élaborés à l’étranger. Tu te rappelles certainement des éditions Nathan. Parce que nous ne savons pas dire non à une aide étrangère malveillante, nous laissons d’autres personnes s’immiscer dans le processus de formation de nos jeunes. Après, on s’étonne des taux de chômage délirants et d’une population qui croit que partir est la solution à tous nos problèmes. Mais bon, il y a un ancien Camerounais assis en Suisse ou au Canada qui est en train de lire ce texte et de tirer sur le messager que je suis, au lieu de se concentrer sur le message.

              Il est temps que nous prenions conscience. Quand je vois toutes ces écoles étrangères au Cameroun, jusqu’au cycle supérieur, des écoles qui promettent des diplômes français, je me demande vraiment si tous ces soi-disant diplômés derrière ces écoles réfléchissent à la portée de leurs actes. Nous, les parents qui envoyons les enfants dans ces écoles, qu’est-ce qui nous arrive ? Nous sommes censés former nos enfants pour continuer les actions que nous avons commencées dans notre environnement, et non pour aller être des pions dans le système d’un autre. Réveillons-nous !

              J’en parlais une fois avec une bonne amie qui a ses enfants dans une école au programme anglais, et elle m’a dit que les écoles publiques locales n’avaient pas une bonne formation. Après lui avoir fait remarquer qu’au lieu de reprendre les rênes de l’empire entrepreneurial qu’elle est en train de mettre sur pied actuellement, ces enfants seront en train de travailler pour les Anglais ou des Américains dans quelques années. Et la graine qu’elle est en train de semer mourra en terre. Je lui ai dit quelque chose que je dis à tous ceux qui veulent l’entendre, toi y compris. Si le système ne marche pas, la solution n’est pas de fuir, mais de le réparer. Ça coûte cher de faire un bon programme scolaire et de s’assurer qu’il est bien respecté, mais nous ne sommes pas obligés de tout faire d’un coup. On peut commencer par petits morceaux. Tu peux, par exemple, comme je l’ai conseillé à une amie qui veut rentrer au pays avec ses enfants, commencer par créer une école pour tes enfants et, au fur et à mesure, l’améliorer et faire des propositions aux services compétents. Même en Occident, les institutions fortunées qui savent que le système public ne sert pas leurs intérêts ont lancé leurs propres écoles. L’Église catholique ou les ultra-riches, par exemple. Même Elon Musk, n’étant pas satisfait du système, a créé une école pour ses enfants et ceux de ses amis visionnaires et milliardaires.

              L’Afrique ne pourra pas se réveiller si nous ne faisons pas attention à nos graines. Souvent, le meilleur moyen de faire disparaître une espèce est de castrer tous les mâles, de les emprisonner ou tout simplement de récupérer tous leurs enfants à la naissance. Car l’enfant que tu n’as pas éduqué pour te ressembler n’est plus ton enfant.


              Douala 🇨🇲